Réactions à l’étude controversée en Guinée-Bissau
La semaine dernière, les responsables des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) ont annoncé une décision importante : les autorités sanitaires de Guinée-Bissau ont décidé de mettre un terme à une étude contestée qui aurait impliqué des nourrissons non vaccinés comme sujets d’expérimentation. Cependant, le Département américain de la santé et des services sociaux (HHS) a déclaré que l’essai se poursuivait malgré tout.
Les tensions entre institutions
Les autorités de santé américaines n’ont pas hésité à critiquer l’Africa CDC. Dans une déclaration surprenante, le HHS a qualifié cette organisation de « fausse et sans pouvoir », soutenant qu’elle n’était pas une source fiable pour des informations sanitaires. En réponse, lors d’une conférence de presse, Jean Kaseya, le directeur général de l’Africa CDC, a défendu son institution avec fermeté.
“Nous ne sommes pas une ONG, ni une organisation des Nations Unies”, s’est-il défendu. “Nous avons le pouvoir de rassembler l’Afrique. Cette mission nous est confiée par les 55 chefs d’État et de gouvernement africains.”
La souveraineté des États africains
Kaseya a également souligné que les discussions sur la santé devraient se faire en Afrique, sans ingérence extérieure. Il a fait référence à des e-mails divulgués entre le HHS et des chercheurs danois, qui visaient à faire avancer l’essai vaccinal en Guinée-Bissau. “S’ils ne sont pas là, ils perdent leur temps”, a-t-il ajouté. Il a affirmé que la souveraineté du pays doit être respectée dans toutes les décisions relatives à des expérimentations sur sa population.
“Ce n’est pas à l’Africa CDC de décider si cette étude clinique aura lieu”, a-t-il insisté. “Ce n’est pas une autre entité internationale qui pourra décider à notre place.”
Règlementations et procédures à suivre
Il est important de rappeler que, selon les directives de l’Africa CDC, tout essai vaccinal nécessitant l’autorisation écrite des autorités sanitaires nationales est illégal en l’absence de cette approbation. De plus, il doit recevoir l’aval d’un comité d’éthique national et d’un comité de révision institutionnel sur chaque site de l’essai. Les autorités sanitaires de Guinée-Bissau ont donc le pouvoir de bloquer tout projet qui ne bénéficie pas de leur soutien.
Kaseya a mis en avant l’importance de respecter la souveraineté en matière de santé publique en Afrique. “Notre vision ne vient pas des pays occidentaux, mais d’Afrique, façonnée par notre leadership et nos réalités.”
Priorités de la recherche en Afrique
Dans une interview avec le Guardian, Abdulhammad Babatunde, un médecin et chercheur en santé publique du Nigeria, a souligné l’importance de financer des recherches qui répondent aux besoins des Africains. “Les Africains souhaitent résoudre leurs propres problèmes plutôt que de satisfaire la curiosité des financements étrangers”, a-t-il déclaré, en référence à la subvention de 1,6 million de dollars annoncée par le HHS pour l’étude.
Ce projet aurait nécessité de vacciner 7 000 nourrissons contre l’hépatite B, tandis qu’un groupe témoin de 7 000 autres nourrissons ne recevrait pas de vaccin. Dans un pays où presque un adulte sur cinq et 11 % des enfants sont déjà infectés par le virus, il n’est pas justifié de laisser délibérément des nourrissons non vaccinés.
La réponse de l’Africa CDC
Babatunde a insisté sur le fait qu’il est « inacceptable » de mener des études sans fournir un soin adéquat aux groupes de contrôle. “Pour éviter des abus comme dans l’étude de Tuskegee, le groupe de contrôle doit bénéficier d’un standard de soins.”
Concernant l’impact des propos du HHS sur la collaboration future avec l’Africa CDC, Kaseya a exprimé sa volonté de tourner la page. “On m’a dit qu’ils n’étaient pas au courant des déclarations contre nous”, a-t-il dit. “J’ai confiance en ce que disent les responsables du HHS, et j’ai décidé de laisser cet épisode derrière moi.”
FAQ
Pourquoi l’étude en Guinée-Bissau a-t-elle suscité des critiques ?
L’étude a été critiquée parce qu’elle envisageait d’utiliser des nourrissons non vaccinés comme groupes témoins, ce qui pose des questions éthiques sur la protection des races vulnérables.
Quels sont les critères pour mener une étude clinique en Afrique ?
Tout essai doit obtenir une autorisation écrite d’une autorité de régulation, l’approbation d’un comité d’éthique et celle d’un comité de révision institutionnelle sur le site des essais.
Quelles sont les maladies qui touchent la Guinée-Bissau ?
La Guinée-Bissau fait face à de nombreux défis sanitaires, notamment un taux élevé d’hépatite B, affectant une part significative de sa population.
Quel est le rôle de l’Africa CDC ?
L’Africa CDC joue un rôle clé dans la coordination des efforts de santé publique en Afrique, en représentant les intérêts des pays africains dans les discussions internationales sur la santé.
Comment les pays africains peuvent-ils améliorer leurs systèmes de santé ?
Investir dans la recherche locale, promouvoir des solutions adaptées aux réalités africaines et renforcer les infrastructures de santé sont essentiels pour améliorer les systèmes de santé en Afrique.
