Ce qui s’est passé
En Chine, une équipe chirurgicale de l’Hôpital affilié n°1 de l’Université médicale d’Anhui (Hefei, province d’Anhui) a greffé pour la première fois chez un patient vivant un foie porcin génétiquement modifié utilisé en mode auxiliaire. Le receveur, un homme de 71 ans atteint d’une cirrhose liée au virus de l’hépatite B et d’un carcinome hépatocellulaire, a survécu 171 jours après l’intervention. Les chercheurs ont présenté début octobre ce qu’ils qualifient de « première xénotransplantation hépatique auxiliaire au monde ». Plusieurs experts ont salué une avancée qualifiée de « repère majeur » pour l’hépatologie.
Pourquoi c’est important
- La pénurie d’organes humains fait chaque année des milliers de morts parmi les patients en attente.
- En Chine, des centaines de milliers de personnes développent une insuffisance hépatique chaque année, mais seulement environ 6 000 greffes de foie ont été réalisées en 2022.
- La xénotransplantation (greffe d’organes d’animaux chez l’humain) pourrait servir de pont pour maintenir des patients en vie en attendant un greffon humain, ou, à terme, devenir une option thérapeutique à part entière.
- Le foie est souvent jugé trop complexe à transplanter entre espèces par rapport au cœur ou au rein. Ce cas, en mode auxiliaire, bouscule en partie cette perception en montrant une fonction métabolique et synthétique réelle chez l’humain.
Comment l’intervention a été conçue
- Les chirurgiens ont implanté un foie auxiliaire de mini-porc Diannan génétiquement modifié, sans retirer entièrement le foie natif du patient.
- L’organe porcin avait subi 10 modifications génétiques ciblées, dont des knockouts de xénoantigènes (pour limiter le rejet immédiat) et l’ajout de transgènes humains afin d’exprimer des protéines humaines clés.
- Objectif: améliorer la compatibilité immunologique, réduire les perturbations de la coagulation, et permettre une fonction de synthèse (par exemple facteurs de coagulation) et métabolique (dont la production de bile) suffisamment stables.
Ce qui a bien fonctionné au début
- Pendant le premier mois, le greffon a montré une production biliaire et la synthèse de facteurs de coagulation, preuves d’une activité hépatique utile.
- Aucun signe de rejet hyperaigu ni de rejet aigu n’a été observé durant cette période.
- Pour les chercheurs, cela démontre qu’un foie porcin modifié peut assurer des fonctions métaboliques et synthétiques chez l’humain pendant un laps de temps significatif.
Les complications et l’issue
- Au 38e jour, le patient a développé une microangiopathie thrombotique associée à la xénotransplantation (xTMA), une complication sévère de la coagulation.
- Le greffon a alors été retiré et la xTMA traitée avec succès.
- Malgré cela, l’état général ne s’est pas stabilisé: le patient a présenté des hémorragies digestives hautes à répétition et est décédé au 171e jour après l’intervention.
Ce que disent les chercheurs
- Selon le Pr Beicheng Sun, cette expérience prouve qu’un foie de porc génétiquement modifié peut fonctionner durablement chez l’être humain.
- Les auteurs insistent toutefois sur les obstacles majeurs restant à franchir, en particulier la dérégulation de la coagulation et les complications immunitaires, qui conditionnent la survie à long terme.
Étapes antérieures et contexte scientifique
- Des essais plus limités avaient déjà été menés, notamment la greffe d’un foie porcin chez un patient en mort cérébrale en mars 2024 en Chine; l’organe avait été retiré au bout de 10 jours à la demande de la famille.
- Les résultats du nouveau cas ont été publiés début octobre dans le Journal of Hepatology.
- Même si cette greffe auxiliaire représente un succès à court terme, le chemin reste long avant une adoption large: il faudra des stratégies plus fines de contrôle immunitaire, de gestion hémostatique, et une surveillance rapprochée des complications.
Quelles perspectives ?
- À court terme, ces approches pourraient aider des patients en insuffisance hépatique aiguë, en insuffisance hépatique aiguë sur chronique, ou certains cas de cancer du foie jugés inéligibles aux traitements standards.
- À moyen terme, l’objectif est de réduire les complications et d’allonger la durée de fonctionnement des greffons porcins, possiblement pour attendre un organe humain ou, un jour, s’y substituer.
- Sur le plan scientifique, la priorité est de mieux comprendre et prévenir les événements prothrombotiques, d’optimiser les modifications génétiques du donneur porcin, et d’ajuster les protocoles d’immunosuppression.
FAQ
Qu’est-ce qu’un « foie auxiliaire » ?
Un foie auxiliaire est un greffon ajouté au foie du patient au lieu de le remplacer entièrement. Il peut soutenir les fonctions hépatiques (détoxification, synthèse, métabolisme) pendant une période critique, tout en laissant au foie natif une chance de récupérer ou au patient d’attendre un organe humain.
Pourquoi choisir des mini-porcs Diannan ?
Les mini-porcs offrent une taille plus adaptée à l’anatomie humaine, une croissance plus prévisible et une gestion sanitaire plus contrôlable. Les lignées comme le Diannan se prêtent bien aux modifications génétiques multiples nécessaires pour limiter le rejet et les troubles de coagulation.
Quels sont les risques spécifiques des xénotransplantations hépatiques ?
Outre le rejet immunitaire, les principaux défis sont la dysrégulation de la coagulation (thromboses, hémorragies), les infections opportunistes sous immunosuppresseurs, et un risque théorique de transmission d’agents porcins (comme certains rétrovirus endogènes), surveillé par des tests et une biosécurité renforcée.
Qui pourrait en bénéficier en priorité ?
Probablement des patients en détresse hépatique pour lesquels aucune alternative immédiate n’existe: insuffisance hépatique aiguë, aiguë sur chronique, ou certains cancers du foie non opérables et non éligibles à une greffe humaine rapide.
Quel cadre éthique et réglementaire ?
Ces interventions exigent un consentement éclairé renforcé, une évaluation éthique rigoureuse, une traçabilité et une surveillance à long terme. Les cadres réglementaires varient selon les pays, avec généralement des protocoles expérimentaux stricts et un suivi post-greffe prolongé pour le patient et, parfois, ses contacts proches.
