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Un Document Ancestral Confirme l’Existence d’un Roi Africain Légendaire.

Un Document Ancestral Confirme l’Existence d’un Roi Africain Légendaire.
Des archéologues ont découvert une note datant de plusieurs siècles, révélant un roi nubien au cœur de ses affaires courantes. Commande royale (Côté A). Crédit : M. Rekłajtis/PCMA dans Barański et al. 2026

Le récent déchiffrement d’un document ancien provenant de Dongola remet en question beaucoup de ce que les historiens pensaient savoir sur une période peu clair du passé soudanais. Ce fragile manuscript en arabe récupéré des ruines de l’ancienne Dongola vise à identifier l’existence de Roi Qashqash, longtemps considéré comme un personnage légendaire.

Un article publié dans le magazine Azania se penche sur cette commande archéologique récemment mise au jour, établie au nom de Qashqash. Trouvé dans une résidence d’élite à l’intérieur de la citadelle de la ville, ce texte évoque le commerce de textiles et de bétail. Bien que ce document soit modeste, il constitue une preuve rare sur le pouvoir, les échanges commerciaux, les relations sociales et la diffusion de l’écriture arabe en Nubie durant la période Funj.

Comprendre Dongola Après Makuria

L’ancienne Dongola, située dans le nord du Soudan actuel, était autrefois la capitale du royaume Makuria, un puissant royaume chrétien nubien. En revanche, à la moitié du 14e siècle, la ville a progressivement perdu ce statut, rendant difficile la compréhension des siècles suivants.

Il est essentiel de noter que cette transition vers l’Islam ne s’est pas faite du jour au lendemain. Les auteurs de l’étude expliquent que l’arabisation et l’islamisation ont lentement évolué, avec un mélange de traditions nubiennes, d’alphabétisation arabe, d’autorité islamique et de politiques régionales qui ont coexisté pendant plusieurs générations.

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La commande royale d’Ancienne Dongola (inv. 1990, côté B). Crédit : M. Rekłajtis/PCMA dans Barański et al. 2026

Une Résidence Royale au Cœur de la Citadelle

Le précieux document a été retrouvé dans le Bâtiment A.1, désigné localement comme la maison du Mekk, qui indique le domicile du dirigeant. Les découvertes archéologiques corroborent cette tradition, le bâtiment étant à la fois plus vaste et plus complexe que les autres habitations du site. Les objets découverts montrent un mode de vie élitiste.

Les fouilles ont révélé des pièces en coton, en lin, de la soie, des chaussures en cuir, une bague en or et un manche de dague en ivoire ou en corne de rhinocéros. Des projectiles en plomb et une corne de bétail, probablement utilisée comme flacon à poudre, suggèrent également que les résidents avaient accès à des armes à feu, symbole de statut dans la Nubie précoloniale.

Au cours des années 2019 à 2021, les chercheurs ont récupéré un total de 23 documents en papier du bâtiment, comprenant des lettres, des amulets, un texte juridique et une liste administrative. Parmi eux se trouvait cette commande royale, retrouvée dans une pièce d’environ 5 sur 4 mètres, où les documents avaient été jetés.

Le papier, mesurant à peine 10,5 sur 9,5 centimètres, a été daté entre le 17e et le 18e siècle, mais les éléments internes laissent à penser qu’il a probablement été rédigé plus tôt, à la fin du 16e ou au début du 17e siècle.

Un Roi Face aux Défis Quotidiens

Contrairement à un décret spectaculaire, cette commande porte sur un échange entre un homme nommé Khiḍr chargé de traiter des biens entre Muḥammad al-ʿArab et ʿAbd al-Jābir. Les biens en question incluent des textiles et un mouton avec son agneau. Un passage endommagé semble se référer à du tissu de coton ou à des couvre-chefs en coton, susceptibles d’avoir une valeur élitiste.

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Cet aspect ordinaire du document est ce qui le rend précieux. Au lieu d’un roi en guerre, nous voyons un souverain qui gère des relations, des responsabilités et l’accès aux biens.

Les auteurs de l’étude affirment que cet échange reflète probablement “des actions micropolitiques destinées à renforcer les liens sociaux“, et ne se limitent pas à du pur commerce. Leur objectif est d’illustrer le Roi de Nubie en action, non pas en guerre, mais dans la gestion quotidienne de son royaume.

Transformer la Légende en Histoire

Avant cette découverte, le roi Qashqash n’était principalement connu qu’à travers le Kitāb al-Ṭabaqāt, un dictionnaire biographique du 19e siècle basé sur des traditions orales concernant des hommes saints soudanais. Dans ce contexte, il apparaît dans une généalogie liée à Sheikh Ḥilālī et Muḥammad b. ʿĪsā Suwār al-Dhahab, une figure religieuse respectée du pays.

Cette documentation, provenant de récits religieux ultérieurs, restait floue concernant le statut historique de Qashqash. Le nouveau document change la donne, établissant Qashqash comme le roi post-médiéval le plus ancien de Dongola et renforçant ainsi la crédibilité de l’existence de Roi Ḥasan, décrit par la suite comme son fils.

Les auteurs concluent que cette commande constitue un argument solide en faveur de l’historicité des deux souverains.

L’Écriture Arabe dans une Cour Nubienne

Ce document révèle également un moment charnière de changement linguistique. Bien qu’écrit en arabe, il ne suit pas les règles de l’arabe classique, avec des formes et une grammaire non standard. Cela suggère que l’arabe était en train de devenir essentiel dans l’écriture administrative, même si les langues nubiennes demeuraient probablement importantes au quotidien.

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La commande mentionne le scribe par le nom de Ḥamad, montrant que Qashqash comptait sur des spécialistes lettrés. Le destinataire, Khiḍr, était peut-être également capable de lire l’arabe ou avait accès à quelqu’un de lettré.

Les chercheurs estiment que cette découverte aide à mettre en lumière les transformations linguistiques et les interactions culturelles qui ont façonné la Nubie au fil du temps. Bien que ne tenant qu’en un morceau de papier, cette commande prouve que Qashqash était plus qu’une simple légende, montrant également que Dongola était un centre politique actif après le déclin de Makuria, où les dirigeants manœuvraient le commerce, les faveurs et le pouvoir local à travers des décisions quotidiennes.

Référence : “Le Roi de Nubie à l’œuvre : contexte archéologique et édition du texte d’un document arabe du XVIe/XVIIe siècle d’Ancienne Dongola” par Tomasz Barański, Artur Obłuski et Maciej Wyżgoł, 6 février 2026, Azania : Archaeological Research in Africa.
DOI : 10.1080/0067270X.2026.2615518

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FAQ

Qu’est-ce que la période Funj ?

La période Funj (1504–1821) est une époque de grande importance historique pour la Nubie, caractérisée par l’essor de filières commerciales et un changement sociopolitique, avec des influences tant arabes qu’islamistes.

Quelle était l’importance d’Ancienne Dongola ?

Ancienne Dongola a servi de capitale au royaume chrétien de Makuria, un des royaumes nubiens les plus puissants, jouant un rôle central dans les échanges commerciaux et influençant les interactions culturelles dans la région.

Quels types de biens étaient échangés dans la région ?

Les échanges comprenaient des textiles, du bétail et d’autres marchandises, illustrant les interactions économiques complexes entre les différentes communautés et les royaumes de la région.

Comment cette découverte influence-t-elle notre compréhension de l’histoire soudanaise ?

Cette découverte permet de mieux cerner les dynamiques sociales et politiques de la Nubie à une époque où les récits historiques étaient souvent imprécis, éclairant ainsi le rôle de figures historiques comme Qashqash.

Quelles autres découvertes archéologiques susciteront notre intérêt à l’avenir ?

Des fouilles continue dans cette région pourraient révéler des documents supplémentaires, des objets de la vie quotidienne et des informations sur les pratiques culturelles qui enrichiraient notre savoir sur les civilisations nubiennes.