Sciences

Angleterre : découverte d’une espèce préhistorique de serpent aux caractéristiques inédites

Angleterre : découverte d’une espèce préhistorique de serpent aux caractéristiques inédites

Découvert il y a plus de quarante ans sur la côte sud de l’Angleterre, un petit lot d’os oubliés vient d’être reconnu comme appartenant à une nouvelle espèce de serpent fossile. Cette identification tardive éclaire les premiers pas des serpents modernes et révèle une lignée ancienne aux traits inattendus.

D’où viennent ces os ?

Le gisement de Hordle Cliff, près de Christchurch, ouvre une fenêtre sur l’Éocène (environ 56–34 millions d’années). Vers 37 millions d’années, la région était bien plus chaude qu’aujourd’hui : l’Angleterre se situait un peu plus près de l’équateur, l’atmosphère contenait davantage de CO₂, et le climat assurait une chaleur quasi permanente. C’est là qu’en 1981 ont été exhumées de minuscules vertèbres de serpent, rangées ensuite dans les collections du Natural History Museum de Londres.

Ce site est célèbre depuis le XIXe siècle : des fossiles y sont collectés depuis près de deux siècles. La passionnée Barbara Rawdon-Hastings y a réuni de nombreux spécimens au début des années 1800, et Richard Owen — figure fondatrice du musée — y a décrit certains des premiers serpents fossiles britanniques, dont le constricteur Paleryx. Hordle Cliff a livré au fil du temps une faune variée : tortues, lézards, mammifères… et quantité de serpents.

A lire :  Les trésors cachés de l’automne, selon les diététiciens: un aliment, bombe nutritionnelle aux antioxydants redoutables

Ce que disent les vertèbres

Chez les serpents fossiles, ce sont le plus souvent les vertèbres qui survivent et permettent l’identification. Les chercheurs ont scanné les os au CT-scan et créé des modèles 3D afin d’étudier finement leur morphologie et d’en publier un enregistrement numérique consultable par tous. Trente et une vertèbres provenant de différentes régions de la colonne ont été regroupées comme appartenant au même animal : leur forme varie le long du dos, mais elles partagent des caractéristiques communes qui attestent d’une seule espèce.

Le serpent, baptisé Paradoxophidion richardoweni, ne dépassait vraisemblablement pas un mètre. L’absence de crâne limite les déductions sur son régime alimentaire, et aucune adaptation vertébrale nette (comme celles associées au fouissage) ne se distingue. Malgré ces lacunes, l’ensemble suffit pour positionner l’animal sur l’arbre évolutif et pour en dégager des traits-clés.

Une place précoce chez les serpents “modernes”

Paradoxophidion se loge parmi les caenophidiens, le groupe qui rassemble la majorité des serpents actuels. Il représente une branche ancienne de cette lignée : ses os portent un mélange de caractères que l’on retrouve aujourd’hui dispersés chez des familles différentes. Ce « patchwork » explique le choix du nom de genre : un serpent « paradoxal ».

Le nom d’espèce, lui, rend hommage à Sir Richard Owen, pionnier de l’étude des fossiles de Hordle Cliff et artisan de la création du Natural History Museum. Pour l’équipe, dont Georgios L. Georgalis (Académie polonaise des sciences) et Marc E. H. Jones (conservateur au musée), décrire une espèce nouvelle à partir d’un matériel oublié des réserves est un véritable accomplissement scientifique.

A lire :  Enfants de Gaza : Affamés et Traumatisés, En Quête de Savoir

Une parenté surprenante avec les “serpents-troncs d’éléphant” ?

Les vertèbres de Paradoxophidion rappellent de façon frappante celles des Acrochordidés, serpents actuels d’Asie du Sud-Est et d’Australie connus pour leur peau très lâche (d’où leur surnom). Ce parallèle intrigue : s’il s’agissait du plus ancien représentant de cette famille, Paradoxophidion aurait pu mener une vie aquatique, comme les acrochordidés modernes.

Mais prudence : la ressemblance peut masquer une convergence évolutive. Faute d’éléments plus complets, il est également possible que Paradoxophidion appartienne à une autre branche des caenophidiens. Les données actuelles ne tranchent ni son mode de vie, ni son rattachement familial définitif.

Une collection qui n’a pas livré tous ses secrets

Hordle Cliff et les collections du musée recèlent encore de nombreuses pistes. Les petites espèces ont longtemps été moins étudiées, notamment parce que leurs os mesurent quelques millimètres seulement. Les techniques de modélisation 3D et le partage en ligne des jeux de données permettent désormais d’ouvrir ces spécimens à une communauté plus large de spécialistes.

L’équipe prévoit déjà d’examiner d’autres serpents fossiles conservés au musée, y compris des restes du géant aquatique Palaeophis découverts au XIXe siècle en Angleterre, et divers os singuliers jamais analysés en détail. Chaque nouvel échantillon pourrait révéler un taxon inédit et affiner le récit de l’évolution des serpents modernes.

Référence scientifique

Étude originale : « A new peculiar early diverging caenophidian snake (Serpentes) from the late Eocene of Hordle Cliff, England » par G. L. Georgalis et M. E. H. Jones, publiée dans Comptes Rendus Palevol (2025). DOI : 10.5852/cr-palevol2025v24a25.

Ce qu’il faut retenir

  • Une nouvelle espèce, Paradoxophidion richardoweni, décrite à partir de vertèbres découvertes en 1981 à Hordle Cliff.
  • Âge d’environ 37 millions d’années (fin de l’Éocène) et position parmi les caenophidiens précoces.
  • Morphologie « mosaïque » rappelant notamment les Acrochordidés, sans certitude sur la famille ni sur un mode de vie aquatique.
  • Étude fondée sur des CT-scans, des modèles 3D et un partage des données pour une recherche ouverte.
  • Des collections qui promettent encore de nouvelles espèces et des éclairages sur l’essor des serpents modernes.
A lire :  Un Fossile Âgé de 7 Millions d'Années Pourrait Réécrire l'Histoire de l'Humanité

FAQ

Pourquoi les vertèbres sont-elles si utiles pour identifier des serpents fossiles ?

Chez les serpents, les vertèbres sont nombreuses, robustes et se fossilisent mieux que le crâne délicat. Leur forme (apophyses, fossettes, orientation des surfaces articulaires) varie le long de la colonne et entre espèces, offrant une « signature » anatomique fiable pour l’identification.

Qu’est-ce qu’un caenophidien, au juste ?

Les caenophidiens regroupent la majorité des serpents actuels (couleuvres, vipères, etc.). Ils se distinguent par des traits crâniens, dentaires et sensoriels avancés. Les formes très anciennes de ce groupe aident à comprendre comment ces caractères se sont mis en place.

En quoi le climat de l’Éocène a-t-il favorisé la diversité des serpents ?

Un climat plus chaud, des saisons moins contrastées et des milieux humides étendus ont multiplié les niches écologiques. Cela a permis la coexistence et la diversification de nombreuses lignées de reptiles, notamment des serpents aux tailles et modes de vie variés.

Pourquoi les chercheurs utilisent-ils des CT-scans pour ces fossiles ?

Le CT-scan révèle l’intérieur des os sans les endommager, mesure des détails minuscules et produit des modèles 3D partageables. C’est crucial pour des pièces millimétriques, difficiles à manipuler au microscope et souvent uniques.

Comment le public peut-il explorer ces découvertes ?

De plus en plus d’institutions déposent des modèles 3D et des jeux de données sur des plateformes ouvertes. Cela permet aux étudiants, enseignants et passionnés d’examiner virtuellement les fossiles, d’enseigner l’anatomie comparée et de contribuer à la diffusion du savoir scientifique.