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Âge glaciaire: des hippopotames côtoyaient les mammouths en Allemagne, selon une nouvelle étude

Âge glaciaire: des hippopotames côtoyaient les mammouths en Allemagne, selon une nouvelle étude

Des hippopotames au cœur de l’Europe glaciaire

Des animaux qui aiment la chaleur, comme les hippopotames, ont vécu bien plus longtemps qu’on ne l’imaginait au centre de l’Europe. De nouvelles analyses prouvent leur présence dans le fossé rhénan (Rhin supérieur) entre environ 47 000 et 31 000 ans avant aujourd’hui, en plein Dernier Âge glaciaire. Cette découverte bouscule l’idée selon laquelle les hippopotames auraient quitté la région il y a près de 115 000 ans, à la fin du dernier interglaciaire. Elle montre aussi qu’ils ont partagé les paysages avec des animaux adaptés au froid, comme les mammouths et les rhinocéros laineux.

Où et quand vivaient-ils ?

Le Rhin supérieur est une vaste plaine d’effondrement comblée de graviers et de sables déposés par les rivières. Ces couches sont de véritables archives climatiques, car elles piègent et protègent les ossements pendant des dizaines de millénaires. Les datations indiquent que les hippopotames étaient présents durant une phase du Weichsélien (l’Âge glaciaire européen) marquée par des intervalles plus doux. Dans ce contexte, des refuges locaux ont pu se maintenir le long des cours d’eau: eaux libres de glace une partie de l’année, végétation riveraine abondante et températures estivales suffisantes pour des animaux semi-aquatiques.

Comment le sait-on ? Les méthodes

Les chercheurs ont combiné deux approches clés:

  • L’ADN ancien: le séquençage montre que les hippopotames européens de l’Âge glaciaire sont étroitement apparentés aux hippopotames africains actuels et appartiennent à la même espèce (Hippopotamus amphibius).
  • Le radiocarbone: les os ont été datés entre environ 47 000 et 31 000 ans, confirmant leur présence pendant une période plus clémente du Dernier Âge glaciaire.
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Des analyses génomiques à l’échelle du génome révèlent en outre une faible diversité génétique, signe d’une petite population isolée dans le Rhin supérieur. Ce portrait génétique va de pair avec l’idée de poches écologiques favorables, séparées des grands centres de population.

Des hippopotames parmi les mammouths

Les données fossiles et génétiques convergent: ces mammifères thermophiles ont coexisté avec des faunes typiques du froid. Cette juxtaposition, qui peut sembler paradoxale, reflète la mosaïque de microclimats qu’offrait l’Europe glaciaire. Les vallées fluviales ont pu servir de corridors et de zones tempérées au sein d’un environnement globalement rigoureux.

Ce que cette découverte change

  • Elle repousse la disparition des hippopotames d’Europe centrale bien au-delà de la fin du dernier interglaciaire.
  • Elle invite à réexaminer les ossements d’hippopotames trouvés ailleurs en Europe et classés d’office comme interglaciaires.
  • Elle confirme que l’Âge glaciaire n’était pas uniforme: le climat présentait des variations locales marquées, et l’Europe ressemblait davantage à un puzzle d’habitats qu’à un paysage monotone de glace.

Qui a mené l’étude et dans quel cadre ?

Le travail réunit des spécialistes de l’Université de Potsdam, des Reiss-Engelhorn-Museen de Mannheim, du Curt-Engelhorn-Zentrum Archäometrie, de l’ETH Zurich et d’autres partenaires internationaux. Les os proviennent notamment de la collection Reis conservée aux musées Reiss-Engelhorn. L’étude s’inscrit dans le projet Eiszeitfenster Oberrheingraben, financé par la Klaus Tschira Stiftung (Heidelberg), qui reconstitue l’évolution du climat et des environnements du Rhin supérieur et du sud-ouest de l’Allemagne sur les 400 000 dernières années.

Référence scientifique

  • Article: “Ancient DNA and dating evidence for the dispersal of hippos into central Europe during the last glacial”, publié le 8 octobre 2025 dans Current Biology.
  • Auteurs principaux: Patrick Arnold et collègues (Universität Potsdam, Reiss-Engelhorn-Museen, Curt-Engelhorn-Zentrum Archäometrie, ETH Zurich, etc.).
  • DOI: 10.1016/j.cub.2025.09.035
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FAQ

Q: Comment des hippopotames ont-ils pu supporter le froid glaciaire ?
R: Ils auraient profité de microclimats fluviaux: eaux profondes moins sujettes au gel, sources locales plus chaudes, berges végétalisées et étés suffisamment doux pour se nourrir et se reproduire. Leur mode de vie semi-aquatique les a probablement aidés à amortir les amplitudes thermiques.

Q: De quoi se nourrissaient-ils dans ces paysages ?
R: Principalement de graminées et de plantes riveraines. Les plaines inondables du Rhin supérieur offrent souvent une herbe fraîche et productive, même sous des climats variables, ce qui peut soutenir de grands herbivores.

Q: Pourquoi ont-ils finalement disparu de la région ?
R: Plusieurs facteurs sont plausibles et sans doute combinés: refroidissements répétés, réduction des habitats aquatiques, isolement génétique défavorable et pressions humaines croissantes (perturbations, chasse indirecte) vers la fin du Pléistocène.

Q: Comment les os ont-ils pu si bien se conserver dans le gravier et le sable ?
R: Les dépôts alluviaux peuvent enfouir rapidement les restes, limiter l’oxygène et stabiliser la chimie locale. Cela ralentit la décomposition, favorise la minéralisation et, dans certains cas, préserve même l’ADN ancien.

Q: Est-il réaliste d’imaginer le retour naturel d’hippopotames en Europe avec le réchauffement actuel ?
R: Non. Malgré le réchauffement, les rivières aménagées, la fragmentation des habitats et les enjeux de sécurité rendent un tel scénario irréaliste et non souhaitable d’un point de vue écologique et éthique.