Santé

Des scientifiques transforment un rein de groupe A en groupe O : une avancée majeure pour les greffes

Des scientifiques transforment un rein de groupe A en groupe O : une avancée majeure pour les greffes

Pourquoi cette avancée compte

Pour les personnes en attente d’une greffe de rein, chaque mois gagné peut faire la différence. Les patients de groupe sanguin O sont les plus pénalisés : ils ne peuvent recevoir que des organes O, alors que ces reins, compatibles avec tous, sont souvent attribués à d’autres groupes. Résultat : l’attente s’allonge de plusieurs années et de nombreux malades décèdent avant qu’un organe ne soit disponible. Une découverte canadienne change aujourd’hui la donne et ouvre une nouvelle voie pour augmenter le nombre d’organes utilisables.

Ce que l’équipe de l’UBC a réussi

Des chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) ont démontré qu’il est possible de transformer un rein de groupe A en rein de groupe O, dit « universel », grâce à des enzymes capables d’effacer les marqueurs sanguins à la surface des vaisseaux de l’organe. Pour la première fois, un rein ainsi « converti » a été transplanté chez un receveur en état de mort cérébrale, afin de mesurer la réaction du système immunitaire dans des conditions réelles. Les résultats, décrits dans la revue Nature Biomedical Engineering, marquent une étape clé vers des greffes moins limitées par la compatibilité de groupe sanguin.

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Comment fonctionnent ces enzymes

  • Les groupes sanguins (A, B, AB, O) sont déterminés par de petites sucres — des antigènes — qui recouvrent les cellules, y compris celles des vaisseaux d’un organe.
  • Le système immunitaire reconnaît ces antigènes comme des étiquettes. S’ils sont incompatibles, il déclenche un rejet rapide et agressif.
  • Les enzymes mises au point à l’UBC agissent comme des « ciseaux moléculaires » : elles retirent spécifiquement l’antigène du groupe A, révélant une surface « neutre » équivalente au groupe O.
  • Ce procédé, élaboré après plus de dix ans de recherche, s’appuie sur des enzymes hautement actives et sélectives, efficaces à de très faibles doses. Il découle d’un projet initial visant à créer du sang universel, avant que l’équipe ne montre que la même logique s’applique aux organes.

Premier essai en modèle humain : ce qui a été observé

  • Un rein converti a été perfusionné puis greffé à un receveur en mort cérébrale, avec l’accord de la famille, fin 2023.
  • Pendant les deux premiers jours, l’organe a bien fonctionné, sans signe de rejet hyperaigu.
  • Au troisième jour, certains marqueurs de groupe sont réapparus, provoquant une réaction immunitaire légère.
  • Les dommages observés sont restés nettement inférieurs à ceux d’un rejet classique, et des indices de tolérance de l’organe par l’organisme ont été notés.

Ces observations, inédites chez l’humain, fournissent des informations précieuses pour optimiser la durée de la conversion et améliorer la protection immunitaire après la greffe.

Ce que cela change pour les patients de groupe O

  • Les patients O attendent souvent 2 à 4 ans de plus que les autres. En cause : la rareté des reins O disponibles pour eux, alors que ces organes sont utilisés pour des receveurs de groupes différents grâce à leur compatibilité universelle.
  • La conversion d’organes A vers O pourrait rééquilibrer l’accès, réduire drastiquement les délais et sauver des vies.
  • Aux États‑Unis, près de 90 000 personnes attendent un rein à un instant donné, et 11 personnes meurent chaque jour faute d’organe. Chaque organe converti élargit immédiatement le pool d’organes compatibles.
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Les prochaines étapes

  • Obtenir les autorisations réglementaires pour des essais cliniques chez des receveurs vivants.
  • Standardiser la procédure ex vivo (traitement de l’organe en dehors du corps) afin d’assurer une conversion complète, stable et sécurisée.
  • Surveiller la durabilité de l’effet enzymatique et l’éventuelle réapparition des antigènes après la greffe.
  • La société dérivée d’UBC, Avivo Biomedical, mènera le développement pour les greffes et, à terme, pour produire du sang de donneur universel à la demande.

Un impact potentiel au‑delà du rein

Si la stratégie s’avère robuste, son principe — retirer des antigènes responsables du rejet — pourrait inspirer des approches similaires pour d’autres organes. L’objectif : rendre la compatibilité plus souple, gagner du temps chez les patients en situation critique, et rendre le système de répartition des organes plus équitable.

En résumé

  • Des enzymes ciblées peuvent convertir un rein de groupe A en O.
  • Un premier test chez l’humain a montré une bonne tolérance initiale et une réaction limitée.
  • Cette méthode pourrait réduire l’attente des patients, surtout de groupe O, et augmenter le nombre d’organes utilisables.
  • Prochaine étape : des essais cliniques et une standardisation du procédé.

FAQ

Cette méthode pourra‑t‑elle aussi convertir les reins de groupe B ou AB ?

C’est l’objectif à long terme. Les antigènes B sont différents de ceux du A ; il faudra des enzymes adaptées. Des travaux sont en cours pour élargir la conversion à d’autres groupes.

Comment l’organe est‑il traité avant la greffe ?

Le rein est placé sur une machine de perfusion qui fait circuler une solution froide et oxygénée. Les enzymes y sont ajoutées pour retirer les antigènes en surface, puis l’organe est rincé et évalué avant transplantation.

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Combien de temps dure la conversion une fois l’organe greffé ?

La conversion vise à être stable, mais une surveillance est nécessaire, surtout au début. Les futures études préciseront la durée de l’effet et les meilleures stratégies d’immunosuppression associées.

Cette approche peut‑elle s’appliquer à d’autres organes comme le foie ou les poumons ?

Le principe est transposable, mais chaque organe a des contraintes propres (vascularisation, tolérance immunitaire). Des validations spécifiques seront indispensables.

Y a‑t‑il des risques supplémentaires liés à l’usage d’enzymes ?

Les enzymes sont conçues pour être hautement sélectives. Les essais cliniques devront confirmer l’absence d’effets indésirables sur les tissus, la sécurité des résidus enzymatiques et la compatibilité avec les traitements immunosuppresseurs.