La fonction purgative de la sexualité
Un article récent paru dans la revue Science a été rédigé par Alexey Kondrashov, professeur en écologie et biologie évolutive à l’Université du Michigan, et ses co-auteurs. L’étude propose que l’écart entre le nombre de mutations estimé théoriquement pour une espèce et celui observé dans la réalité s’explique par le fait que les rapports sexuels favorisent l’accumulation de mutations. En effet, lorsque des mutations se combinent et interagissent, cela accélère le processus par lequel la sélection naturelle élimine les individus présentant des mutations nuisibles.
Une étude approfondie
Les chercheurs ont d’abord établi le taux théorique de mutations chez les humains et les mouches à fruits sauvages. Ensuite, ils ont collecté des données sur environ 2000 personnes et 300 mouches pour déterminer le nombre d’individus réels présentant des mutations. Les résultats ont montré que le rapport observé dans le monde réel était considérablement plus faible que prévu.
La sélection naturelle en action
Shamil Sunyaev, co-directeur de l’étude, a déclaré à Phys.Org que leurs findings les ont amenés à conclure que la sélection naturelle continue de lutter contre les mutations génétiques gravement dommageables chez les humains. De plus, cette action est renforcée par les interactions synergétiques entre différentes parties du génome humain. En d’autres termes, les mutations ne fonctionnent pas de manière isolée ; elles peuvent s’influencer mutuellement, aggravant leurs effets.
Le rôle de la sexualité
Mashaal Sohail, premier auteur de l’étude, a souligné l’importance de la sexualité dans les espèces comme la nôtre. Selon lui, l’émergence de la sexualité permet une sélection naturelle plus efficace ; le taux de mutations étant trop élevé pour que les organismes survivent autrement. Grâce à la sexualité, les mutations se mélangent, ce qui accroît la vitesse à laquelle celles-ci sont éliminées, car elles sont en contact avec d’autres mutations qui renforcent leurs effets.
Épistasie synergique
Ce phénomène est connu sous le nom d’épistasie synergique. Les chercheurs ont conclu que cette forme d’interaction a des effets évolutifs nettement plus positifs que la reproduction asexuée. Cela permet à un organisme d’éliminer plusieurs mutations résultant du mélange génétique lors de la mort d’un organisme incapable de se reproduire, souvent à cause d’un cumul de mutations.
Nouvelles perspectives sur la sélection naturelle et CRISPR
Les conséquences de cette étude sont doubles. Tout d’abord, elle fournit un mécanisme explicatif pour la reproduction rapide des humains, une question cruciale en génétique des populations. L’étude suggère que se multiplier rapidement pourrait en fait être un moyen efficace d’évacuer les mutations indésirables.
De plus, elle explique pourquoi relativement peu de personnes et de mouches présentent un grand nombre de mutations les rendant défavorables. Malgré les avancées de la médecine et des infrastructures adéquates, la sélection naturelle continue de jouer un rôle significatif.
En cas de validation de cette hypothèse, cela remettrait en cause la vision antérieure des mutations génétiques, qui les percevait comme se manifestant et étant éliminées individuellement. Cette nouvelle perspective sur le modèle synergique pourrait aussi avoir des implications sur les théories liées à l’édition génétique via des technologies comme CRISPR.
Les implications pour CRISPR
Actuellement, CRISPR fonctionne selon le principe de modifications isolées dans le génome, espérant modifier un unique aspect ou mutation. Toutefois, cette étude met en lumière que les gènes agissent de manière synchronisée, ce qui signifie qu’un changement dans un gène pourrait déclencher des réactions en chaîne entraînant des conséquences imprévues. Ceci renforce les arguments des scientifiques ayant déclaré que CRISPR pourrait bien provoquer des mutations génétiques inattendues, comme l’indiquent certaines controverses récentes.
FAQ
Qu’est-ce que l’épistasie synergique ?
L’épistasie synergique est le phénomène par lequel différentes mutations interagissent de manière à aggraver leurs effets, permettant ainsi à la sélection naturelle d’éliminer plusieurs mutations à la fois.
Pourquoi la reproduction sexuelle est-elle favorable ?
La reproduction sexuelle permet une meilleure combinaison de mutations, ce qui augmente les chances d’éliminer les mutations nuisibles, contrairement à la reproduction asexuée où les mutations se transmettent intactes.
Quels sont les limites de la méthode CRISPR ?
Bien que CRISPR soit prometteur pour l’édition génétique, les interactions complexes entre gènes peuvent entraîner des effets imprévus, d’où l’importance d’une recherche approfondie avant son utilisation thérapeutique.
Comment cette étude impacte-t-elle la recherche en génétique ?
Cette étude remet en question les concepts traditionnels de la mutation en suggérant que les mécanismes évolutifs sont plus complexes et interconnectés, influençant ainsi les approches de la recherche génétique.
Quelles conséquences pour la médecine moderne ?
Si cette théorie est validée, elle pourrait influencer les stratégies thérapeutiques en ciblant les mutations de manière plus efficace, tout en renforçant la nécessité d’une approche basée sur la compréhension des interactions génétiques.
