Des seuils de mortalité et leur pertinence en matière de famine
Une récente étude publiée dans The Lancet remet en question l’efficacité des seuils de mortalité actuels utilisés pour évaluer les situations de famine dans le monde. Les chercheurs soulignent que ce système, fondé sur un unique paramètre de mortalité, ne tient pas compte des diverses façons dont la famine impacte les différentes populations, notamment dans les zones urbaines et parmi les pays à revenu intermédiaire. Il est crucial de réévaluer ces seuils afin d’adapter les réponses humanitaires.
Les limites d’un seuil unique
Les crises humanitaires récentes ont mis en lumière les lacunes des seuils utilisés mondialement pour déclarer la famine. Les critiques argumentent qu’un chiffre standardisé de taux de mortalité peut masquer les réalités tragiques de la famine dans des contextes variés. L’IPC (Integrated Food Security Phase Classification), qui définit les seuils de famine, a été principalement conçu pour des environnements ruraux en Afrique, laissant de côté les besoins spécifiques des populations urbaines à revenu intermédiaire.
Le problème de la classification tardive
L’historien L.H. Lumey, qui enseigne l’épidémiologie à l’Université de Columbia, déclare que des crises alimentaires graves peuvent persister sans être officiellement reconnues comme famine lorsque les taux de mortalité ne répondent pas au critère de Phase 5 de l’IPC, qui exige deux décès pour 10 000 personnes par jour. En conséquence, la famine peut ne pas être déclarée tant qu’elle n’est pas déjà à un stade avancé, entraînant la perte de nombreuses vies qui auraient pu être évitées.
Les impacts spécifiques sous-estimés
L’analyse montre également que l’IPC se concentre sur des taux de mortalité globaux, sans prendre en compte les hausses significatives de mortalité parmi des groupes vulnérables comme les jeunes enfants. Des exemples historiques, tels que la famine lors de l’hiver de la faim néerlandais, révèlent une forte augmentation de la mortalité infantile sans que cela ne soit détecté par les seuils actuels.
En mars 1945, la mortalité infantile a été multipliée par quatre par rapport à la période pré-guerre, tandis que les décès d’enfants âgés de un à quatre ans ont augmenté jusqu’à sept fois. Pourtant, ces augmentations alarmantes n’auraient pas été considérées comme des indicateurs de famine selon les critères de l’IPC.
Les enjeux de la temporalité et de la politique
Il est essentiel de reconnaître que les taux de mortalité sont des indicateurs retardés de la crise alimentaire, reflétant des dommages qui se sont déjà produits. Par conséquent, au moment où les taux de mortalité atteignent des seuils officiels, de nombreux décès préventables ont déjà eu lieu. De plus, la classification des famines peut devenir un enjeu politique, notamment lorsque l’accès aux données de mortalité précises est restreint.
Lumey souligne l’importance d’identifier des indicateurs précoces de stress alimentaire pour réduire le temps entre l’insécurité alimentaire aiguë et une mortalité accrue. Une approche plus sensible et adaptée au contexte pourrait faciliter une réponse humanitaire plus rapide.
Références
Article : “Rethinking current famine classification: insights from history” par Ingrid de Zwarte, Alex de Waal et L.H. Lumey, 13 février 2026, The Lancet.
FAQ
Qu’est-ce que l’IPC ?
L’IPC, ou Classification Intégrée de la Sécurité Alimentaire, est un outil utilisé pour évaluer la gravité de l’insécurité alimentaire et pour orienter les efforts humanitaires.
Comment la famine est-elle déclarée ?
La famine est généralement déclarée lorsque des critères spécifiques de mortalité sont atteints, mais cela peut varier en fonction des standards utilisés dans chaque pays ou région.
Quels groupes sont les plus vulnérables pendant une famine ?
Les enfants, les personnes âgées et les femmes enceintes sont souvent les plus touchés par la famine, car leur santé et leurs besoins nutritionnels sont plus critiques.
Pourquoi est-il important d’avoir des seuils adaptatifs pour la famine ?
Des seuils adaptatifs tiennent compte des réalités locales et des populations spécifiques, permettant ainsi une identification précoce et une réponse plus adéquate face aux crises alimentaires.
En quoi les crises récentes ont-elles influencé cette analyse ?
Les crises humanitaires récentes ont révélé des manques dans la classification et la réponse aux situations de famine, soulignant l’urgence de réviser les normes actuelles pour mieux protéger les populations vulnérables.
