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Pourquoi nos maladies touchent désormais chats, chiens et même baleines

Pourquoi nos maladies touchent désormais chats, chiens et même baleines

Pourquoi les maladies chroniques gagnent du terrain chez les animaux

Partout sur la planète, des maladies chroniques qu’on associait surtout aux humains — diabète, cancers, obésité, arthrose, troubles cardiaques ou immunitaires — touchent désormais des animaux très différents, des chiens et chats aux baleines et tortues marines, jusqu’aux animaux d’élevage. Cette progression n’est pas un hasard: nos pratiques humaines (alimentation, sélection génétique, urbanisation, pollution, changement climatique) créent des conditions favorables à ces pathologies. Comprendre ces mécanismes est crucial pour la santé animale, mais aussi pour la santé publique, car nous partageons les mêmes milieux, les mêmes expositions et, souvent, les mêmes risques.

Une étude qui propose un nouveau cadre pour évaluer le risque

Une recherche récente parue dans la revue Risk Analysis, menée par la scientifique Antonia Mataragka (Agricultural University of Athens), présente un cadre conceptuel pour mieux surveiller, anticiper et gérer les maladies non transmissibles chez les animaux. L’idée centrale: bâtir une évaluation du risque fondée sur les preuves, qui tienne compte à la fois des facteurs biologiques (génétiques, physiologiques) et des pressions environnementales (mode de vie, pollution, climat). Ce modèle n’éclaire pas seulement la santé animale; il ouvre aussi des pistes pour prévenir la vague de maladies chroniques chez l’humain, puisque les déterminants se recoupent largement.

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D’où viennent ces maladies? Quand gènes et environnement se rencontrent

Les causes sont multifactorielles:

  • Côté génétique, la sélection de traits esthétiques chez les chiens et chats de race ou la recherche de hautes performances en élevage peut accroître la prédisposition à certaines affections (par exemple troubles métaboliques ou cardiaques).
  • Côté environnement, des apports caloriques élevés, une activité physique insuffisante et un stress chronique pèsent lourd. Ces habitudes, autrefois vues comme des dérives humaines, sont désormais courantes chez les animaux de compagnie (grignotages, sédentarité en intérieur) et dans certains systèmes d’élevage intensif (densité élevée, enrichissement insuffisant).
  • Les polluants (air, eau, sols) et les perturbateurs présents dans l’alimentation, les matériaux ou l’écosystème s’ajoutent, créant un cocktail d’expositions qui fragilise l’organisme et accélère l’apparition des NCD (non-communicable diseases).

Des exemples concrets dans la vie quotidienne et dans la nature

Le phénomène est visible dans de multiples contextes:

  • Chez les animaux de compagnie, l’obésité concerne aujourd’hui une part très importante des chats et chiens, et nourrit une hausse du diabète félin. Les troubles articulaires augmentent avec l’âge, le surpoids et la faible activité.
  • Dans certains élevages intensifs, des formes d’arthrose ou de dégénérescence articulaire touchent une fraction notable des animaux, avec des impacts sur le bien-être et la productivité.
  • En milieu marin, des espèces comme des baleines peuvent développer des cancers digestifs, tandis que des saumons d’élevage présentent des syndromes cardiaques liés à des conditions d’élevage et d’environnement spécifiques.
  • Dans des estuaires contaminés par des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP/PAH) ou des PCB, des poissons sauvages affichent des taux élevés de tumeurs hépatiques. Ces signaux traduisent la vulnérabilité d’animaux sentinelles exposés à des pressions anthropiques persistantes.
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Un monde transformé par l’homme: urbanisation, pollution et climat

La dégradation des écosystèmes et le réchauffement climatique amplifient les risques:

  • La chaleur et les événements extrêmes favorisent l’inflammation, le stress thermique et des déséquilibres hormonaux chez les mammifères et les oiseaux, en ville comme à la campagne.
  • La pollution urbaine et la sédentarité encouragent l’obésité et le diabète chez les animaux de compagnie; le bruit et la fragmentation des habitats augmentent le stress et affaiblissent l’immunité de nombreuses espèces.
  • En mer, le réchauffement et la dégradation des récifs modifient la qualité de l’habitat et l’exposition à des agents toxiques, ce qui coïncide avec des tumeurs plus fréquentes chez certains poissons et tortues.
    À cela s’ajoute un véritable angle mort: l’absence d’outils de dépistage précoces chez l’animal et le manque de données consolidées. Alors que la mortalité liée aux NCD chez l’humain est finement suivie, les statistiques vétérinaires comparables restent parcellaires, retardant la détection et la réponse.

Agir à plusieurs échelles: de l’individu aux politiques publiques

L’étude insiste sur une stratégie multiniveau pour prévenir et réduire les NCD:

  • Au niveau de l’individu: nutrition équilibrée, activité adaptée, enrichissement de l’environnement, réduction du stress, suivi vétérinaire régulier, et dépistage ciblé pour les animaux prédisposés.
  • Au niveau de la population (troupeau, colonie, chenil): protocoles d’élevage et d’hébergement qui limitent la densité, améliorent la qualité de l’alimentation et favorisent le mouvement; programmes de sélection qui intègrent la robustesse et la diversité génétique.
  • Au niveau de l’écosystème: limitation des pollutions, restauration d’habitats, corridors écologiques, gestion des températures et de l’ombre en milieu urbain et agricole.
  • Au niveau des politiques: normes sur les polluants, guides d’alimentation animale, étiquetage clair, surveillance environnementale renforcée, infrastructures favorisant l’activité et la résilience face au climat.
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Les principaux moteurs identifiés — pollution, perte d’habitat, déséquilibres alimentaires, stress climatique — interagissent et augmentent la vulnérabilité des animaux aux maladies de longue durée.

Un cadre intégré: relier One Health et Ecohealth

Le modèle proposé marie deux approches complémentaires:

  • One Health met l’accent sur l’interconnexion entre santé humaine, santé animale et santé des écosystèmes.
  • Ecohealth explore comment les dynamiques écologiques (biodiversité, services écosystémiques, usages des sols) façonnent la santé.

En les combinant, on comprend mieux comment une fragilité génétique peut s’additionner à des contraintes sociales (urbanisation, pratiques d’élevage) et à des pressions écologiques (pollution, climat) pour produire des maladies chroniques dans de nombreuses espèces. L’objectif est clair: une surveillance unifiée qui suive simultanément les humains, les animaux et leur environnement, pour détecter plus tôt les signaux faibles et réduire la charge des NCD sur l’ensemble du vivant.

Référence

Étude inspirée de: Antonia Mataragka, « Beyond Infections: The Growing Crisis of Chronic Disease in Animals », parue dans la revue Risk Analysis (novembre 2025). DOI: 10.1111/risa.70130.

FAQ

Que peuvent faire concrètement les propriétaires d’animaux de compagnie ?

  • Privilégier une alimentation mesurée (pesée des rations, friandises limitées), encourager l’activité quotidienne (jeux, promenades), organiser des bilans vétérinaires réguliers avec suivi du poids, de la glycémie et de la santé dentaire, et réduire le stress par l’enrichissement (cachettes, griffoirs, stimulation olfactive).

Existe-t-il des signes précoces de maladies chroniques chez l’animal ?

  • Oui: prise de poids ou amaigrissement inexpliqués, soif et urines plus fréquentes, fatigue, intolérance à l’effort, boiteries, changements de comportement (irritabilité, isolement), poil terne. Ces indicateurs justifient un contrôle vétérinaire.

Comment améliorer la collecte de données sur les NCD animales ?

  • En déployant des registres vétérinaires anonymisés, des réseaux de surveillance reliant cliniques, laboratoires et refuges, et des outils numériques (capteurs d’activité, dossiers de santé partagés) pour suivre l’évolution des maladies à grande échelle.

Quel rôle pour les villes et les territoires ?

  • Les politiques locales peuvent limiter la pollution, créer des espaces verts ombragés, promouvoir des itinéraires de promenade sûrs, encourager des matériaux moins toxiques et soutenir des campagnes de prévention (alimentation, stérilisation, activité).

L’alimentation et l’exercice suffisent-ils à prévenir ces maladies ?

  • Ils sont essentiels mais pas uniques. Il faut aussi réduire les expositions toxiques, gérer le stress, améliorer la diversité génétique en élevage et adapter l’environnement aux contraintes climatiques. La prévention est globale et multifacteur.