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Cannabis: la puissance affichée sur l’étiquette est souvent surestimée, selon des chercheurs

Cannabis: la puissance affichée sur l’étiquette est souvent surestimée, selon des chercheurs

L’essentiel à retenir

Des chercheurs au Colorado ont passé au crible des centaines de produits à base de cannabis. Leur constat est clair : de nombreuses étiquettes de fleurs exagèrent la teneur en THC, alors que les concentrés (huiles, wax, hash, etc.) correspondent bien plus souvent à ce qu’ils affichent. L’équipe appelle à un contrôle plus rigoureux et à des étiquettes plus transparentes, incluant d’autres cannabinoïdes comme le CBG et le CBGA, susceptibles d’avoir des effets utiles.

Comment l’étude a été conduite

  • Des produits ont été achetés anonymement dans des dispensaires agréés répartis dans tout l’État.
  • Les échantillons ont ensuite été analysés par des chimistes qui ne connaissaient pas les informations figurant sur les étiquettes, afin d’éviter tout biais.
  • Le panel couvrait des fleurs (fleurs en vrac et joints préroulés) et des concentrés destinés à être inhalés. Les comestibles seront évalués ultérieurement.

Cette approche à l’échelle de l’État offre une photographie représentative des pratiques de tests et d’étiquetage sur un marché légal et mature.

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Des produits très puissants… et des étiquettes inégales

  • Les fleurs testées affichaient en moyenne un THC d’environ 21%.
  • Les concentrés tournaient autour de 71% en moyenne, certains dépassant les 80%.
  • Pour mémoire, le cannabis des années 1980 présentait des taux de THC beaucoup plus faibles, autour de 8% en moyenne.

Côté exactitude, le Colorado utilise un seuil de tolérance (écart autorisé) d’environ 15% par rapport à la valeur étiquetée. Résultat :

  • Une part importante des fleurs ne respectait pas ce seuil, avec une tendance notable à surévaluer la puissance.
  • Les concentrés étaient majoritairement conformes (près de 96% correctement étiquetés).

Certaines différences étaient modestes, d’autres marquées. Dans tous les cas, un décalage entre l’étiquette et la réalité peut affecter la dose perçue par l’usager.

Pourquoi l’exactitude du THC compte

  • Pour un usage médical, une posologie fiable est essentielle.
  • En récréatif, un produit plus fort que prévu peut accroître le risque d’effets indésirables (bad trip, anxiété, surconsommation).
  • À l’échelle de la santé publique, la montée des taux de THC est associée à des risques plus élevés, y compris de troubles liés à l’usage du cannabis et de problèmes de santé mentale chez certaines personnes vulnérables.

En bref : sans information exacte, consommateurs et soignants naviguent à vue.

D’où viennent les erreurs d’étiquetage ?

Plusieurs facteurs se combinent :

  • Les plantes sont naturellement hétérogènes : d’un bourgeon à l’autre, la teneur peut varier, rendant l’échantillonnage délicat.
  • Les concentrés, plus homogènes, sont plus simples à analyser de manière fiable.
  • De légers écarts dans les protocoles de test (préparation d’échantillons, calibrations, méthodes) suffisent à créer des différences notables.
  • Dans certains marchés, des dérives commerciales ont été observées : des laboratoires peuvent être tentés de gonfler les résultats pour satisfaire des producteurs focalisés sur des étiquettes “hauts en THC”.
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Des règles plus strictes d’échantillonnage, d’audit, et de normalisation des tests peuvent réduire ces écarts.

Au-delà du THC : regard sur les autres cannabinoïdes

Les étiquettes mentionnent souvent CBD (lorsque la loi l’impose), mais elles omettront fréquemment d’autres composés pourtant présents et potentiellement intéressants :

  • CBG et CBGA ont été détectés à des niveaux parfois supérieurs au CBD dans de nombreuses catégories de produits.
  • Ces molécules pourraient avoir des effets anti-inflammatoires ou anxiolytiques (recherche en cours, non médicale au sens réglementaire).

Limiter l’étiquette au seul THC pousse les consommateurs à choisir sur un critère unique, alors que le profil cannabinoïde complet peut mieux décrire l’expérience et la sécurité.

Pistes pour une régulation plus intelligente

  • Renforcer la standardisation des analyses (protocoles, contrôle qualité, essais interlaboratoires).
  • Afficher un profil élargi des cannabinoïdes (au-delà de THC/CBD) lorsqu’ils sont présents à des niveaux significatifs.
  • Mettre en place des vérifications aléatoires et des sanctions en cas de dérives répétées.
  • Étendre ces exigences aux comestibles, où la dose par portion et la homogénéité de la matrice posent d’autres défis.

L’objectif est commun : un secteur fiable, où les régulateurs disposent d’indicateurs robustes, les entreprises prospèrent et les clients peuvent faire des choix éclairés.

Conseils pratiques pour les consommateurs

  • Ne choisissez pas uniquement en fonction du pourcentage de THC. Un produit légèrement moins dosé mais mieux équilibré peut offrir une expérience plus prévisible et agréable.
  • Recherchez des marques qui publient des rapports de laboratoire détaillés (certificat d’analyse), avec lot, date, méthode et profil cannabinoïde.
  • Commencez faible et allez lentement, surtout avec les concentrés plus puissants.
  • Tenez compte de votre tolérance, de votre contexte (alimentation, fatigue, anxiété) et évitez la polyconsommation.
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Prochaines étapes de la recherche

L’équipe prévoit d’élargir le travail aux produits comestibles et de poursuivre l’évaluation des pratiques d’étiquetage pour améliorer la cohérence des informations fournies aux usagers.

FAQ

Les étiquettes “THC total” et “Δ9-THC” sont-elles la même chose ?

Pas tout à fait. Le “THC total” additionne généralement le Δ9-THC et sa forme acide (THCA) convertie en équivalent THC. En inhalation, le chauffage transforme le THCA en Δ9-THC, mais la conversion n’est pas parfaite. Comprendre cette nuance aide à interpréter la puissance effective.

Comment un consommateur peut-il vérifier la fiabilité d’un produit ?

Demandez le certificat d’analyse (COA) du lot, émis par un laboratoire accrédité. Vérifiez la date, le numéro de lot, la méthode, et si le profil inclut plusieurs cannabinoïdes et des tests de contaminants (métaux lourds, solvants, pesticides).

Les conditions de stockage peuvent-elles faire varier le taux de THC ?

Oui. La chaleur, la lumière et l’oxygène dégradent les cannabinoïdes au fil du temps. Conservez au frais, à l’abri de la lumière, dans un récipient hermétique, pour préserver la puissance et les arômes.

Un pourcentage de THC plus élevé garantit-il un effet “meilleur” ?

Pas forcément. L’effet dépend aussi d’autres cannabinoïdes et des terpènes (l’“effet d’entourage”), ainsi que de la tolérance et du mode de consommation. Un dosage trop élevé peut augmenter les effets indésirables.

Que peuvent faire les autorités pour réduire la variabilité des étiquettes ?

Mettre en place des échantillonnages à l’aveugle, des tests de compétence réguliers pour les laboratoires, des procédures standardisées, et des contrôles aléatoires en magasin, avec des correctifs rapides si des écarts sont détectés.