Militaire

La DARPA finance la construction d’un phare géant sur la Lune

La DARPA finance la construction d’un phare géant sur la Lune

Imaginez une future base lunaire éclairée, alimentée et connectée par un seul équipement géant. C’est l’idée que défend Honeybee Robotics, une société de spacetech rachetée par Blue Origin en 2022, avec un mât d’environ 100 mètres de haut pensé pour la surface de la Lune.

Un mât multifonction pour une base lunaire

L’idée, baptisée LUNARSABER (Lunar Utility Navigation with Advanced Remote Sensing and Autonomous Beaming for Energy Redistribution), repose sur un pylône capable de porter jusqu’à une tonne d’instruments au sommet. L’objectif n’est pas uniquement d’éclairer: le système serait un véritable hub qui combinerait:

  • de la distribution d’énergie,
  • des liaisons de communication,
  • la création d’un réseau maillé entre plusieurs mâts pour couvrir un site tout entier.

Honeybee présente ce mât comme un équipement « couteau suisse »: hautement adaptable, modulaire, et personnalisable selon les besoins de mission (science, logistique, sécurité, exploration).

Pourquoi si haut? Éclairer et capter plus d’énergie

La nuit lunaire dure environ deux semaines terrestres. Une structure élevée permettrait d’installer des projecteurs capables d’éclairer un large périmètre et d’améliorer la sécurité et la cadence des opérations même dans l’obscurité.

A lire :  De Pilote de Drones Militaires à Conducteur de Robots Livreurs de Burritos

Le jour venu, des panneaux solaires fixés en hauteur profiteraient d’un ensoleillement plus long qu’au sol. À cette altitude, l’horizon s’élargit et la lumière rase moins les reliefs locaux: le système pourrait ainsi approcher les 100 kilowatts de puissance électrique. Près du pôle Sud lunaire, où le Soleil reste bas mais souvent visible, des pylônes suffisamment hauts pourraient atteindre plus de 95 % d’illumination annuelle (selon le site précis et la hauteur), assurant une production énergétique très stable.

Fabriquer sur place: la clé du déploiement

Aucun lanceur actuel ne peut livrer un mât monobloc de 100 mètres. Honeybee mise donc sur une fabrication et un assemblage « in situ ». Son procédé DIABLO (Deployable Interlocking Actuated Bands for Linear Operations) forme, à partir de bandes métalliques enroulées, des structures cylindriques robustes qui s’érigent progressivement sur la Lune. Cette approche:

  • réduit le volume à lancer,
  • limite la complexité mécanique,
  • et s’adapte mieux aux contraintes de transport et de déploiement en environnement lunaire.

Un relais pour l’énergie et les communications

LUNARSABER servirait aussi de colonne vertébrale pour l’infrastructure d’une base:

  • Transmission d’énergie sans fil vers des installations en ligne de visée,
  • Réseau de communication local pour connecter rovers, habitats et instruments,
  • Capacité à mailler plusieurs mâts pour étendre la couverture et la résilience du site.

Cette logique transforme un « lampadaire géant » en véritable nœud d’infrastructure au service d’un écosystème lunaire complet.

Où en est le projet?

Le concept reste ambitieux et au stade d’étude avancée, mais il a obtenu un soutien important: Honeybee a reçu un financement de la DARPA dans le cadre de l’étude LunA‑10 (Ten‑year Lunar Architecture Capability Study). L’entreprise vise un modèle économique ouvert, en cherchant des partenaires commerciaux et institutionnels au-delà de la seule NASA.

A lire :  L’armée américaine transforme des conteneurs maritimes en usines d’impression 3D mobiles

Pourquoi cela compte pour l’exploration lunaire

Des structures hautes, robustes et polyvalentes pourraient accélérer la transformation d’un site d’atterrissage en avant-poste pérenne: plus d’énergie, plus de sécurité, plus de connectivité, et des opérations moins dépendantes du cycle jour/nuit. Couplées à d’autres solutions d’infrastructure (abris, mobilité, stockage, exploitation des ressources), elles aideraient à passer de démonstrations ponctuelles à une présence durable. Dans le même esprit, l’exploration de grandes cavités et tunnels de lave détectés sous la surface suscite aussi l’intérêt pour des habitats protégés.

En résumé

  • Un mât de ~100 m pour éclairer, alimenter et connecter une base.
  • Fabrication sur place via le procédé DIABLO.
  • Production jusqu’à ~100 kW et illumination potentielle >95 % près du pôle Sud.
  • Réseau maillé et transfert d’énergie sans fil pour un site entier.
  • Projet soutenu par la DARPA dans LunA‑10; vision « couteau suisse » adaptable.

FAQ

Quand pourrait-on voir un premier démonstrateur sur la Lune ?

Aucun calendrier public ferme n’est annoncé. Typiquement, entre études, prototypes terrestres, essais en orbite et qualification, un démonstrateur lunaire pourrait nécessiter plusieurs années. Le jalon réaliste passe d’abord par des tests à échelle réduite et des démonstrations de sous-systèmes.

Comment un mât aussi haut serait-il stabilisé dans le régolithe ?

Plusieurs options se combinent: pieux ou vis d’ancrage profonds, base lestée, haubans pour répartir les efforts, et éventuellement un socle segmenté qui s’adapte aux irrégularités du terrain. Des analyses de sismique locale et de portance du régolithe guideraient le design final.

La poussière lunaire ne va‑t‑elle pas tout encrasser ?

La poussière est un défi majeur. On peut s’en protéger par des revêtements anti‑adhérents, des systèmes électrostatiques de décolmatage, des joints et capots étanches, et des procédures d’entretien robotisé. Placer les composants sensibles en hauteur réduit aussi l’exposition directe.

A lire :  Le drone SeaGuardian de la marine américaine lâche des sonars pour débusquer des sous-marins dans les profondeurs maritimes.

Le système survivrait‑il aux extrêmes thermiques ?

Oui, via une combinaison de radiateurs, d’isolants multicouches, de surfaces optiques adaptées, et d’une gestion thermique active. La masse et l’inertie d’une structure haute peuvent aussi aider à lisser certaines variations locales.

Pourrait‑on adapter ce concept à Mars ?

Le principe est transférable: un mât élevé améliore la couverture, la communication et l’énergie. Sur Mars, la poussière atmosphérique, la gravité plus forte et les tempêtes imposent toutefois des adaptations (ancrages renforcés, aérodynamique, dégivrage possible, etc.).