Dans l’Ouest des États-Unis, un éleveur s’acharne depuis des années à façonner des troupeaux plus sobres en ressources et plus robustes. À Boulder, dans le Wyoming, James Jensen — cinquième génération à la tête du Lucky 7 Angus Ranch — parle de ses « super vaches » pour décrire des animaux capables de tenir en haute altitude, de rester en bonne santé et de transformer la nourriture avec une efficacité peu commune, le tout avec une empreinte environnementale réduite.
Des troupeaux adaptés à la haute altitude
Le ranch se situe au-dessus de 7 000 pieds (environ 2 130 mètres), un milieu rude où les hivers sont longs, l’oxygène plus rare et les pâturages variables. L’objectif de Jensen est simple: maintenir des bovins qui résistent à ces conditions extrêmes sans s’écrouler en performance. Année après année, il privilégie les animaux qui supportent mieux le froid, gardent leur état corporel, vêlent sans problème et récupèrent rapidement. Ces critères de résilience deviennent la base d’un troupeau plus stable et plus autonome.
Une méthode rigoureuse: garder l’élite, vendre le reste
Sa stratégie est volontairement tranchée: chaque saison, il conserve environ 100 des meilleurs sujets et cède les autres. Cette sélection continue concentre les qualités recherchées: santé, longévité, fertilité, bon comportement sur pâture et croissance régulière avec une ration limitée. À force d’itérations, les caractères utiles s’installent dans la lignée, ce qui réduit les soins vétérinaires, les interventions et les pertes dans les parcs et sur les pâtures.
La science au service de l’efficacité
Pour étayer ses choix, Jensen s’est équipé d’un système de test qui suit la consommation et le gain de poids de chaque animal individuellement. Cela permet de comparer objectively quels bovins produisent le plus avec le moins. Dans l’élevage bovin, on sait que les ruminants sont caloriquement inefficients: il faut souvent près de 100 calories de céréales pour fournir 1 calorie de bœuf. Abaisser ce ratio, c’est:
- utiliser moins de terres pour cultiver l’alimentation,
- réduire l’énergie nécessaire (semis, engrais, transport),
- alléger les coûts pour l’éleveur.
Ce que cela change concrètement
Des animaux qui mangent moins pour le même kilo de viande demandent moins d’intrants et rejettent moins de déjections. Moins d’aliments produits, c’est moins d’émissions tout au long de la chaîne (tracteurs, engrais, irrigation). Au bout du compte, l’éleveur dépense moins et le bilan environnemental s’améliore.
Un levier climatique: réduire le méthane
En parallèle, Jensen observe qu’un métabolisme plus efficace s’accompagne d’une émission de méthane plus faible. Ce gaz à effet de serre puissant pèse lourd dans le réchauffement et amplifie des aléas comme les sécheresses, qui frappent durement les ranchs. Des bovins plus rustiques et sobres contribuent donc à traverser ces épisodes — moins de stress, meilleure valorisation du fourrage disponible, maintien de la production quand les conditions se durcissent.
Limiter les pertes et le gaspillage
Des animaux en meilleure forme tombent moins malades et meurent moins souvent au champ. Réduire ces pertes évite du gaspillage alimentaire, qui représente une part notable des émissions globales liées à l’alimentation. Pour les éleveurs, cela se traduit aussi par moins de pertes économiques et une planification plus fiable.
Un mouvement qui dépasse un seul ranch
Ailleurs, des équipes de recherche, notamment en Australie, travaillent aussi sur des lignées de bovins qui émettent moins de méthane. Parallèlement, la consommation de bœuf décline dans plusieurs pays, portée par des préoccupations de santé et d’environnement, tandis que les régimes végétaux gagnent du terrain. Malgré cela, tant que des bovins seront élevés, des innovations comme celles de Jensen peuvent minimiser l’impact des troupeaux existants.
En bref
En combinant sélection stricte, mesures précises de l’efficacité alimentaire et adaptation aux conditions extrêmes, cet éleveur façonne des animaux qui vivent plus longtemps, tombent moins malades, consomment moins et rejettent moins de méthane. Ce modèle n’efface pas l’empreinte du bœuf, mais il en réduit nettement l’intensité par kilo produit.
FAQ
Comment mesure-t-on l’efficacité alimentaire chez les bovins ?
Les éleveurs comparent l’ingestion de chaque animal à sa croissance. Des outils modernes pèsent la nourriture consommée et le poids gagné, ce qui permet d’identifier les sujets qui produisent autant (ou plus) en mangeant moins. On utilise parfois des indicateurs comme la consommation résiduelle (RFI) pour classer les animaux.
Les vaches plus efficaces émettent-elles vraiment moins de méthane ?
En général, une meilleure utilisation des nutriments se traduit par moins de fermentations inutiles dans le rumen et donc, souvent, par une baisse des émissions de méthane par kilo de viande produit. Cela ne supprime pas le méthane, mais réduit son intensité par unité de production.
Quels sont les risques d’une sélection trop poussée ?
Un objectif unique peut appauvrir la diversité génétique et créer des fragilités (santé, reproduction). Les ranchs prudents sélectionnent sur plusieurs critères (santé, facilité de vêlage, aplombs, tempérament) et entretiennent une base génétique variée, avec un suivi vétérinaire et génomique.
Que peuvent faire les éleveurs en plus de la génétique ?
La gestion de pâturage, l’accès à l’eau, l’ombre, des rations bien formulées et des protocoles sanitaires rigoureux améliorent la résilience du troupeau. Ces pratiques complètent la sélection pour réduire coûts, pertes et émissions.
Et les consommateurs, quel rôle peuvent-ils jouer ?
Réduire la consommation de bœuf, éviter le gaspillage à la maison, diversifier les sources de protéines et privilégier des élevages engagés sur l’efficacité et le bien-être animale sont autant de leviers pour alléger l’impact climatique de l’alimentation.
