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Au cœur du sarcophage nucléaire de Tchernobyl : l’audacieuse exploration d’un YouTubeur

Au cœur du sarcophage nucléaire de Tchernobyl : l’audacieuse exploration d’un YouTubeur

Une visite exceptionnelle avant la guerre

En octobre 2021, quelques mois avant l’invasion de l’Ukraine, le créateur YouTube Kyle Hill a obtenu un accès rarissime à l’intérieur du Nouveau Confinement Sûr (NSC) de Tchernobyl. Cette incursion, loin des circuits touristiques, montre ce que l’on ne voit presque jamais: le cœur logistique d’un chantier hors normes, où l’on tente de maîtriser l’héritage du réacteur 4. Aujourd’hui, avec la guerre en toile de fond, ces images prennent une résonance encore plus forte et rappellent ce qui est en jeu pour la sécurité du pays et de l’Europe.

Crédit image: Kyle Hill via YouTube

Sous l’arche géante du NSC

Le NSC est une structure titanesque, une arche métallique conçue pour recouvrir intégralement le réacteur accidenté. Plus haute qu’un gratte-ciel de moyenne taille et assez vaste pour englober un monument antique, elle a été coulissée au-dessus du réacteur 4 en 2016. Son rôle: isoler les matières hautement radioactives, empêcher la dispersion de poussières et créer un environnement de travail contrôlé.

À l’intérieur, la logique est simple mais implacable: réduire les fuites, contenir les risques, et gagner du temps — environ un siècle — pour démanteler méthodiquement ce qui peut l’être. On parle souvent d’un “tombeau nucléaire”, mais c’est en réalité un atelier ultra-technique pensé pour agir sans exposer directement les personnes.

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Entrer, c’est accepter un risque calculé

Accéder au NSC n’est pas une formalité. Il faut une autorisation gouvernementale, passer des contrôles successifs, s’équiper de dosimètres et de protections individuelles, puis suivre un protocole strict. Les équipes vivent au rythme des seuils d’alerte: si l’appareil grimpe au-delà d’une valeur prédéfinie, on évacue immédiatement. Dans certaines zones, le rayonnement ambiant dépasse de très loin celui rencontré ailleurs dans la zone d’exclusion, parfois plus de cent fois.

Ce n’est pas un lieu pour la curiosité. Chaque déplacement est calculé, chaque arrêt chronométré. Le but n’est pas de “voir”, mais de limiter l’exposition tout en surveillant l’état du réacteur et des structures.

Démanteler, morceau par morceau

Sous l’arche, d’énormes ponts roulants et grues téléopérées soulèvent, sectionnent et conditionnent les débris. Le chantier avance lentement, mais il avance: l’objectif final est simple à formuler et complexe à réaliser — qu’il ne reste plus rien à décontaminer. On estime qu’il demeure encore des centaines de tonnes de matières liées au combustible et à ses sous-produits. Leur retrait sécurisé est une opération de très longue haleine, étalée sur des décennies.

Ce travail méthodique vise à réduire progressivement l’inventaire radioactif sur site, stabiliser le tout, et préparer la suite: traitement, conditionnement, stockage. C’est un marathon, pas un sprint.

La guerre change la donne

En 2022, des troupes russes se sont emparées du site de Tchernobyl. Le personnel a continué de faire tourner les systèmes de sûreté dans des conditions extrêmes, avant que les soldats ne se retirent. Des hausses de radioactivité ont été enregistrées au moment des mouvements de véhicules lourds, qui ont remué des sols contaminés. Même si le site a été abandonné par les forces d’occupation, le retour à la normale n’est pas total: la sécurité des opérations, la logistique et les calendriers s’en trouvent durablement affectés.

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Dans le même temps, un autre site critique est devenu un point de tension: la centrale de Zaporijjia, la plus grande d’Europe. Ces pressions multiples soulignent la fragilité des installations nucléaires en contexte militaire et l’importance du droit international pour les protéger.

Ce qu’il faut retenir

  • Tchernobyl reste un chantier actif, encapsulé dans un confinement conçu pour durer.
  • La radioprotection guide chaque geste, chaque minute passée sur place.
  • La guerre a perturbé la planification et accru les risques périphériques.
  • Le démantèlement complet s’inscrit dans un temps long, avec une amélioration graduelle de la sûreté.

FAQ

Qui finance le NSC et les travaux de sécurisation ?

Le financement provient d’un consortium international coordonné notamment par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), avec la participation de nombreux États donateurs. Cette coopération permet de partager coûts, expertise et surveillance.

Comment le NSC limite-t-il la dispersion de poussières radioactives ?

L’arche maintient un environnement confiné avec des systèmes de ventilation et de filtration. Les opérations de découpe et de levage se font à distance, avec des outils conçus pour minimiser l’aérosolisation et capter les particules.

Pourquoi ne pas enfermer le réacteur dans du béton pour toujours ?

Un blocage total empêcherait de récupérer les matériaux les plus dangereux. Le choix du NSC vise au contraire à permettre un démantèlement progressif, plus sûr sur le long terme, plutôt que d’abandonner le problème à l’intérieur d’un sarcophage hermétique et imprévisible.

Peut-on encore visiter la zone d’exclusion ?

Des visites encadrées existaient avant la guerre, avec des itinéraires stricts et des durées limitées. Aujourd’hui, l’accès est fortement restreint et dépend de la situation sécuritaire. En tout état de cause, on ne pénètre pas dans le NSC sans autorisations spéciales.

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Quels sont les principaux risques pour les travailleurs sur place ?

Outre l’exposition aux rayonnements, les risques incluent la contamination par poussières, les aléas industriels liés aux équipements lourds, et la fatigue due aux contraintes opérationnelles et au contexte de conflit. Des protocoles stricts et une surveillance médicale réduisent ces dangers.