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L’un de nos plus grands lacs à sec : la mesure de sauvetage annulée in extremis

L’un de nos plus grands lacs à sec : la mesure de sauvetage annulée in extremis

Les grands lacs des États-Unis attirent les voyageurs et nourrissent la fierté nationale. Pourtant, une question dérangeante s’impose désormais: que fera-t-on s’ils continuent de reculer jusqu’à disparaître? Ce n’est pas de la science-fiction. Un des plus emblématiques est déjà en crise, et une solution jugée “ultime” vient d’être écartée.

Un climat qui détraque le cycle de l’eau

Le réchauffement planétaire rend les épisodes de sécheresse plus longs et plus intenses, tout en réduisant les précipitations dans de nombreuses régions. D’après NASA et NOAA, la température moyenne mondiale a grimpé de plus d’1 °C depuis la fin du XIXe siècle, avec l’essentiel du réchauffement concentré sur les dernières décennies. Conséquence directe: les lacs perdent de l’eau par évaporation, et les arrivées d’eau des rivières et ruisseaux baissent.

Un facteur clé aggrave le problème: la diminution du manteau neigeux. Beaucoup de grands lacs dépendent fortement de la fonte des neiges printanière pour se recharger. Quand les hivers sont plus doux, la neige est moins abondante et elle fond plus vite. Résultat: moins d’apports dans les bassins et une baisse quasi continue des niveaux, année après année.

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Des réservoirs iconiques en recul

Dans l’Ouest américain, la méga-sécheresse en cours — la plus sévère depuis environ 1 200 ans selon les recherches — a fait chuter des réservoirs célèbres. Le lac Mead et le lac Powell, tous deux liés au fleuve Colorado, ont atteint des niveaux alarmants, symboles d’un système hydrique sous pression.

Grand Lac Salé: un signal d’alarme national

Le Grand Lac Salé (Utah) concentre les inquiétudes. En juillet 2022, son niveau a touché un plancher historique, autour de 1 227,3 mètres d’altitude, battant un record vieux de 1963. Depuis l’arrivée des Européens dans la région, le lac a perdu près de deux tiers de son volume. À mesure qu’il recule, d’immenses portions de fond lacustre se retrouvent à l’air libre.

Ce sol asséché génère des poussières qui peuvent contenir de l’arsenic et d’autres métaux nocifs, susceptibles d’aggraver les problèmes respiratoires et de dégrader la santé des populations proches. L’équilibre écologique est lui aussi menacé: on estime qu’environ 10 millions d’oiseaux migrateurs — pélicans, cygnes, oies, canards, goélands — dépendent du site pour se nourrir et se reproduire. Un effondrement durable du lac affecterait toute cette chaîne de vie.

L’illusion d’un pipeline depuis l’océan

Face à la crise, une idée spectaculaire a été avancée: pomper de l’eau de mer depuis l’océan Pacifique pour réalimenter le Grand Lac Salé. Sur le papier, c’est tentant. En pratique, c’est une impasse. Le trajet couvrirait près de 600 miles (environ 965 km), avec un dénivelé important à franchir pour acheminer l’eau “à contre-pente”.

Selon une analyse menée par Rob Sowby, professeur assistant à l’Université Brigham Young, l’électricité nécessaire coûterait au minimum 300 millions de dollars par an, rien que pour faire tourner les pompes. Cela représenterait autour de 11 % de la demande énergétique totale de l’Utah — un chiffre colossal pour un seul projet. Et ce n’est qu’un ordre de grandeur théorique: la construction réelle d’un tel ouvrage, ses pertes, ses contraintes environnementales et opérationnelles alourdiraient encore la facture. Verdict: le pipeline n’est ni cohérent sur le plan énergétique, ni économiquement défendable.

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Et maintenant?

Le constat est rude: la combinaison réchauffement + moindre enneigement + sécheresse assèche progressivement des lacs qui semblaient inépuisables. L’idée de les combler avec l’eau des océans — déjà jugée trop coûteuse et inefficace — ne résout rien et peut même créer de nouveaux problèmes. La suite passe plutôt par des efforts soutenus de gestion de la demande en eau, de restauration des apports naturels et de protection des écosystèmes qui en dépendent.

FAQ

Pourquoi ne pas dessaler l’eau de mer puis l’acheminer jusqu’au lac?

Le dessalement exige beaucoup d’énergie et reste onéreux à grande échelle. Il génère aussi une saumure concentrée qui pose des défis environnementaux. En ajoutant la distance, le relief et les pertes en ligne, l’option devient prohibitive pour un volume capable d’inverser la tendance du Grand Lac Salé.

Injecter de l’eau de mer dans un lac salé, est-ce compatible?

Le Grand Lac Salé est bien plus salé que l’océan. Y amener de l’eau océanique, moins saline, modifierait la chimie du lac. Même si cela semble “rendre service”, on risque de déséquilibrer des organismes adaptés à des salinités extrêmes et d’introduire des espèces indésirables.

Quelles seraient les répercussions économiques d’un lac en déclin?

Outre la santé publique (poussières toxiques), un lac qui se rétracte impacte l’agriculture (poussières sur les cultures), le tourisme et des activités liées au lac (p. ex. exploitation de minéraux et chaîne alimentaire d’oiseaux et d’invertébrés). Les coûts se cumulent pour les collectivités locales.

Que peuvent faire les États et les villes à court terme?

  • Encourager des économies d’eau en milieu urbain et agricole.
  • Réformer les droits d’eau pour laisser davantage d’apports atteindre le lac.
  • Restaurer les zones humides et rives qui filtrent, retiennent et restituent l’eau.
  • Mieux suivre les prélèvements et fixer des objectifs de niveau saisonnier.
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Où suivre l’évolution des niveaux des lacs?

Les mises à jour viennent des agences d’État (Utah), de l’USGS et des programmes de télédétection de la NASA, qui publient des données sur les niveaux d’eau, la neige et les tendances climatiques régionales.