Une découverte archéologique avant la montée des eaux
Un projet de construction d’un barrage hydroélectrique en Angola menace de submerger le village historique de Caculo Cabaça, datant du 15ème siècle. Avant que le réservoir ne prenne forme, des archéologues ont documenté des découvertes majeures qui pourraient profondément modifier notre compréhension du passé de cette région.
Des découvertes marquantes
Les fouilles ont mis à jour les plus anciens sites funéraires datés d’Angola, y compris la seule crémation identifiée à ce jour. Ces éléments ont été découverts dans une zone qui sera bientôt engloutie sous l’eau, comme l’a rapporté le site Phys.org.
Une étude publiée dans le Journal of Field Archaeology révèle que les travaux effectués à Caculo Cabaça ont également mis au jour les premiers bâtiments en pierre connus au centre du pays, ainsi que des tombes et une crémation sans précédent dans l’archéologie angolane.
Un début de projet marqué par des traditions locales
Avant le début des fouilles, la région a dû être inspectée pour détecter d’éventuelles mine antipersonnel, laissées par la guerre civile en Angola. Les travaux de fouille ont démarré en 2023, après que des ouvriers aient repéré des ruines en pierre, déclenchant une réaction archéologique urgente pour préserver le site avant l’inondation.
Les sages de la communauté, ou sobas, ont également joué un rôle crucial au début du projet en menant une cérémonie incluant un sacrifice de chèvre afin de demander la protection des ancêtres, comme l’a mentionné Phys.org.
L’équipe archéologique a cartographié pas moins de 117 groupes de caractéristiques en pierre et a mis au jour 65 structures distinctes, parmi lesquelles se trouvaient des tumulus en pierre érigés sur des tombes.
Une autre perspective sur le passé
Le datage au radiocarbone a révélé que les sépultures datent des années 1400, soit plusieurs décennies avant l’arrivée des colons portugais. Parmi les objets découverts, une urne cassée contenant des vestiges crématisés, devenait l’un des artefacts les plus inattendus, sans aucun parallèle connu dans l’archéologie angolaise.
Pourquoi ces découvertes sont-elles essentielles?
Les vestiges de Caculo Cabaça nous permettent de remonter davantage dans le temps en ce qui concerne les établissements en pierre en Angola. Auparavant, aucune structure de ce type n’avait été datée avant le 16ème siècle, rendant ce site rare en tant que preuve de sociétés ayant existé avant l’ère coloniale.
Les tombes offrent également un aperçu précieux des coutumes funéraires. Certains corps ont été reposés sur le côté, tandis que d’autres étaient placés debout, les genoux repliés sur la poitrine — une position qui, dans la tradition angolaise, est associée aux chefs et aux élites.
L’inondation imminente représente une menace pour un lien irremplaçable entre les communautés actuelles et leurs ancêtres, surtout dans un pays où la guerre, le déplacement et le développement ont déjà effacé une grande partie de l’histoire physique.
Préserver l’héritage culturel
Face à la perspective de l’engloutissement, les archéologues se sont d’abord concentrés sur l’enregistrement et l’excavation des parties du site les plus susceptibles d’être perdues. Cette stratégie d’urgence a permis de préserver une partie de l’histoire du site dans les archives scientifiques, même si le paysage ne pourra être sauvé.
L’implication locale a été fondamentale dans cette initiative. Les travailleurs de la construction ont été les premiers à signaler les ruines, et la cérémonie des sobas a montré que cet endroit n’était pas qu’un simple site de fouille, mais également un lieu de mémoire et de croyance.
L’avenir des recherches
Les recherches pourraient se poursuivre même après le début des inondations, puisque des archéologues ont identifié d’autres structures en pierre en dehors de la zone destinée à être submergée. Il est crucial que les grands projets d’infrastructure intègrent des études culturelles le plus tôt possible, plutôt que d’attendre qu’une bulldozer ou des eaux montantes ne rendent l’archéologie d’urgence inévitable.
Sofia Mateus Simplicio D’Oliveira, candidate au doctorat au Muséum national d’Histoire naturelle à Paris, a souligné : « Nous avons donné la priorité aux lieux que nous savions voués à disparaître rapidement. »
FAQ
Quels sont les impacts de la construction de barrages sur l’archéologie?
La construction de barrages peut entraîner la disparition de sites archéologiques, ce qui fait que la recherche doit être effectuée rapidement pour documenter et préserver les découvertes avant que l’eau ne les submerge.
Quelles sont les pratiques funéraires identifiées à Caculo Cabaça?
Les fouilles ont révélé diverses pratiques, telles que l’inhumation de corps sur le côté ou en position debout, typiques des élites, montrant la diversité des rituels funéraires dans la région.
Quelle est l’importance du rôle des sages dans ce contexte?
Les sages de la communauté, appelés sobas, ont une grande importance dans la culture locale, car ils préservent les traditions et les croyances ancestrales, affectant les décisions modernes concernant l’archéologie et la construction.
Comment les communautés locales peuvent-elles être impliquées dans des projets archéologiques?
L’implication des communautés locales renforce le lien entre le passé et le présent, et permet de mieux préserver l’héritage culturel, en mobilisant leurs connaissances et leurs traditions.
Quelles prochaines étapes pour le site de Caculo Cabaça?
Des recherches supplémentaires pourraient être réalisées pour explorer d’autres structures découvertes à proximité, et il est crucial d’intégrer une approche préventive pour sauvegarder l’héritage culturel dans des projets futurs.
