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Chery dévoile une batterie à électrolyte solide de 600 Wh/kg offrant jusqu’à 1 300 km d’autonomie

Chery dévoile une batterie à électrolyte solide de 600 Wh/kg offrant jusqu’à 1 300 km d’autonomie

Le constructeur chinois Chery affirme avoir mis au point un module de batterie tout solide atteignant une densité énergétique de 600 Wh/kg. C’est l’un des niveaux les plus élevés annoncés publiquement par un constructeur, et cela change l’échelle des performances possibles pour les véhicules électriques.

Ce que signifie 600 Wh/kg

La densité énergétique exprime l’énergie stockée par kilogramme. Aujourd’hui, la majorité des batteries lithium‑ion à électrolyte liquide utilisées dans les voitures se situent autour de 250 à 300 Wh/kg. Passer à 600 Wh/kg revient, en gros, à doubler la capacité pour un même poids. Concrètement, une berline pourrait viser jusqu’à environ 1 300 km avec une charge, quand de nombreux modèles longue autonomie actuels tournent plutôt autour de 500 à 600 km. Cette hausse ouvre la porte à des véhicules plus légers, à des packs plus compacts, ou à des autonomies nettement supérieures.

Ce que Chery a dévoilé

La présentation a eu lieu lors d’une grande conférence d’innovation à Wuhu. Chery a montré un module pré‑série et revendique une densité de 600 Wh/kg, un cap rarement franchi dans les annonces publiques. L’objectif affiché est d’apporter une technologie de batterie plus sûre, plus performante et plus facile à intégrer dans des véhicules de grande série.

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Comment cette batterie s’y prend

Un électrolyte solide polymérisé “in situ”

La batterie utilise un électrolyte solide polymérisé directement à l’intérieur de la cellule. Cet électrolyte remplace l’électrolyte liquide inflammable des batteries classiques, ce qui réduit fortement les risques d’emballement thermique.

Une cathode riche en manganèse et en lithium

Chery met en avant une cathode riche en manganèse (et en lithium) pour conjuguer capacité, stabilité et sécurité. Ce choix de matériaux vise à améliorer la densité énergétique sans sacrifier la durée de vie.

Des bénéfices attendus

  • Sécurité accrue: l’absence de liquide diminue les risques d’incendie et de surchauffe. Les prototypes résistent à des tests sévères (perforation, dommages mécaniques).
  • Charge plus rapide: l’architecture solide supporte mieux des régimes de charge élevés.
  • Longévité: la chimie limite la dégradation au fil des cycles.
  • Robustesse climatique: de meilleures performances sont visées en températures extrêmes, avec moins de pertes à froid et plus de stabilité à chaud.

Calendrier industriel

Chery prévoit une pré‑série en 2026 puis une montée en cadence en 2027 si les validations se déroulent comme prévu. Avec ce calendrier, Chery ambitionne de faire partie des premiers à industrialiser des batteries tout solide à haute énergie, potentiellement au coude‑à‑coude, voire devant des acteurs majeurs comme BYD ou CATL. Le moment est favorable: le groupe exporte désormais plus de 100 000 véhicules par mois et a renforcé ses investissements R&D après son introduction à Hong Kong.

Le coût, le véritable verrou

L’obstacle principal reste le coût. Les cellules tout solide actuelles sont environ 2,8 fois plus chères que les packs lithium‑ion standards. Les raisons: matériaux onéreux, procédés délicats et rendements industriels encore faibles. Avant toute diffusion massive, il faudra:

  • améliorer les yields de fabrication,
  • standardiser les procédés,
  • sécuriser l’approvisionnement en matériaux,
  • et, selon les régions, s’appuyer sur des incitations publiques.
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Une course mondiale déjà lancée

La compétition s’intensifie. Des groupes japonais et coréens (par exemple Toyota et des fournisseurs comme Sumitomo pour les matériaux de cathode) accélèrent. Côté recherche, l’Université Tsinghua a récemment affiché un niveau proche (environ 604 Wh/kg) via un électrolyte de type fluoropolyéther, preuve qu’il existe plusieurs voies technologiques. Des analystes estiment que les batteries tout solide pourraient représenter près de 10 % de la production mondiale d’ici 2030, soit un marché d’environ 34 milliards de dollars. Si Chery réussit sa mise sur le marché, cela marquera un jalon technique et un signal fort: la commercialisation se rapproche.

Ce que cela changerait pour les conducteurs

  • Moins d’arrêts recharge: autonomie étendue et planification simplifiée.
  • Véhicules plus légers: même autonomie avec un pack plus petit, ou même poids pour une autonomie bien supérieure.
  • Sécurité renforcée: réduction du risque d’incendie et meilleure endurance en cas de choc.
  • Performances stables: meilleure tenue en hiver comme en été, sous réserve d’une gestion thermique adaptée.
  • Potentiel de charge rapide: temps de recharge raccourci si l’infrastructure suit (bornes haute puissance et refroidissement pack).

FAQ

Ces batteries seront-elles compatibles avec les plateformes actuelles ?

Pas directement. La gestion électronique (BMS), le refroidissement et la mécanique du pack devront être adaptés. Les constructeurs peuvent toutefois concevoir des plateformes “multi‑chimies” pour simplifier l’intégration.

Quel impact sur le recyclage et l’empreinte carbone ?

L’absence d’électrolyte liquide réduit certains risques en fin de vie. Le recyclage des électrolytes solides et des polymères nécessite cependant des filières spécifiques. Le gain d’efficience et la durée de vie accrue peuvent améliorer le bilan carbone par kilomètre.

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Que se passe-t-il par grand froid ?

Les électrolytes solides restent sensibles à la conductivité ionique à basse température. Les véhicules utiliseront du préchauffage du pack et des stratégies logicielles pour maintenir des performances de charge et de puissance acceptables.

Les utilitaires et camions y gagneront-ils vraiment ?

Oui. Un pack plus léger libère du payload et permet, au choix, d’allonger l’autonomie ou de réduire la taille du pack pour un coût global optimisé. C’est particulièrement intéressant pour les flottes et la livraison longue distance.

Et si la technologie n’atteint pas 600 Wh/kg en production ?

Même un palier intermédiaire (par exemple 400–500 Wh/kg) améliorerait nettement l’autonomie et la sécurité. Des approches semi‑solides pourraient servir d’étape transitoire vers le tout solide à très haute énergie.