Une situation pour le moins complexe
Il y a quelques mois, en septembre 2025, Jensen Huang, le PDG de Nvidia, et Sam Altman ont annoncé un partenariat de 100 milliards de dollars, qu’ils ont qualifié de « plus grand projet informatique de l’histoire ». Ce projet promettait au moins 10 gigawatts de puissance de calcul en intelligence artificielle, soit l’équivalent de la production de dix centrales nucléaires. Suite à cette annonce, l’action de Nvidia a grimpé de 4% et OpenAI a déclaré que l’accord serait finalisé dans les semaines suivantes.
Cependant, la situation actuelle est bien différente. Aujourd’hui, il semble que cet accord soit « en attente ». Les négociations n’ont pas progressé et se sont enlisées dans les premières étapes. De plus, Jensen a confié en privé que cet accord n’était de toute façon pas juridiquement contraignant.
Ce qui a mal tourné
Plusieurs éléments semblent expliquer cette impasse : Jensen exprime des inquiétudes au sujet du manque de discipline d’OpenAI et de la concurrence qui grignote leur part de marché. Les chiffres soutiennent ses préoccupations :
- La part de trafic web de ChatGPT est passée de 86,7% à 64,5% en l’espace d’un an, représentant un déclin de 22 points.
- Anthropic détient désormais 40% du marché des entreprises, tandis qu’OpenAI se contente de 27%.
- Google Gemini se situe actuellement à 21% et continue d’augmenter.
- OpenAI perd 14 milliards de dollars chaque année pour 20 milliards de dollars de revenus.
De plus, OpenAI développe ses propres puces afin de diminuer ses coûts et sa dépendance à Nvidia.
Situation qui se complique
Étrangement, la même semaine où nous avons appris que l’accord initial stagnait, il a été signalé que Nvidia engageait des discussions pour investir jusqu’à 30 milliards de dollars lors du tour de financement actuel d’OpenAI.
Pour ajouter à la confusion, Jensen a réfuté durant une émission télévisée les affirmations du WSJ, qualifiant ces rumeurs de « nonsense » et déclarant que Nvidia allait probablement réaliser « le plus gros investissement de son histoire » dans OpenAI. Il a même ajouté : « J’adore vraiment travailler avec Sam ».
Deux hypothèses sur la situation actuelle
Que se passe-t-il exactement ? Voici quelques hypothèses :
Hypothèse 1 : L’accord initial de 100 milliards de dollars serait toujours valide, mais conditionnel à ce qu’OpenAI construise et déploie davantage de centres de données. Cela pourrait signifier qu’il ne représentait en réalité qu’un accord de 10 milliards de dollars jusqu’à preuve du contraire, faisant de cet investissement de 30 milliards de dollars un pari considérable.
Hypothèse 2 : À la place de l’accord initialement non contraignant, un nouvel accord d’équité de 30 milliards de dollars pourrait être proposé dans le cadre du tour de financement plus large.
Pourquoi il est difficile de reculer
Comme l’a mentionné un analyste, « le secret est déjà éventé ». Cesser l’investissement à ce stade pourrait faire échouer l’ensemble de l’infrastructure liée à l’IA. Un chèque de 50 à 100 milliards de dollars ne représente qu’1 à 2% de la capitalisation boursière de Nvidia, tandis que le risque de perte pourrait atteindre 1 trillion de dollars de valorisation.
Nous aurons plus de clarté une fois que le tour de financement sera clos, mais pour l’instant, il est difficile de suivre toutes les rumeurs.
Les acteurs majeurs du financement
Voici les montants envisagés pour les principaux investisseurs :
- Amazon : 10 à 50 milliards de dollars (en échange de contrats cloud élargis)
- Microsoft : Moins de 10 milliards de dollars (avec une coopération déjà bien avancée)
- SoftBank : Autres 30 milliards de dollars (après avoir investi 41 milliards de dollars en décembre)
- Total du tour : 100 milliards de dollars, valorisant OpenAI à 830 milliards de dollars
Un chiffre à retenir
Huit cent trente milliards de dollars pour une entreprise qui perd 14 milliards de dollars par an alors même que sa part de marché se réduit.
Cette situation illustre parfaitement la circularité de la Silicon Valley. Les entreprises qui investissent des milliards sont souvent les mêmes qui fournissent à OpenAI les serveurs, les services cloud et les puces dont elle a besoin pour fonctionner — c’est un peu comme si votre propriétaire investissait dans votre entreprise qui n’existe que pour payer le loyer.
Pourquoi c’est important
L’évaluation d’OpenAI a grimpé de 100 milliards de dollars en 2024 à 300 milliards en mars 2025, et pourrait atteindre 830 milliards aujourd’hui, alors même que l’entreprise perd du terrain et des liquidités. Un IPO (introduction en bourse) est prévu pour fin 2026, OpenAI tentant de devancer Anthropic sur ce marché.
La course à l’IA n’est plus une affaire entre deux géants. Même les plus avertis de la Silicon Valley doutent qu’OpenAI puisse maintenir son avance. Une chose est sûre, lorsqu’on est dans une situation délicate, la seule issue semble être de passer par… l’argent des autres.
FAQ
Pourquoi Nvidia et OpenAI ont-ils initialement prévu cet accord ?
Le partenariat visait à développer des solutions avancées en intelligence artificielle, avec l’ambition de créer des infrastructures massives de calcul.
Quelles sont les conséquences d’une potentielle rupture de l’accord ?
Si l’accord était rompu, cela pourrait déstabiliser l’ensemble du secteur de l’IA et impacter sévèrement la valorisation d’OpenAI.
OpenAI peut-elle vraiment réussir sans Nvidia ?
OpenAI développe déjà ses propres puces, mais la dépendance à d’autres fournisseurs technologiques reste un point de vulnérabilité.
Quelle est l’importance de l’investissement de 30 milliards de dollars ?
Cet investissement pourrait renforcer la position d’OpenAI sur le marché, mais aussi présenter un risque accru en termes de dépendance à Nvidia.
Quelles stratégies OpenAI adopte-t-elle pour maintenir sa position sur le marché ?
OpenAI se tourne vers le développement interne de technologies tout en nouant des partenariats stratégiques pour soutenir sa croissance.
