Découvrir des reliefs engloutis au large des Canaries relance l’envie d’explorer le fond des océans et d’en mieux comprendre l’histoire. Ce que les médias ont surnommé l’“Atlantide des Canaries” correspond en réalité à un groupe de monts sous-marins situés au sud-ouest de l’archipel espagnol.
Où et quoi a-t-on trouvé ?
Des campagnes océanographiques ont mis au jour environ huit anciennes îles aujourd’hui submergées. Autrefois émergées, elles se sont affaissées avec le refroidissement de la croûte terrestre. D’après les géologues, certaines préfigurent les îles actuelles des Canaries.
- Les plus grands de ces reliefs s’étirent sur 35 à 90 km, les plus modestes mesurent 6 à 20 km.
- Ils sont désormais situés à plus de 300 m de profondeur et, pour certains, plongent jusqu’à près de 4 000 m.
- Leur élévation par rapport aux plaines abyssales dépasse 3 500 m, un relief colossal qui rappelle, vu des abysses, l’imposante silhouette du Teide depuis la côte.
À ces structures s’ajoutent cinq “grands monts” sous-marins déjà répertoriés au sud de l’archipel, confirmant l’ampleur du paysage volcanique caché.
Comment les scientifiques les ont-ils repérés ?
Pendant près de cinq ans, une équipe a systématiquement cartographié le plancher océanique à l’ouest des Canaries afin d’évaluer l’extension du plateau continental espagnol. Grâce aux données de bathymétrie et à des levés répétés, le puzzle s’est précisé : l’ensemble de la zone au sud-ouest apparaît comme le prolongement naturel du territoire émergé des îles.
Cette campagne, connue sous le nom de DRAGO 0511, a permis de délimiter avec précision les formes, les hauteurs et l’alignement de ces reliefs.
Pourquoi ces “îles” ont-elles sombré ?
Un moteur volcanique toujours à l’œuvre
Leur origine s’inscrit dans la dynamique d’un point chaud. Sous l’archipel, un apport de chaleur favorise la fusion du manteau, la montée du magma puis l’édification de volcans. Certains atteignent la surface et deviennent des îles ; d’autres restent sous-marins.
Un lent affaissement et l’érosion
Avec le temps, la lithosphère se refroidit et s’alourdit, ce qui entraîne un affaissement progressif des édifices. En surface, la mer rabote les sommets, accentuant la submersion. C’est ainsi que des îles deviennent des monts sous-marins, tout en conservant, pour certaines, des formes proches de Tenerife, La Gomera ou El Hierro.
Ce que cela change pour la géologie des Canaries
- La présence de ces reliefs démontre une histoire volcanique étagée, bien plus vaste que la seule partie émergée.
- Elle renforce l’idée que la marge au sud-ouest des Canaries fait partie de la même province géologique.
- Elle offre un cadre pour comprendre la succession des édifications volcaniques : des “précurseurs” aujourd’hui noyés jusqu’aux îles visibles.
Noms, culture et mythes
Ces monts se trouvent là où certains ont situé la légendaire Atlantide. Les chercheurs évitent l’amalgame, mais le surnom médiatique a circulé. Les autorités espagnoles ont soumis huit propositions de noms à la Commission hydrographique internationale et utilisent des appellations de travail comme “les Grand-mères”, “les Mères” ou “les Embryons” — ces derniers désignant des édifices susceptibles d’émerger dans plusieurs millions d’années si l’activité volcanique et les conditions géodynamiques s’y prêtent.
Et maintenant ?
- De nouvelles expéditions océanographiques poursuivent l’exploration depuis des navires spécialisés.
- La découverte incite à protéger ces milieux, souvent riches en biodiversité profonde.
- Elle fournit un laboratoire naturel pour étudier l’évolution des volcans océaniques et la croissance des marges continentales.
Un paysage sous-marin à grande échelle
Ces monts, parfois appelés “précurseurs”, dessinent un chapelet de reliefs qui complète la carte des Canaries. Leur observation éclaire la formation, la submersion puis la maturation des édifices volcaniques océaniques, de leur naissance à leur disparition sous les vagues.
FAQ
Ces monts sous-marins abritent-ils une faune particulière ?
Oui. Les seamounts concentrent souvent des courants qui apportent des nutriments. On y trouve coraux d’eaux froides, éponges, crustacés et poissons pélagiques. Ces habitats jouent un rôle de refuge et de nurserie pour de nombreuses espèces.
Comment cartographie-t-on le plancher océanique avec précision ?
Les scientifiques utilisent des sonars multifaisceaux pour mesurer la profondeur, complétés par des données de gravimétrie et parfois des véhicules téléguidés (ROV) pour observer et échantillonner in situ.
Ces reliefs peuvent-ils redevenir des îles un jour ?
C’est possible mais très long. Il faut une alimentation magmatique soutenue pour construire suffisamment de volume et dépasser le niveau de la mer. On parle d’échelles de temps de millions d’années.
Y a‑t‑il des risques géologiques associés (séismes, tsunamis) ?
Les zones volcaniques et de pentes sous-marines peuvent connaître des glissements ou des séismes modérés. Les tsunamis restent rares, mais la surveillance géologique et océanographique permet de réduire les risques en améliorant l’alerte.
Pourquoi protéger des montagnes au fond de l’océan ?
Parce qu’elles sont vulnérables aux activités humaines (pêche profonde, extraction) et essentielles à la biodiversité. Les protéger contribue à la résilience des écosystèmes marins et à la durabilité des ressources.
