Crédit photo : Université de Granada
Le constat inquiétant
Avec la chute des niveaux d’eau due à la sécheresse, un réservoir en Espagne pourrait libérer beaucoup plus de méthane qu’à l’accoutumée. Cela souligne que les conséquences du changement climatique peuvent créer des boucles de rétroaction qui aggravent la situation.
Une étude récente a révélé que ce réservoir émettait davantage de méthane lors d’années particulièrement sèches, alors que les émissions de dioxyde de carbone demeuraient presque constantes.
Que se passe-t-il ici ?
Au réservoir de Cubillas, des chercheurs de l’Université de Granada ont mis en place une plateforme flottante pour suivre de manière continue l’échange de gaz à effet de serre grâce à la méthode de covariance de tourbillon. Ce système a permis de collecter des données sur de longues périodes, révélant ainsi des changements dans le temps plutôt que de se baser sur des échantillons ponctuels. Les résultats de cette recherche ont été publiés dans la revue Global Change Biology.
Durant les périodes de sécheresse intense, les émissions de méthane ont considérablement augmenté, tandis que celles de dioxyde de carbone sont restées relativement stables.
L’analyse suggère que la diminution des niveaux d’eau favorise l’activité des sédiments, contribuant à la libération de méthane. Ce phénomène, connu sous le nom de bullage, est responsable d’une grande partie des émissions. Lorsque le réservoir se contracte, les boues et matières organiques submergées peuvent libérer ce puissant gaz à effet de serre.
L’étude indique que des sécheresses plus fréquentes et intenses pourraient inciter les réservoirs à émettre encore plus de méthane que prévu, renforçant ainsi leur rôle en tant que sources de pollution climatique.
Pourquoi est-ce crucial ?
La baisse des niveaux d’eau ne signifie pas seulement des conditions de sécheresse, mais peut également déclencher une libération accrue de méthane. À mesure que les périodes sèches se prolongent, il devient de plus en plus difficile d’ignorer cette pollution cachée des réservoirs.
Le méthane, bien qu’il ne reste pas longtemps dans l’atmosphère contrairement au dioxyde de carbone, piège beaucoup plus de chaleur à court terme, ce qui peut accentuer le réchauffement climatique au cours des prochaines décennies.
Les réservoirs sont souvent considérés en termes de stockage d’eau, d’hydroélectricité, d’irrigation et de loisirs, mais cette étude révèle qu’une baisse des niveaux d’eau due à la sécheresse pourrait également transformer ces systèmes en sources plus importantes de pollution climatique. Une sécheresse extrême pourrait aggraver les tendances de réchauffement qui promeuvent de telles sécheresses.
Les désastres météorologiques extrêmes mettent en danger à la fois des vies et des moyens de subsistance. La sécheresse peut réduire les réserves d’eau potable, nuire aux cultures, faire grimper les prix des denrées alimentaires et accroître le risque d’incendies de forêt. Parallèlement, les vagues de chaleur et la fumée peuvent aggraver les problèmes de santé respiratoire, cardiaque et d’autres menaces pour la santé publique.
Les communautés peuvent également faire face à une instabilité économique lorsque les exploitations agricoles, les services publics et les entreprises locales doivent s’adapter à des ressources en eau réduites et à des conditions plus instables.
Si les niveaux de méthane augmentent dans les réservoirs pendant les sécheresses, les responsables pourraient avoir besoin de prendre en compte ces émissions de manière plus rigoureuse lors de la gestion des systèmes d’eau et de l’établissement des objectifs de réduction de la pollution.
Quelles actions sont entreprises ?
Des études comme celle-ci aident les scientifiques à dépasser les simples estimations et à mieux comprendre comment les émissions varient en temps réel avec les conditions météorologiques et hydriques. Ce type de surveillance offre aux décideurs une vue plus précise de l’impact climatique réel des réservoirs.
Les gestionnaires de l’eau pourraient également utiliser ce type de recherche pour orienter leurs opérations de réservoir, la gestion des sédiments et la planification face à la sécheresse. Bien qu’il n’existe pas de solution universelle pour chaque site, saisir le quand et le pourquoi des pics de méthane est une première étape cruciale vers leur réduction.
D’une manière plus large, il est essentiel de réduire la pollution climatique. Les conditions plus chaudes et sèches liées au changement climatique peuvent intensifier les émissions de méthane des réservoirs. Diminuer les émissions de méthane et de dioxyde de carbone provenant de l’énergie, des transports et de l’industrie peut aider à freiner ce cycle plus vaste.
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