Les rôles contrastés du feu dans les tourbières australiennes
Le feu joue un rôle paradoxal dans les tourbières d’Australie, remettant en question l’idée que tous les incendies dans ces milieux humides doivent être traités de la même manière. En effet, un incendie qui atteint la tourbe peut se consumer discrètement pendant des mois, alors qu’un feu bien contrôlé et peu intense, à des moments clés, peut aider certaines espèces menacées à se régénérer.
Que se passe-t-il ?
Les tourbières constituent d’importants réservoirs de carbone. Formées sur des milliers d’années par l’accumulation de plantes partiellement décomposées dans des conditions humides, ces milieux anciens stockent environ un tiers du carbone contenus dans les sols du monde, selon les recherches de The Conversation.
Cependant, les incendies de tourbe représentent une menace à l’échelle mondiale. Quand la tourbe devient trop sèche et prend feu, elle peut continuer à brûler sous la surface pendant des mois, voire des années. Cela endommage les écosystèmes, pollue l’air et libère d’énormes quantités de carbone dans l’atmosphère.
En Australie, chaque tourbière réagit différemment aux incendies. Le pays abrite une diversité d’écosystèmes allant des tourbières alpines de l’est aux marais côtiers subtropicaux, ainsi qu’aux landes de buttongrass en Tasmanie. Certains de ces milieux sont d’ailleurs adaptés à des brûlages périodiques.
Dans ces cas-là, un feu bien dirigé peut renforcer les écosystèmes des zones humides. Par exemple, dans les marais de la péninsule de Fleurieu, en Australie du Sud, des brûlages contrôlés ont favorisé des espèces menacées comme la floraison de Yundi et le rouge-gorge émeu du sud, tout en stimulant la croissance de nouvelles plantes.
Pourquoi est-ce important ?
Ces milieux humides sont bien plus que de simples réservoirs de carbone. Ils soutiennent également la biodiversité et préservent des habitats essentiels pour la faune et les communautés environnantes.
Des incendies qui s’échappent de tout contrôle peuvent engendrer des dégâts pour des générations. Les feux souterrains, en particulier, sont difficiles à maîtriser, se propageant sous forme de fumée dans les zones environnantes et laissant des séquelles sur les tourbières pendant des siècles.
L’Australie a déjà connu de tels événements tragiques. En 2024, un incendie de tourbe sous-jacent a persisté plus de six mois dans le sud-ouest de l’Australie-Occidentale, devenant l’un des incendies les plus durables de l’État, malgré de fortes pluies et des efforts de lutte contre celui-ci.
Cependant, le feu n’est pas nécessairement synonyme de destruction. Utilisé judicieusement, il peut améliorer les habitats, empêcher une végétation trop dense et favoriser la germination de certaines plantes qui nécessitent le feu pour survivre.
Quelles mesures sont prises ?
Au lieu de traiter chaque incendie de tourbière de manière uniforme, les gestionnaires de terres privilégient désormais une utilisation sélective du feu. L’objectif est de garder les flammes dans la végétation de surface et de préserver la tourbe en dessous de la dessiccation et de l’ignition.
Le brûlage écologique fait partie intégrante de cette stratégie et présente des similitudes avec les pratiques de brûlage culturel des Premières Nations. Selon The Conversation, des preuves historiques suggèrent que ces communautés utilisaient le feu dans certaines parcelles des tourbières de la péninsule de Fleurieu bien avant l’arrivée des Européens.
Les chercheurs soulignent également qu’il est essentiel d’approfondir nos connaissances pour déterminer quelles tourbières peuvent profiter en toute sécurité de brûlages contrôlés et lesquelles sont trop fragiles. Des éléments comme la profondeur de la tourbe, l’humidité, la végétation et les précédents cycles de feu influencent la capacité d’un brûlage à favoriser la régénération ou à causer davantage de dégâts.
Cela implique que la conservation des tourbières doit également être considérée comme une question de résilience climatique. Protéger ces écosystèmes, apprendre des savoirs autochtones concernant les terres et adopter des pratiques de gestion du feu basées sur la science peuvent aider à réduire les risques pour la biodiversité, la qualité de l’air et les populations vivant près des paysages à risque.
FAQs
Pourquoi les tourbières sont-elles si importantes pour le climat ?
Les tourbières agissent comme des puits de carbone, stockant de grandes quantités de CO2. Leur protection est donc cruciale pour atténuer les effets du changement climatique.
Comment le brûlage contrôlé peut-il bénéficier à la biodiversité ?
Un feu contrôlé peut favoriser la croissance de certaines espèces de plantes dépendant du feu, en maintenant un écosystème diversifié et en prévenant le surcroît de végétation.
Quelles espèces sont menacées dans les tourbières australiennes ?
Certaines espèces comme le Yundi guinea-flower et le southern emu-wren sont menacées et bénéficient de pratiques de brûlage écologique.
Les tourbières subissent-elles des effets à long terme après un incendie ?
Oui, des incendies non contrôlés peuvent causer des dommages durables, laissant ces écosystèmes vulnérables pendant des siècles.
Les communautés locales participent-elles à la gestion des tourbières ?
De plus en plus, les pratiques de gestion incorporent les connaissances des Premières Nations, favorisant une approche plus respectueuse et durable des feux dans ces écosystèmes.
