Une nouvelle façon d’utiliser l’eau pour produire de l’électricité solaire
Une entreprise allemande, Sinn Power, s’apprête à déployer une solution solaire flottante qui bouscule les habitudes. Plutôt que des panneaux couchés à l’horizontale, elle mise sur des modules empilés verticalement au-dessus de l’eau. Objectif: produire plus d’énergie sur une surface réduite, tout en respectant les règles strictes qui encadrent l’occupation des plans d’eau en Allemagne. Cette approche pourrait redonner de la valeur à des lacs artificiels peu utilisés et multiplier les opportunités de production d’énergie renouvelable.
Des panneaux verticaux sur l’eau: l’idée clé
Au lieu d’étaler un grand tapis solaire à la surface, le projet assemble des rangées de modules montés à la verticale et disposés d’est en ouest. Cette architecture change tout:
- elle répartit la production sur la matinée et l’après-midi,
- elle limite l’emprise sur l’eau,
- elle réduit les conflits d’usage avec d’autres activités.
Le premier site commercial adoptera cette configuration sur le lac de la gravière Jais à Gilching (Bavière) pour une puissance d’environ 1,8 MW. Le déploiement s’appuiera sur la technologie brevetée floating-SKipp de Sinn Power, spécialement conçue pour tenir les panneaux en position verticale au-dessus de l’eau.
Concilier innovation et règles d’occupation des plans d’eau
La loi allemande (EEG) limite l’usage du solaire flottant à 15 % de la surface des plans d’eau. En empilant les panneaux, on garde une empreinte au sol minimale, tout en conservant une capacité intéressante. L’orientation est–ouest lisse la courbe de production: moins de pic brutal à midi, plus d’énergie utile quand les besoins démarrent le matin et restent élevés l’après-midi. Résultat: une production plus prévisible et plus facile à intégrer au réseau.
Une mécanique pensée pour l’efficacité
Le parc s’appuie sur environ 2 500 unités de fixation brevetées, espacées d’environ 3,90 mètres entre les rangées. Cette trame:
- garantit la captation optimale du rayonnement malgré la verticalité,
- préserve des couloirs pour la maintenance et la circulation,
- respecte les contraintes liées à la sécurité et aux usages du plan d’eau.
L’ensemble est ancré et dimensionné pour les conditions locales, avec une géométrie qui réduit les interactions directes avec la surface et ses variations (vagues, vent, niveaux d’eau).
Un calendrier resserré et des partenaires mobilisés
- Préparation du lac et ancrages: à partir du 1er août 2024.
- Démarrage des travaux principaux pour la centrale photovoltaïque: septembre 2024.
- Le projet avance avec l’appui des autorités locales: GWT Starnberg GmbH, l’autorité du district de Starnberg et la commune de Gilching.
Le site de la gravière fonctionne surtout de jour, de mars à décembre. La production solaire coïncide donc avec les besoins de l’exploitant: une part importante de l’électricité pourra être consommée sur place, avec moins de pertes sur le réseau et un recours limité aux infrastructures d’évacuation.
Équilibre réseau et valeur locale
Grâce à la disposition est–ouest, la centrale produit davantage quand l’activité économique bat son plein. Cela:
- limite les surcharges de réseau,
- soutient les besoins en journée des sites industriels,
- crée une énergie plus utile localement que des pics concentrés à midi.
Le fait de s’installer sur l’eau, sans mobiliser de foncier, évite aussi les conflits avec l’agriculture ou l’urbanisme.
Des plans d’eau artificiels comme réservoirs d’énergie
La compacité du système ouvre la porte à des petits lacs et étangs jusqu’ici jugés trop modestes pour le solaire flottant. En Allemagne et en Europe, des milliers de plans d’eau artificiels pourraient accueillir des projets similaires, sans dépasser les limitations réglementaires d’occupation. Cette percée montre comment une conception verticale et modulaire peut contourner les freins habituels et accélérer la mise en service de capacités propres.
Ce que cela annonce pour la suite
Si cette approche tient ses promesses, elle pourrait devenir une référence pour le solaire sur l’eau: plus sobre en surface, mieux intégré au réseau et plus facile à insérer dans des environnements contraints. En démontrant la viabilité industrielle d’un parc vertical flottant, Sinn Power pose les bases d’un standard capable d’accélérer le déploiement de l’énergie solaire sur les plans d’eau artificiels en Europe.
Points à retenir
- Technologie flottante à panneaux verticaux.
- Projet pilote d’environ 1,8 MW en Bavière.
- Respect de la limite des 15 % d’occupation des surfaces.
- Environ 2 500 systèmes de montage, entraxe d’environ 3,90 m.
- Travaux à partir d’août–septembre 2024, avec partenaires locaux mobilisés.
FAQ
Quels effets sur la biodiversité aquatique ?
Les installations verticales laissent une grande part de la surface libre, réduisant l’ombrage continu. Les inter-rangs et les zones d’accès maintiennent des couloirs d’eau. Les projets sérieux prévoient des ancrages et des méthodes de pose visant à limiter le dérangement des fonds et à préserver la qualité de l’eau.
Comment s’effectue la maintenance sur l’eau ?
L’entraxe d’environ 3,90 m facilite l’accès en bateau léger entre les rangées. La structure modulaire permet le remplacement d’éléments sans démonter l’ensemble. Les inspections préventives se concentrent sur les ancrages, la flottabilité et les connexions électriques.
Est-ce compétitif par rapport au solaire au sol ?
Le flottant évite l’achat de terrain et une partie du génie civil. La fixation verticale ajoute de la technicité, mais la meilleure densité énergétique et l’autoconsommation sur site compensent une partie des coûts. Le bilan dépend du prix du foncier, du raccordement et de la valeur de l’énergie locale.
La verticalité aide-t-elle en climat froid ?
Oui. Des modules verticaux accumulent moins de neige et restent plus disponibles en hiver. Les matériaux et fixations sont choisis pour résister au gel et aux cycles thermiques; les ancrages sont dimensionnés pour les vents d’hiver.
Peut-on installer ce système en milieu marin ?
La solution vise d’abord les eaux intérieures. En mer, les vagues, la corrosion et la logistique augmentent fortement les contraintes. Une adaptation est possible, mais elle demanderait des matériaux et des ancrages spécifiques, avec un impact sur les coûts et la maintenance.
