Sciences

Des grains millénaires dévoilent un secret sur les origines de l’agriculture.

Une nouvelle analyse des isotopes remet en question une idée sur la domestication des plantes

Une étude récente sur les isotopes de céréales vieilles de 11 000 ans, provenant du sud du Levant, offre une nouvelle perspective sur la manière dont les premières cultures de céréales ont évolué. Plutôt que la sélection humaine, les chercheurs mettent en avant le rôle des conditions environnementales dans la taille des grains de céréales, suggérant que l’augmentation de la taille des grains pourrait être attribuée à des facteurs liés à l’écosystème, plutôt qu’à un choix délibéré des agriculteurs.

Il y a environ 11 000 ans, des communautés du sud-ouest de l’Asie ont commencé à cultiver des céréales sauvages, des légumineuses et des fruits dans le but de nourrir leur population croissante. Au fil du temps, cette pratique a transformé les modes de vie des chasseurs-cueilleurs et a favorisé l’émergence de sociétés agricoles où les céréales domestiquées ont pris une place centrale pour l’alimentation et le stockage.

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Caractéristiques des céréales sauvages

Les céréales sauvages possèdent naturellement une rachis fragile, ce qui leur permet de disséminer leurs graines lorsqu’elles mûrissent. Bien que cela favorise leur reproduction dans la nature, cela complique la récolte pour les humains. De plus, les grains de ces céréales sauvages sont souvent plus petits que ceux des variétés domestiquées qui ont suivi. Les études archéobotaniques antérieures avaient déjà signalé que la culture persistante favorisait finalement des grains plus gros avec une rachis plus solide, qui retient les graines mûres, facilitant ainsi leur collecte.

Dr. Jade Whitlam, de l’Université d’Oxford et responsable de l’étude, indique que « la domestication des plantes était un processus complexe et varié qui s’est déroulé sur plusieurs régions du sud-ouest de l’Asie ».

Une relecture des signes de domestication

Dans plusieurs sites du Néolithique précoce, la présence de grains plus gros et de plantes qui deviendront des mauvaises herbes communes a souvent été interprétée comme un signe de pratiques agricoles émergentes, suggérant que les humains commençaient à cultiver et à sélectionner les caractéristiques domestiques. Les grains de grande taille trouvés dans le sud du Levant étaient ainsi considérés comme des signes précoces de la domestication des céréales.

Cependant, à des sites comme el-Hemmeh et Sharara, des chercheurs ont observé que, même dans les premières phases de cette période, l’orge et le blé épeautre demeuraient morphologiquement sauvages, sans preuve de formes domestiquées. Dr. Whitlam précise que malgré des variations considérables dans la taille des grains, ces derniers étaient souvent cultivés dans des environnements à faible perturbation, remettant en question l’idée que l’augmentation de la taille des grains soit le résultat de méthodes agricoles comme le labourage systématique.

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Influence de l’eau sur la taille des grains

Pour évaluer ce qui pouvait expliquer les différences de taille, les chercheurs ont examiné les isotopes de carbone présents dans des grains de céréales carbonisés. La composition des isotopes de carbone d’un grain varie selon la quantité d’humidité à disposition pendant sa croissance, permettant ainsi de reconstituer les conditions environnementales dans lesquelles le grain a été cultivé.

Les résultats ont montré que les grains d’orge de taille comparable à ceux des variétés domestiquées avaient des valeurs isotopiques de carbone qui indiquaient qu’ils poussaient sous des conditions plus humides. En revanche, les grains plus petits, de taille sauvage, avaient des valeurs qui suggèrent qu’ils se développaient dans des conditions beaucoup plus sèches. Ainsi, la disponibilité de l’eau aurait eu un impact majeur sur la taille des grains, loin d’une simple sélection humaine.

La sélection génétique pourrait être intervenue plus tard

L’intégration des résultats des isotopes avec les données archéobotaniques et écologiques a conduit les chercheurs à conclure que ce sont surtout les conditions environnementales qui expliquent la taille des grains, plutôt que la sélection précoce par l’homme. Dr. Whitlam ajoute que « nos découvertes montrent que c’est la plasticité développementale, et non un changement génétique, qui explique l’augmentation initiale de la taille des grains de céréales dans le sud du Levant au début de l’Holocène. »

Les conclusions remettent également en question la compréhension des débuts de la gestion des plantes. Au lieu d’un changement immédiat vers une domestication délibérée, les éléments suggèrent que ces pratiques auraient pu s’inscrire dans une plus longue histoire d’adaptation et de gestion de l’environnement par les chasseurs-cueilleurs.

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Conclusion

Cette étude démontre l’importance de combiner des projets archéologiques de longue durée avec de nouvelles approches analytiques. En intégrant l’archéobotanique, les isotopes stables et l’écologie des plantes, les chercheurs peuvent poser des questions inédites sur l’émergence de l’agriculture. Les résultats indiquent que les pratiques de gestion des plantes au Néolithique précoce semblent avoir été une continuité naturelle dans les stratégies de construction de niche des chasseurs-cueilleurs, et non une volonté radicale de domestication.

FAQ

Quels sont les principaux résultats de l’étude sur les céréales du Levant?

L’étude indique que la taille des grains de céréales était plus influencée par les conditions environnementales que par la sélection humaine.

Comment les chercheurs ont-ils déterminé les conditions de croissance des céréales?

Ils ont analysé les isotopes de carbone dans des grains carbonisés, ce qui leur a permis de déduire les niveaux d’humidité durant leur développement.

Pourquoi les résultats remettent-ils en question l’idée précédente de domestication?

Ils suggèrent que les changements dans la taille des céréales n’étaient pas simplement dus à des choix humains, mais aussi fortement influencés par des facteurs écologiques comme la disponibilité de l’eau.

Quel rôle la pré-domestication a-t-elle joué dans l’évolution des cultures?

La pré-domestication a créé des conditions favorables à l’évolution de caractéristiques domestiques, mais c’était un processus lent et complexe.

Comment cette étude change-t-elle notre compréhension des pratiques agricoles précoces?

Elle indique que les pratiques agricoles précoces pourraient faire partie d’une gestion environnementale plus ancienne, plutôt que d’une transition brutale vers l’agriculture domestiquée.