Le Gène Ingénieux
Le glaucome est une affection oculaire grave, souvent liée à l’âge, et figure parmi les principales causes de cécité dans le monde, aux côtés des cataractes, affectant environ 70 millions de personnes. Cette maladie résulte de la dégradation des cellules nerveuses de la rétine, et à l’heure actuelle, il n’existe pas de traitement définitif. Cependant, une avancée majeure a été réalisée par des chercheurs de l’Institut de la Vision (Université de la Sorbonne) et de l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale : ils ont réussi à prévenir et à inverser le glaucome chez plus de 70 souris grâce à une simple injection de gène.
Le gène utilisé par l’équipe scientifique, baptisé Ngb, code pour une protéine nommée neuroglobine, qui est particulièrement présente dans le cerveau et l’œil. Ce type de protéine joue un rôle crucial en éliminant les espèces réactives de l’oxygène (ROS) destructrices, comme le peroxyde d’hydrogène et le monoxyde d’azote. En outre, il protège les mitochondries, les centrales énergétiques de la cellule, de différentes manières. L’étude a révélé que les cellules nerveuses de la rétine touchées par le glaucome souffraient d’une importante dysfonction mitochondriale et d’une réduction de 50 % du niveau de neuroglobine. Contrairement à d’autres cellules, ces cellules nerveuses dépendent fortement des mitochondries pour leur énergie, car elles ne possèdent pas de gaine de myéline pour isoleur cette énergie.
Pour délivrer le gène Ngb aux souris, les chercheurs ont employé un vecteur viral adéno-associé (AAV), un virus dont l’ADN a été retiré et remplacé par le gène souhaité. Le virus AAV chargé de neuroglobine a été multiplié en laboratoire, puis injecté dans la rétine de 55 jeunes souris (âgées de 2 mois et prédisposées au glaucome) ainsi que de 18 souris âgées (de 8 mois présentant déjà un glaucome). Ce virus a pu pénétrer les cellules environnantes, libérant le gène dans les noyaux cellulaire où il était traduit en protéine neuroglobine par l’ARN.
Une fois que les souris ont atteint l’âge de 12 mois, leurs résultats ont été étonnants : chez toutes les souris, le taux de neuroglobine a doublé dans leurs rétines. Les souris traitées jeunes n’ont jamais développé de glaucome, affichant des niveaux de cellules ganglionnaires rétiniennes, d’activité du cortex visuel et d’autres indicateurs de santé visuelle comparables à ceux de souris jeunes et saines.
Pour les souris ayant reçu l’injection de Ngb-AAV à 8 mois, une inversion du glaucome a été observée : la fonction respiratoire mitochondriale, l’activité du cortex visuel, ainsi que d’autres mesures de la vision ont été complètement rétablies. Cependant, le nombre de cellules ganglionnaires rétiniennes restait identique à celui de souris âgées en bonne santé (seulement 34 % du nombre de jeunes souris saines), ce qui suggère que le vecteur AAV n’a pas pu remplacer les cellules mortes dues à l’âge.
Une Recherche Prometteuse
La Dr. Corral-Debrinkski, à la tête de l’équipe de recherche basée à l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale, a déclaré que les résultats de cette étude sont très encourageants, non seulement pour le glaucome, mais aussi pour un large éventail de maladies associées aux dysfonctionnements mitochondriaux, y compris diverses affections du nerf optique et des maladies neurologiques dévastatrices telles que les ataxies cérébelleuses et les leucoencéphalopathies. Son équipe envisage maintenant des études sur des cellules humaines et des primates avant de passer à des essais cliniques.
Ces dernières années, les vecteurs viraux adéno-associés ont été privilégiés par rapport à d’autres types de vecteurs, en raison de leur faible réponse immunitaire. Les AAV tendent également à se stabiliser près du chromosome 19, sans perturber la chaîne d’ADN, et ne se répliquent pas lors de la division cellulaire. Cependant, des défis majeurs subsistent : créer des vecteurs capables d’échapper totalement aux réponses immunitaires ou de cibler un grand nombre de cellules hôtes est un véritable défi. De plus, les AAV sont de petite taille, ce qui limite la taille des gènes pouvant être insérés. D’autres recherches sont nécessaires pour évaluer la toxicité à long terme. Malgré cela, ces vecteurs génétiques promettent des résultats inédits dans des maladies telles que l’hémophilie B, la drépanocytose, la dégénérescence musculaire, et maintenant les troubles de la vision.
FAQ
Qu’est-ce que le glaucome et pourquoi est-il dangereux ?
Le glaucome est une maladie des yeux liée à une pression accrue, pouvant entraîner une perte de la vision permanente si elle n’est pas traitée.
Quels sont les symptômes du glaucome ?
Les symptômes incluent une vision floue, des halos autour des lumières, et une perte graduelle de la vision périphérique.
Quels types de traitements existent pour le glaucome ?
Les traitements courants incluent des gouttes oculaires, des médicaments oraux, et dans certains cas, une intervention chirurgicale.
Que fait le gène Ngb dans le traitement du glaucome ?
Le gène Ngb code pour une protéine qui aide à protéger les cellules nerveuses dans la rétine, en éliminant les radicaux libres nocifs.
Quels sont les prochains pas pour cette recherche ?
L’équipe souhaite mener des études sur les cellules humaines et des primates avant d’initier des essais cliniques sur des patients humains.
