Des chercheurs montrent qu’aux États‑Unis, un très grand nombre de personnes habitent à proximité immédiate d’infrastructures liées aux combustibles fossiles. Il ne s’agit pas seulement des puits et des centrales électriques, mais aussi des raffineries, des sites de stockage et des réseaux de transport qui constituent une chaîne d’approvisionnement largement invisible au quotidien.
Un réseau énergétique souvent caché
Entre l’extraction d’un combustible et sa combustion finale, il existe plusieurs étapes rarement visibles pour le grand public. Après le puits, le pétrole et le gaz passent par le raffinage pour éliminer des impuretés, sont stockés dans des installations spécialisées, puis transportés sur de longues distances avant d’être utilisés dans des centrales, des bâtiments ou des industries. Ces maillons intermédiaires – raffinage, stockage et transport – forment un maillage d’installations disséminées dans tout le pays, souvent éloignées des regards mais proches de nombreuses habitations.
Une estimation nationale des populations concernées
Une analyse à l’échelle des États‑Unis, menée par Boston University, chiffre pour la première fois l’ampleur de cette proximité résidentielle. En prenant un rayon d’environ 1,6 km (un mile) autour de chaque site, les chercheurs estiment que 46,6 millions de personnes, soit environ 14 % de la population des États‑Unis contigus, vivent près d’au moins une installation de cette chaîne fossile.
- Des dizaines de millions de personnes se trouvent à proximité des sites d’utilisation finale (par exemple les centrales).
- Une part comparable vit près des zones d’extraction (puits de pétrole et de gaz).
- Les installations de stockage concernent des millions de riverains supplémentaires, même si elles sont moins nombreuses.
- De nombreux foyers se trouvent près de plusieurs types d’équipements à la fois, ce qui cumule les sources potentielles d’exposition.
Les maillons intermédiaires et la santé
On connaît déjà des risques sanitaires près des sites d’extraction et des installations d’utilisation finale: hausse d’asthme, issues défavorables de grossesse, et des signaux émergents pour certaines maladies comme des hémopathies. En revanche, les impacts des maillons intermédiaires ont été bien moins étudiés, alors que ces sites peuvent émettre des composés organiques volatils, des polluants atmosphériques et provoquer des expositions lors de fuites, incidents ou surpressions. Cette étude pose un cadre de dimensionnement du problème: elle montre combien de personnes pourraient être exposées et où concentrer les efforts pour mieux caractériser les émissions et leurs effets.
Des expositions inégales sur le territoire
La distribution de ces infrastructures n’est pas uniforme. Les populations majoritairement non blanches sont plus souvent situées à proximité de chaque étape de la chaîne énergétique, ce qui s’inscrit dans une réalité de justice environnementale déjà documentée.
Les zones urbaines concentrent l’essentiel des riverains proches du raffinage, du transport, du stockage et des sites d’utilisation finale. Autre enseignement: si les points d’extraction sont très nombreux, ils se trouvent souvent dans des secteurs peu peuplés; inversement, un seul site de stockage peut compter un grand nombre d’habitants dans son voisinage direct, car ces installations sont davantage présentes dans des zones denses. Pour un décideur local en ville, s’attaquer en priorité aux sites de stockage peut donc réduire l’exposition du plus grand nombre avec moins d’actions ciblées.
Des données unifiées pour comprendre et agir
Jusqu’à récemment, les informations sur les infrastructures fossiles étaient éparpillées entre administrations locales, d’États et fédérales, parfois derrière des barrières d’accès. La base publique EI3 (Energy Infrastructure Exposure Intensity and Equity Indices), développée à Boston University, rassemble ces sources dans un outil national harmonisé. Cet effort, accompagné du lancement d’un laboratoire interdisciplinaire dédié à l’énergie et la santé, permet de cartographier l’exposition des populations et d’étudier, de manière intégrée, l’ensemble de la chaîne. À terme, cette base facilitera des comparaisons directes: par exemple, mettre en regard les effets de vivre près d’un site d’extraction versus près d’une installation de stockage.
Orienter la politique publique et la recherche
Certaines juridictions américaines ont instauré des règles d’urbanisme encadrant l’implantation d’activités fossiles, mais beaucoup de territoires autorisent encore ces installations près des logements, écoles et espaces communautaires. Les auteurs recommandent de:
- Déployer des mesures de surveillance plus fines autour des sites (air, eau, bruit, lumière) pour objectiver les expositions.
- Mieux caractériser les dangers propres à chaque type d’infrastructure, en s’appuyant sur des données de santé plus variées (par exemple des bases administratives de soins).
- Utiliser la cartographie de l’exposition cumulée pour guider des implantations plus équitables et des priorités d’action locales (par exemple des périmètres de protection, des distances minimales, des plans d’urgence).
Ce travail amorce une feuille de route: identifier qui est exposé, comprendre à quoi ils sont exposés, puis estimer les effets sanitaires et réduire les risques.
Référence
Étude parue dans Environmental Research Letters, portant sur la proximité de la population américaine avec les infrastructures de combustibles fossiles à tous les stades de la chaîne et les implications pour une transition énergétique plus équitable.
Points clés à retenir
- Un réseau fossile vaste et discret traverse les États‑Unis, au‑delà des puits et des centrales.
- Environ 46,6 millions de personnes vivent à moins d’1,6 km d’au moins une installation de cette chaîne.
- Les maillons intermédiaires (raffinage, transport, stockage) sont sous‑étudiés malgré des émissions plausibles.
- Les expositions touchent davantage les populations urbaines et non blanches, question de justice environnementale.
- La base EI3 fournit une boussole pour des politiques plus ciblées et équitables.
FAQ — Questions fréquentes
Comment savoir si j’habite près d’une infrastructure fossile ?
- Consultez les registres publics de votre État (puits de pétrole et de gaz, permis industriels), les cartes des pipelines publiées par les autorités fédérales, et les portails universitaires qui cartographient ces installations. Votre service local de gestion des risques ou de planification d’urgence peut aussi indiquer les sites à proximité.
Que puis‑je faire pour réduire mon exposition au quotidien ?
- Aérez et ventilez correctement, utilisez une filtration d’air intérieure efficace (HEPA) lors d’épisodes d’odeurs ou de pollution, signalez toute fuite ou odeur inhabituelle aux autorités, et limitez les activités physiques intenses à l’extérieur lors d’événements ou d’avertissements de qualité de l’air.
Quelles mesures locales protègent le plus de personnes rapidement ?
- Mettre en place des distances minimales entre installations et lieux sensibles (écoles, crèches, hôpitaux), exiger des plans d’intervention et d’alerte des riverains, financer des campagnes de mesure indépendantes, et prioriser la réduction des émissions des sites de stockage situés en zones denses.
Existe‑t‑il des alternatives pour diminuer la dépendance locale aux infrastructures fossiles ?
- L’électrification des usages (chauffage, cuisson), les pompes à chaleur, l’isolation, l’efficacité énergétique, le transport public et les énergies renouvelables locales réduisent la demande et, à terme, la pression sur les infrastructures fossiles proches des habitations.
Quels indicateurs suivre pour surveiller la situation près de chez soi ?
- Les niveaux de PM2,5, NO2 et certains composés organiques volatils (comme le benzène) dans l’air ambiant, les signalements d’odeurs, les incidents de torchage ou de surpression, ainsi que les avis de santé publique liés à la qualité de l’air sont des signaux utiles à suivre.
