Une expérience professionnelle mitigée
Lorsque je suis revenue au travail après un congé de courte durée pour cause d’incapacité, mon rédacteur en chef au sein de l’équipe CNET Money m’a demandé si j’avais de nouvelles idées. À cette époque, en janvier 2022, le Département du Travail américain venait de publier un rapport sur la situation de l’emploi, révélant que des millions de personnes perdaient leur emploi à cause de la pandémie. J’avais l’intention d’interviewer certaines de ces personnes et de rédiger un article percutant sur les conséquences humaines et financières de la COVID-19.
Un changement d’orientation
Toutefois, lors d’une réunion Zoom, mon éditeur sembla hésiter. Bien que trouvant mon idée excellente, il m’a finalement demandé si j’avais entendu parler de la réduction des frais de découvert par Bank of America. Ce sujet, selon lui, semblait plus intéressant et plus pertinent à couvrir. J’avais presque anticipé cette déviation, alors j’ai pris un verre de gin et me suis mis à rédiger l’article. Le lendemain, il est paru sur le site de CNET, mais s’est révélé être une simple redite d’un communiqué de presse, accompagnée de nombreux liens d’affiliation.
Résignation et prise de conscience
Après plusieurs mois remplis de doutes, j’ai pris la décision de démissionner. En tant qu’ancienne membre de CNET Money, j’ai constaté avec inquiétude que le site a été pris en flagrant délit d’utilisation d’un système d’IA mal testé, produisant des contenus remplis d’erreurs et de plagiats. Bien que l’editorial, Connie Guglielmo, ait tenté de justifier ces erreurs en affirmant que “les moteurs d’IA, comme les humains, peuvent se tromper”, elle n’a pas abordé à quel point ces erreurs pouvaient nuire à la confiance des lecteurs.
La réalité est que la perception de l’IA dans le journalisme dépend probablement de la définition même de la qualité. Comme l’a exprimé Mike Ananny, professeur de communication, si l’on considère que le journalisme sert à résoudre des injustices, l’IA doit être soumise à des normes élevées.
Un environnement de travail insatisfaisant
Le modèle économique de l’entreprise a révélé ses faiblesses. Au fur et à mesure que je tentais de faire entendre mes idées sur des sujets pertinents comme l’impact économique de la COVID-19, je me trouvais coincée dans des articles privilégiant les affiliations plutôt que le journalisme de qualité. Mon état de santé, avec une jambe cassée pendant plus d’un an, influençait également ma capacité à me concentrer sur la rédaction.
Ce congé maladie a été mal géré et mes tentatives pour obtenir des indemnités ont été frustrantes. De plus, je n’avais plus confiance dans les objectifs éditoriaux de CNET et me sentais trompée quant au rôle pour lequel j’avais été recrutée.
Une nouvelle légitimité
Après ma démission, ma vie a commencé à s’améliorer. Ma jambe a guéri et j’ai consacré l’été à réapprendre à marcher tout en passant du temps avec mon fils. En début d’année 2023, j’ai signé des contrats de freelance avec plusieurs médias. Cependant, un jour, j’ai commencé à recevoir des emails intrigants concernant mon ancien employeur, signalant un usage problématique de l’IA chez CNET.
Les journalistes s’interrogeaient sur mon expérience avec l’IA dans le cadre de mon travail passé. Pour faire face à cette situation, j’ai pris pour tâche de plonger dans ma propre production journalistique pour vérifier son intégrité. Il était devenu essentiel de séparer mon travail des productions générées par une IA peu fiable.
Des mesures décisives
Face à la possibilité que mon nom soit associé à ces articles de mauvaise qualité, j’ai contacté l’équipe de direction de CNET pour demander la suppression de toutes mentions de mon nom du site. Après plusieurs communications, j’ai finalement réussi à retirer mes informations personnelles, mais cela m’a conduit à une réflexion sur l’impact que CNET et Red Ventures avaient sur la crédibilité journalistique.
Le fait que l’on fasse valoir un label de confiance tout en adoptant des pratiques discutables était un paradoxe inacceptable. C’est en insistant sur cette hypocrisie que j’ai réussi à faire disparaitre les mentions de mon nom du site.
FAQ
Qu’est-ce qui m’a poussé à quitter CNET ?
Mon expérience de travail a été marquée par un manque de confiance dans la qualité de l’écriture et l’utilisation croissante de l’IA pour produire des articles de façon standardisée et peu fiable.
Comment ma santé a-t-elle affecté ma carrière ?
Mon état de santé, en particulier ma blessure, a ajouté une pression supplémentaire à mon expérience de travail, rendant chaque journée plus difficile tout en jonglant avec mes responsabilités professionnelles et personnelles.
Quels sont mes projets après CNET ?
Après ma démission, j’ai essentiellement élargi mes horizons en signant des contrats avec d’autres médias, me permettant de me concentrer sur un journalisme de qualité.
Que pense-t-on de l’IA dans le journalisme ?
La perception de l’IA dans le journalisme dépend largement de la confiance accordée à sa capacité à produire du contenu de qualité. De nombreux experts appellent à des normes strictes pour protéger l’intégrité du journalisme.
Quels enseignements tirés de cette expérience ?
Il est crucial pour les journalistes d’être clairs sur leurs rôles et leurs valeurs, et d’être vigilants quant aux pratiques de l’édition afin d’assurer la qualité et l’intégrité de leur travail.
