Santé

FIV : une startup prétend pouvoir prédire le QI des embryons

FIV : une startup prétend pouvoir prédire le QI des embryons

Un boom contrasté des jeunes pousses

Les startups ont quitté leur statut de niche pour devenir un moteur économique majeur. En quelques années, elles ont créé une valeur estimée à près de 7 600 milliards de dollars à l’échelle mondiale. Même dans une période chahutée, comme entre 2019 et 2023, les créations d’entreprises aux États-Unis ont progressé d’environ 16 %. Derrière cette énergie, pourtant, se cachent des réalités moins reluisantes: plus de deux tiers de ces sociétés n’offrent pas de rendement positif à leurs investisseurs, et nombre d’entre elles disparaissent sans avoir jamais généré de gains. Ce grand écart entre succès fulgurants et échecs massifs façonne un écosystème où l’on teste tout, très vite, pour voir ce qui prend.

Quand l’écosystème pousse aux paris audacieux

Face à cette pression, les idées les plus inattendues fleurissent. On a vu passer des services tous plus improbables les uns que les autres: une application pour louer des gros bras, un réveil monétisé, ou encore une caméra dopée à l’IA censée analyser les selles. Si certaines trouvailles relèvent du gadget, d’autres s’attaquent à des sujets hautement sensibles. C’est le cas d’une jeune pousse en génétique: Herasight.

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Herasight, la nouvelle venue qui veut trier les embryons

Créée par deux généticiens, l’entreprise dit sortir du mode furtif (une phase de développement à l’abri des regards) pour proposer un service lié à la FIV. Leur promesse: estimer, pour un lot d’embryons, la probabilité de développer 17 maladies différentes. Et ce n’est pas tout. Dans leur démonstration publique, un outil interactif affiche aussi une estimation d’intelligence potentielle, sous forme de fourchette de QI. Les fondateurs affirment avoir déjà examiné des centaines d’embryons.

Comment l’outil est censé fonctionner

L’interface présentée permettrait de:

  • choisir un « caractère » ou une maladie (parmi lesquels l’intelligence, ou des conditions comme la schizophrénie, certains cancers de la peau, la goutte, etc.) ;
  • préciser l’ascendance des parents et le QI moyen de la famille ;
  • indiquer le nombre d’embryons disponibles (quelques-uns à une vingtaine) ;
  • laisser ensuite l’algorithme classer ces embryons selon les probabilités calculées.

D’un point de vue strictement juridique, le dépistage d’embryons sur ce type de critères est techniquement permis aux États-Unis, mais interdit dans certains pays, notamment au Royaume-Uni. Côté science, beaucoup de spécialistes jugent qu’il n’existe pas de preuves robustes que l’on puisse prédire de façon fiable des traits complexes comme la taille ou l’intelligence à partir de ce type d’évaluations.

Légalité et science: un terrain glissant

  • Sur le plan légal, le cadre varie fortement selon les juridictions. Ce qui est toléré d’un côté de l’Atlantique peut être illégal de l’autre.
  • Sur le plan scientifique, ces approches reposent sur des scores polygéniques et des modèles statistique. Ils peuvent capter un signal moyen dans une population sans forcément être précis pour un individu, encore moins pour un embryon qui n’aura pas encore été exposé à l’environnement, à l’éducation, ou à d’innombrables facteurs non génétiques.
  • Les performances sont souvent moins bonnes dès qu’on s’éloigne des populations sur lesquelles les modèles ont été entraînés, un problème de biais très documenté.
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Malgré ces limites, les fondateurs de Herasight mettent en avant des tests « intra-famille » (comparant des frères et sœurs) et affirment de meilleures performances chez des personnes non européennes par rapport à la concurrence. Des promesses difficiles à vérifier sans données publiques et validation externe.

Communication bien huilée, comparaisons avantageuses

La stratégie de lancement a été soignée: messages enthousiastes sur les réseaux, papier technique mis en ligne, et relais par des observateurs favorables soulignant que la procréation est l’un des rares moments où le grand public se penche vraiment sur sa génétique — et où les résultats peuvent paraître actionnables. Herasight insiste sur ce qui la distinguerait d’autres offres du secteur, déjà connues pour proposer des classements d’embryons selon des risques de maladies ou des traits, et parfois associées à des personnalités très médiatisées. L’idée est claire: se montrer plus prudent, plus rigoureux, plus efficace.

Des enjeux éthiques lourds

Derrière le vernis techno, la question qui fâche demeure: à partir de quel moment glisse-t-on de la médecine de prévention à un tri humain qui réactive, sous une forme moderne, les vieux réflexes eugénistes? Le risque d’aggraver les inégalités est réel: ces services seraient accessibles d’abord à des parents aisés, avec des modèles plus performants pour certains groupes que pour d’autres. Les documents de Herasight évoquent les préoccupations bioéthiques, mais sans vraiment affronter le fond: quelle société construit-on si l’on normalise l’idée d’optimiser les caractéristiques des futurs enfants?

Ce que cela révèle pour la suite

Le cas Herasight illustre une tendance de fond: dès qu’une technologie devient vaguement possible, une startup cherchera à la commercialiser, même si la preuve scientifique est encore partielle et l’éthique en débat. La reproduction humaine devient un terrain d’innovation où s’entremêlent promesses de santé, désir d’optimisation et questions de justice sociale. Qu’on y voie une avancée ou une ligne rouge, une chose est sûre: le sujet va revenir sur la table — souvent, et avec de plus en plus d’argent en jeu.

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FAQ

Comment fonctionnent les « scores polygéniques » utilisés pour classer des embryons ?

Ils additionnent l’effet de milliers de variants génétiques associés à un trait dans des études statistiques. Cela donne une probabilité relative, pas une certitude. Pour des traits complexes comme l’intelligence, l’environnement, l’éducation, la santé mentale ou la chance jouent un rôle énorme, ce qui limite la précision et l’utilité clinique au niveau individuel.

Quelles alternatives médicales sont aujourd’hui bien établies en FIV ?

Le dépistage ciblé de maladies monogéniques graves (PGT‑M) ou de anomalies chromosomiques (PGT‑A) est déjà utilisé avec un cadre clinique plus clair. Ces approches visent des risques médicaux avérés, plutôt que l’optimisation de traits complexes.

Que disent les régulateurs en dehors des États-Unis ?

Dans plusieurs pays européens, dont le Royaume‑Uni, le tri sur des traits non médicaux ou non validés est interdit. D’autres États imposent des comités d’éthique et des autorisations spécifiques. Le paysage évolue vite, mais la tendance globale reste la prudence.

Quels sont les enjeux de confidentialité des données génétiques ?

Ces services nécessitent des données très sensibles. Il faut se poser des questions sur le stockage, le partage avec des partenaires, la durée de conservation, la ré‑identification possible, et les usages secondaires (assurance, emploi, recherche). Un vrai contrôle des consentements est indispensable.

Combien cela peut-il coûter et qui peut y accéder ?

Au‑delà du coût de la FIV, ces analyses ajoutent des frais non négligeables, souvent hors remboursement. Cela réduit l’accès à des familles favorisées, ce qui risque d’accentuer des écarts sociaux et sanitaires si ces services se généralisent.