Les habitudes : du choix réfléchi à l’automatisme
Un nouveau travail de recherche remet en question l’idée largement acceptée selon laquelle les habitudes se construisent uniquement par des répétitions lentes et graduelles. Que se passerait-il si vos habitudes ne se formaient pas par une multitude de répétitions sur des mois, voire des années ? Et si le cerveau pouvait déterminer, presque instantanément, qu’un comportement n’était plus à réfléchir ?
Cette hypothèse est au cœur d’une étude récente menée par l’Université Johns Hopkins, publiée dans la revue Nature Communications. Cette recherche remet en cause l’un des concepts les plus enracinés en psychologie et neurosciences : celui selon lequel les habitudes émergent d’un processus de renforcement progressif. Les résultats suggèrent au contraire que le cerveau peut parfois passer d’une prise de décision délibérée à un comportement automatique de manière surprenante et rapide.
Comprendre ce phénomène
Cette découverte peut expliquer pourquoi certaines habitudes semblent devenir soudainement sans effort après avoir été perçues comme intentionnelles pendant longtemps. Elle pourrait aussi éclairer comment des comportements profondément enracinés, y compris des comportements malsains, pourraient éventuellement être modifiés.
Une tradition de compréhension des habitudes
Les habitudes jouent un rôle fondamental dans notre quotidien. Elles permettent au cerveau d’automatiser des actions courantes, réduisant ainsi l’effort mental nécessaire pour évoluer dans notre environnement. Que ce soit pour lacer ses chaussures ou emprunter un chemin familier, les habitudes libèrent des ressources cognitives pour d’autres tâches.
Kishore V. Kuchibhotla, principal auteur de l’étude et neuroscientifique étudiant l’apprentissage chez les humains et les animaux, souligne qu’au cours des cent dernières années, la théorie sur la formation des habitudes repose sur le renforcement et la répétition : en répétant une action suffisamment de fois, le cerveau finit par conclure qu’il n’est plus nécessaire d’y réfléchir. Cependant, il suspecte que la perception de cette nature graduelle soit influencée par notre méthode de mesure.
Une approche innovante pour étudier les habitudes
Pour examiner ce processus de manière différente, Kuchibhotla et son équipe ont élaboré une expérience visant à représenter au mieux la prise de décision au quotidien. Au lieu de choisir une boisson uniquement par soif, les participants pourraient opter pour de l’eau pétillante ou une autre boisson favorite simplement parce qu’ils l’apprécient davantage que l’eau ordinaire.
Les souris utilisées dans l’étude avaient toujours accès à de l’eau acide dans leurs cages, afin de rester hydratées, même si elles n’appréciaient pas son goût. Lorsqu’elles entendaient un son spécifique, elles recevaient l’eau de leur choix. Faute d’une soif intense, les souris réagissaient parfois au son et parfois l’ignoraient, montrant ainsi que leur comportement était orienté vers un objectif.
Lorsque le comportement a changé, les souris ont commencé à répondre au son systématiquement, même lorsqu’elles ne désiraient plus l’eau. Ce changement ne s’est pas opéré progressivement, mais plutôt de manière soudaine, comme si un interrupteur avait été actionné.
Des implications pour le changement de comportement
Il a été observé que certaines souris revenaient à un comportement orienté vers un objectif après avoir agi pendant un certain temps par habitude. Cela démontre à quel point nos méthodes d’analyse influencent nos résultats : en réduisant la motivation excessive des animaux, de nouveaux aspects de leur comportement, auparavant cachés, commencent à émerger.
L’importance des résultats a conduit les National Institutes of Health à accorder un nouveau financement à l’équipe pour explorer plus avant ce mécanisme derrière ce changement comportemental.
Kuchibhotla indique que, si certaines habitudes peuvent être utiles pour dégager l’esprit, ce n’est pas toujours le cas. L’idée qu’il existe un contrôleur dans ce processus laisse entrevoir la possibilité d’inverser des habitudes maladaptatives, revenant à des comportements orientés vers un objectif. Ainsi, au lieu de considérer les habitudes comme immuables, on pourrait envisager qu’elles ne soient pas destinées à perdurer.
FAQ
Quelle est la principale conclusion de cette étude ?
Cette étude révèle que le cerveau peut passer rapidement d’un comportement réfléchi à un comportement automatique, remettant en question l’idée que les habitudes ne se forment que par répétitions lentes.
Quelles sont les implications pratiques de ces résultats ?
Les découvertes suggèrent que des habitudes nuisibles pourraient être modifiées, car il semble exister un mécanisme dans le cerveau pouvant inverser des comportements inadaptés.
Comment a été réalisée l’étude auprès des souris ?
Les souris avaient accès à de l’eau acide pour rester hydratées mais pouvaient choisir une eau plus savoureuse via un signal sonore; ce qui a permis d’observer un changement de comportement à un moment donné.
Pourquoi les habitudes sont-elles importantes dans la vie quotidienne ?
Les habitudes simplifient les actions quotidiennes, permettant au cerveau de libérer des ressources pour d’autres tâches et de réduire l’effort mental associé à la prise de décision.
Les résultats de l’étude peuvent-ils être appliqués à d’autres espèces ?
Bien que l’étude se concentre sur des souris, les principes pourraient également s’appliquer à d’autres espèces, y compris les humains, en offrant un nouvel angle pour aborder l’apprentissage et le changement de comportement.
