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La NASA cartographie en couleurs 450 millions de galaxies et révèle un trésor de fossiles cosmiques

La NASA cartographie en couleurs 450 millions de galaxies et révèle un trésor de fossiles cosmiques

Une cartographie intégrale du ciel avec SPHEREx

La mission SPHEREx de la NASA vise à dresser un portrait complet du ciel observable et à éclairer nos origines cosmiques. Son idée directrice est simple : collecter, en infrarouge, des indices sur la formation de l’Univers en observant des centaines de millions de galaxies et d’étoiles. Ce relevé global ne se contente pas de prendre des images ; il mesure la lumière en différentes couleurs infrarouges pour en extraire des informations physiques et historiques.

Ce que le télescope mesure vraiment

SPHEREx (Spectro-Photometer for the History of the Universe) combine imagerie et analyse de la lumière en couleurs fines. En séparant l’infrarouge en 102 bandes, l’instrument peut :

  • recenser plus de 450 millions de galaxies et environ 100 millions d’étoiles de la Voie lactée ;
  • estimer les distances grâce à la couleur (décalage vers le rouge) ;
  • déduire des éléments de composition et d’évolution (poussières, gaz, âges stellaires).

Contrairement à une photo classique, un spectre en bandes révèle quand et comment la lumière a été produite. À grande échelle, cela permet de remonter l’histoire cosmique.

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Une ingénierie taillée pour le froid et la stabilité

Pour capter une lumière infrarouge très faible, il faut rester glacial et stable. SPHEREx est entouré de trois cônes métalliques concentriques qui protègent l’instrument des rayonnements du Soleil et de la Terre. Cette conception maintient l’optique à environ –350 °F (environ –210 °C), température indispensable pour repérer des sources lointaines et peu lumineuses.

Le vaisseau parcourt environ 14,5 orbites par jour, balayant le ciel au fil des passages. Les observations s’additionnent en centaines de milliers d’images, ensuite fusionnées pour produire des cartes uniformes et précises. Cette cadence orbitale permet d’observer le même endroit sous plusieurs angles et à différents moments, ce qui améliore la qualité finale des cartes.

Retrouver les traces de l’inflation cosmique

Pour sonder les tout premiers instants après le Big Bang (il y a environ 13,8 milliards d’années), SPHEREx cartographie la distribution 3D des galaxies. Les motifs de regroupement dans l’Univers, inscrits dans la répartition des galaxies, contiennent des empreintes de l’inflation cosmique. En mesurant ces motifs à grande échelle, la mission cherche des signatures subtiles laissées par cette phase d’expansion fulgurante.

La lueur fossile du fond extragalactique

SPHEREx s’intéresse aussi à la lumière de fond extragalactique, une faible lueur cumulée produite par toutes les étoiles et galaxies. Ses variations à travers le ciel forment un véritable registre de la production de lumière au fil du temps. En décodant cette lueur, on met au jour un « trésor de fossiles cosmiques » qui raconte, en creux, des milliards d’années d’évolution des étoiles, des galaxies et de la poussière interstellaire.

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Un héritage scientifique ouvert à tous

La mission a été pensée comme une ressource pour la communauté. Les cartes du ciel produites seront librement accessibles, afin que chercheurs et équipes du monde entier puissent exploiter ce relevé unique. Le jeu de données final réunira des informations « encyclopédiques » concernant des centaines de millions d’objets, avec une analyse spectrale systématique des étoiles, galaxies et astéroïdes.

Selon l’équipe scientifique dirigée par Jamie Bock, environ 25 mois de couverture fourniront une base suffisamment riche pour nourrir des décennies d’études. L’approche grand angle de SPHEREx ouvre simultanément des pistes allant de l’évolution des galaxies à la chimie qui prépare l’émergence de la vie.

Objectifs majeurs de la mission

  • Décrypter les motifs de la distribution des galaxies pour tester les modèles d’inflation cosmique.
  • Mesurer les fluctuations de la lumière de fond extragalactique et reconstituer l’histoire de la production de lumière.
  • Recenser les réservoirs interstellaires de H2O et CO2 afin de mieux suivre les ingrédients volatils dans la Voie lactée.
  • Constituer une banque spectrale étendue pour des recherches futures et des suivis ciblés.

Et ensuite ?

À mesure que la cartographie du ciel s’étoffe, de nouveaux liens se tisseront entre physique de l’inflation, évolution des galaxies et processus prébiotiques. Grâce à sa couverture intégrale et à son ouverture des données, SPHEREx deviendra une base de référence pour orienter des observatoires plus spécialisés et approfondir nos réponses à la question : d’où venons-nous ?

FAQ

SPHEREx remplace-t-il des télescopes comme Hubble ou le JWST ?

Non. SPHEREx fournit une vue globale et spectrale du ciel, tandis que Hubble et le JWST réalisent des observations détaillées et ciblées. SPHEREx repère les tendances à grande échelle et identifie des cibles ; les télescopes de pointe les étudient ensuite en profondeur. Ces approches sont donc complémentaires.

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Dans quelles longueurs d’onde observe SPHEREx ?

La mission opère principalement dans l’infrarouge proche, où la lumière des galaxies lointaines et des poussières chaudes est particulièrement informative. Ce domaine est idéal pour mesurer des couleurs fines et estimer les distances de manière efficace sur tout le ciel.

Comment les données seront-elles accessibles au public ?

Après les phases de calibration et de validation, les produits (cartes, catalogues, spectres en bandes) seront déposés dans des archives publiques de la NASA. Des interfaces en ligne et des outils de visualisation permettront d’explorer le ciel sans expertise technique avancée.

Quel apport pour l’étude des astéroïdes et des comètes ?

Les mesures spectrales aideront à distinguer glaces, roches et composés carbonés, à repérer la présence d’H2O et de CO2, et à mieux comprendre l’origine et l’évolution des petits corps—des indices précieux pour retracer l’acheminement des volatils vers les planètes.

Les amateurs peuvent-ils participer ?

Oui, potentiellement. Des programmes de science participative peuvent être mis en place pour identifier des sources variables, des comètes ou des phénomènes transitoires repérés dans les données. Même sans contribution directe, chacun pourra parcourir les cartes publiques et découvrir le ciel en détail.