Dans le livre **Brave New World** d’Aldous Huxley, le sommeil dicte ce que l’on pense et ce que l’on croit. Il influence nos actions, notre apparence et notre comportement social. Le sommeil fonctionne ici comme un enseignant et un guide. En réalité, ce n’est pas tant le sommeil lui-même, mais un phénomène proche : le **”sommeil enseignant”** ou **hypnopaedia**.
Et cela existe réellement.
Le concept de sommeil enseignant repose sur la répétition d’un son pendant le sommeil. L’idée est que notre cerveau assimile mieux les informations durant cette période où le corps se régénère. Puisque le cerveau réagit encore aux stimuli même en état de sommeil profond, ce peut être un moment efficace pour transmettre des idées. Dans l’œuvre d’Huxley, cette méthode sert à inculquer des préjugés (essentiellement, à mépriser les castes inférieures et à vénérer les soi-disant “intelligents” et riches).
Alors, est-il possible d’utiliser l’inverse pour éliminer le racisme et d’autres formes de préjugés dans notre société actuelle ? Certains chercheurs semblent l’envisager.
À ce jour, les recherches sur **l’apprentissage durant le sommeil** n’ont pas donné de résultats concluants. Toutefois, dans un article récent pour **The Conversation**, **Gareth Gaskell**, professeur de psychologie et responsable d’un laboratoire axé sur le sommeil, le langage et la mémoire, a suggéré qu’il serait possible de “faire disparaître les préjugés les plus enfouis en allumant une machine à sons avant de dormir”. Il souligne que de nouvelles études montrent que des préjugés indésirables peuvent être **atténués durant le sommeil** ; cependant, cette méthode ne permet pas une suppression instantanée des préjugés. Ce processus sera long.
Gaskell mentionne également que cette recherche en est encore à ses débuts.
Le fondement de cette recherche repose sur la conviction que les souvenirs récents s’inscrivent dans notre cerveau pendant le sommeil. Ce phénomène, appelé “**processus de consolidation**”, pourrait être manipulé pour renforcer des idées nouvellement introduites et les ancrer durablement dans notre esprit.
Pour mener cette recherche, les scientifiques ont évalué les biais des participants à travers un **test d’association implicite** (TAI). En résumé, on montrait aux participants des visages d’hommes et de femmes et leur demandait de les associer à des mots correspondants à la science ou à l’art. L’association des femmes à l’art et des hommes à la science est souvent perçue comme un signe de préjugé de genre. Ensuite, les participants devaient identifier uniquement les visages féminins associés à des mots scientifiques, et après avoir fait cette identification, un son était émis.
Les sujets du test étaient ensuite invités à faire une sieste (ce qui peut sembler étrange). Durant cette période de sommeil, des électrodes mesuraient l’activité cérébrale des participants. Une fois en sommeil profond, les stimuli de l’évaluation d’association (le son joué après l’association des femmes à la science) étaient reproduits de manière répétée.
Après l’intervention d’apprentissage durant le sommeil, les biais des participants étaient à nouveau mesurés, et ceux ayant subi l’intervention montraient des biais moins marqués. Pour illustrer ce phénomène, consultez l’image ci-dessous.
Alors, quelles implications pratiques cela peut-il avoir ?
Pour l’instant, elles sont limitées. La science ne fonctionne pas avec un « EUREKA ! » tonitruant. Au contraire, il s’agit d’un processus extrêmement lent, où l’information s’accumule et évolue au fil du temps. Comme le souligne Gaskell, il s’agit à peine d’un début.
“Personne ne prétend que les biais, développés sur plusieurs années, puissent être éradiqués par une intervention brève, même en donnant un coup de pouce au processus naturel de consolidation. En premier lieu, il reste à voir combien de temps de tels effets de répétition peuvent perdurer. La recherche a inscrit un test de biais implicite une semaine après l’intervention. Bien qu’il y ait eu des signes que les sons avaient eu un effet bénéfique à ce moment-là, la preuve était plutôt ténue.”
Cette étude démontre toutefois que le sommeil peut être un moyen d’intégrer de nouveaux souvenirs à des connaissances déjà acquises. Par conséquent, cela pourrait s’insérer dans une **”chaîne de processus de consolidation”** visant à améliorer les perceptions relatives aux stéréotypes de genre et de race. Pour être clair, cela ne transformera pas un raciste convaincu en un ardent défenseur de l’égalité. Mais dans ces premières étapes, cela pourrait aider ceux qui souhaitent s’ouvrir à de nouvelles perspectives et adopter un état d’esprit plus tolérant.
Gaskell conclut en rappelant que “pour qu’un jour cela puisse devenir un traitement fiable du racisme, du sexisme ou d’autres mauvaises habitudes, nous devons en savoir beaucoup plus sur la durabilité et la portée des changements d’attitudes implicites.”
En guise de réflexion finale, il est important de mentionner que cette recherche pourrait être détournée à des fins douteuses. Même si ces scientifiques ne parlent pas de contrôle mental forcé, une fois développée, cette technologie pourrait influencer les gens vers un grand éventail d’opinions. Cela ne signifie cependant pas que l’on puisse réaliser **l’utopie dystopique** d’Huxley, même si, en théorie, cela pourrait un jour être envisageable.
Je ne peux m’empêcher de penser (ne serait-ce qu’un peu) que c’est encore un exemple de **science-fiction** qui devient **réalité scientifique**.
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FAQ
Qu’est-ce que l’apprentissage durant le sommeil ?
C’est une méthode qui explore la possibilité d’enseigner des informations pendant que le cerveau est en sommeil, en utilisant des sons ou des répétitions.
Quels types de préjugés peuvent être abordés par cette méthode ?
Ce type de recherche se concentre principalement sur le racisme, le sexisme et d’autres formes de préjugés de genre.
Combien de temps faut-il pour voir des résultats tangibles ?
Actuellement, il n’y a pas de réponse définitive, car la recherche en est à ses débuts et les effets sont encore à étudier.
Y a-t-il des risques associés à cette recherche ?
Bien que la recherche ne implique pas de contrôle de l’esprit, il existe des préoccupations éthiques quant à l’utilisation potentielle de ces méthodes pour manipuler les opinions.
Comment cette recherche pourrait-elle être utilisée à l’avenir ?
Si elle se révèle efficace, cette méthode pourrait permettre de mieux intégrer de nouvelles idées et de combattre les préjugés dans un cadre éducatif ou thérapeutique.
