La menace des écrevisses redclaw au Botswana
L’Okavango Delta au Botswana pourrait bientôt faire face à une nouvelle menace. En effet, les écrevisses redclaw, une espèce invasive originaire d’Australie, se propagent actuellement dans les rivières du sud de l’Afrique.
Des recherches précédentes indiquent que, si cette expansion se poursuit à son rythme actuel, ces crustacés pourraient atteindre l’Okavango dans une dizaine d’années. Ceci soulève des inquiétudes concernant la pêche, la sécurité alimentaire, et les écosystèmes fragiles sur lesquels dépendent de nombreuses communautés.
Comprendre la situation
L’écrevisse redclaw, Cherax quadricarinatus, est à l’origine du nord de l’Australie et de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Elle a été introduite en Afrique australe dans les années 1990 pour les projets d’aquaculture. Selon des informations divulguées par le Daily Maverick, certaines de ces créatures se seraient échappées d’installations aquacoles défaillantes en Eswatini et se seraient propagées dans le système fluvial Inkomati.
Les spécialistes estiment que cette espèce avance d’environ 6 kilomètres par an, mais des inondations peuvent la déplacer jusqu’à 49 kilomètres en une seule saison. Dr. Josie South, professeure à l’Université de Leeds, précise que cette dynamique pourrait permettre aux écrevisses de coloniser l’Okavango d’ici près de 10 ans. Lors d’une expédition en 2019 dans le bassin supérieur du Zambèze, elle a constaté à quel point les conditions peuvent rapidement changer une fois que ces crustacés s’établissent.
Ces écrevisses sont considérées comme particulièrement destructrices. Dr. Dumisani Khosa, écologue à South African National Parks, souligne qu’elles sont de redoutables prédateurs, consommant tout, des plantes aquatiques aux œufs et juvéniles de poissons.
Pourquoi est-ce important ?
L’absence d’écrevisses d’eau douce natives en Afrique signifie que les écosystèmes locaux n’ont pas évolué pour coexister avec ce type d’espèce. Cela laisse les écrevisses redclaw sans prédateurs naturels, leur permettant ainsi de surpasser et de chasser la faune locale.
Les poissons indigènes tels que le tilapia et le yellowfish se trouvent déjà sous pression dans certaines régions, leurs œufs et jeunes étant particulièrement vulnérables à cette invasion.
Les répercussions économiques se font également ressentir dans les communautés locales. Dr. Moses Chibesa, professeur à l’Université Copperbelt en Zambie, souligne que la principale inquiétude réside dans le fait que les écrevisses mangent des poissons capturés dans les filets et endommagent le matériel de pêche. Les pertes annuelles sont estimées à environ 500 000 dollars du côté zimbabwéen du lac Kariba et 250 000 dollars pour les pêcheurs de la plaine inondable de Barotse en Zambie.
De plus, des études ont révélé une contamination par des métaux lourds dans les écrevisses des plaines inondables de Pongolo, ce qui pose également des problèmes de santé publique.
Quelles sont les actions en cours ?
Les experts s’accordent à dire qu’il est désormais peu probable d’éradiquer complètement les écrevisses dans les grands systèmes fluviaux africains. L’accent est plutôt mis sur le ralentissement de leur expansion et la réduction de leurs populations dans les zones les plus touchées.
Dr. South appelle à de nouvelles recherches pour développer un virus spécifique aux écrevisses, afin d’inhiber leur reproduction sans nuire à la faune locale. Cependant, elle admet que cette solution pourrait prendre encore au moins dix ans avant d’être applicable.
À court terme, Dr. Matthew Burnett, scientifique principal à l’Institut des Ressources Naturelles, soutient l’idée d’un “contrôle des espèces envahissantes amélioré par la communauté”, impliquant les pêcheurs locaux dans la collecte des écrevisses. Bien qu’il puisse s’agir d’une source de revenus, Dr. South reste prudente pour éviter que cette espèce ne devienne une marchandise lucrative qui inciterait à sa dissémination dans de nouveaux milieux aquatiques.
Des écrevisses vivantes ont déjà été interceptées alors qu’elles étaient transportées vers le Botswana, le Malawi et l’Afrique du Sud. Par ailleurs, la situation se dégrade également dans le fleuve Kafue en Zambie, où une invasion similaire a suscité des inquiétudes sur la qualité de l’eau potable.
FAQ
Quels sont les impacts écologiques de l’invasion des écrevisses redclaw ?
L’invasion de cette espèce compromette la biodiversité locale, évinçant les espèces natives et perturbant les chaînes alimentaires.
Comment les communautés locales peuvent-elles se préparer à cette invasion ?
Les communautés peuvent se former et s’informer sur les techniques de gestion et de contrôle, impliquant leur participation active dans la lutte contre l’invasion.
Existe-t-il des méthodes efficaces pour contrôler leur population ?
La recherche continue sur des solutions biologiques, comme des prédateurs naturels ou des virus spécifiques, pourrait offrir des stratégies viables à l’avenir.
Quelles économies pourraient être affectées par cette invasion ?
Les secteurs de la pêche, du tourisme et des aquacultures risquent de subir des pertes considérables si des mesures ne sont pas prises rapidement.
Y a-t-il des initiatives de coopération régionale pour lutter contre cette menace ?
Des organisations et des gouvernements régionaux commencent à collaborer pour échanger des informations et développer des stratégies communes.
