Santé

Des dossiers révèlent que le principal expert anti‑Tylenol de Trump était payé pour le discréditer

Des dossiers révèlent que le principal expert anti‑Tylenol de Trump était payé pour le discréditer

Ce qui s’est passé

Lors d’une conférence de presse lundi, le président Donald Trump a affirmé que les femmes enceintes devraient éviter Tylenol (nom de marque de l’acétaminophène), prétendant qu’un usage pendant la grossesse serait lié à un risque “très augmenté” d’autisme. Ces déclarations ont déclenché une vague de réactions immédiates chez les spécialistes, qui ont exprimé leur stupeur et leur désaccord face à une affirmation jugée infondée.

Pourquoi ces propos inquiètent les scientifiques

  • Les grandes instances de santé et de nombreux chercheurs estiment qu’aucune preuve solide et cohérente n’établit un lien causal entre l’acétaminophène pris pendant la grossesse et l’autisme chez l’enfant.
  • L’OMS a rappelé que les études disponibles, y compris de larges travaux menés sur la dernière décennie, n’ont pas trouvé d’association constante.
  • Malgré cela, des responsables de l’administration ont mis en avant une synthèse d’études recensant 46 travaux qui évoquaient une association statistique entre exposition prénatale et troubles neurodéveloppementaux. Pour de nombreux experts, ces résultats ne démontrent pas une causalité et souffrent de biais méthodologiques (confusion, qualité des données, mémoire des parents, hétérogénéité des études).

Le chercheur au cœur de la polémique

La controverse s’est amplifiée lorsqu’on a appris que le chercheur mis en avant par la conférence de presse, Andrea Baccarelli (doyen de la Harvard T.H. Chan School of Public Health), avait touché au moins 150 000 dollars comme témoin expert dans des procès visant Kenvue (fabricant de Tylenol). Cette rémunération, révélée par des documents de justice fédérale, pose un conflit d’intérêts manifeste.

  • Des actions en justice déposées par des familles soutenaient que la prise de Tylenol pendant la grossesse avait conduit à l’autisme ou au TDAH chez leurs enfants.
  • Un juge fédéral a rejeté ces dossiers, estimant que les preuves scientifiques étaient insuffisantes et relevant que le chercheur avait sélectionné et présenté les résultats d’une manière trompeuse.
  • Paradoxalement, Baccarelli lui-même a ensuite pris ses distances, insistant sur le fait que des recherches supplémentaires sont nécessaires avant de conclure à un lien causal.
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Un usage politique de la “mauvaise science”

Ce n’est pas un cas isolé. L’administration Trump a déjà été critiquée pour la mise en avant de idées pseudoscientifiques et pour avoir confié des responsabilités sanitaires à des personnalités très controversées.

  • Le secrétaire à la santé nommé par Trump, Robert F. Kennedy Jr., connu pour ses positions anti-vaccins, a semé le doute sur le vaccin ROR et promu des traitements non éprouvés.
  • Des propos infondés ont aussi été tenus sur les jeux vidéo et la violence, tandis que des personnes ouvertement anti-vaccins ont été chargées d’explorer des liens inexistants entre vaccins et autisme.
  • Parallèlement, des coupes budgétaires massives ont frappé la recherche médicale, favorisant un exode de scientifiques.
  • Plus récemment, un haut responsable de santé publique des CDC, Demetre Daskalakis, a quitté ses fonctions, dénonçant un environnement politique où la science serait instrumentalisée au détriment de la santé publique.

Ce que montrent réellement les données

  • Les travaux cités par l’administration reposent surtout sur des études observationnelles, utiles pour repérer des signaux mais incapables d’établir à elles seules un lien de cause à effet.
  • Les associations observées peuvent être influencées par des facteurs de confusion (état de santé de la mère, autres médicaments, environnement, génétique) et par des biais (notamment le souvenir des expositions).
  • À ce jour, la totalité des preuves issues de sources robustes ne valide pas l’idée d’une augmentation nette et prouvée du risque d’autisme liée à l’acétaminophène pendant la grossesse.

Pourquoi la rigueur importe

Lorsqu’un gouvernement bâtit des annonces sur des études fragiles ou sur des analyses entachées de conflits d’intérêts, il alimente la désinformation, sape la confiance dans les institutions et peut conduire à des décisions sanitaires fondées sur la peur plutôt que sur les faits. Les politiques publiques devraient s’appuyer sur une évaluation indépendante, une réplication des résultats et un corpus de preuves convergentes.

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En résumé

  • Les affirmations de Trump sur Tylenol et l’autisme ne sont pas soutenues par des preuves fiables.
  • Le chercheur mis en avant présente un conflit d’intérêts et ses analyses ont été désavouées au tribunal.
  • Les grandes autorités, dont l’OMS, ne trouvent pas d’association cohérente.
  • Ce dossier illustre un schéma plus large d’utilisation de la pseudo-science dans l’arène politique, avec des conséquences réelles sur la santé publique et la recherche.

FAQ

Q: L’acétaminophène et le paracétamol, est-ce la même chose ?
R: Oui. Le paracétamol (terme courant en Europe) et l’acétaminophène (nom utilisé en Amérique du Nord) désignent la même substance. Tylenol est l’une de ses marques les plus connues.

Q: Comment repérer un conflit d’intérêts dans une étude scientifique ?
R: Cherchez les déclarations de financement, les rémunérations de témoins experts, les liens industriels, et vérifiez si les résultats ont été répliqués par des équipes indépendantes sans enjeux financiers.

Q: Quelle est la différence entre association et causalité ?
R: Une association signifie que deux phénomènes varient ensemble. La causalité exige de montrer que l’un provoque l’autre, en excluant les facteurs confondants et en s’appuyant sur un faisceau d’indices cohérent (qualité des données, temporalité, dose-réponse, reproductibilité).

Q: Pourquoi les procès influencent-ils parfois le débat scientifique ?
R: Les procédures judiciaires s’appuient sur des témoignages d’experts qui peuvent être rémunérés, et la sélection des études peut favoriser les arguments d’une partie. Cela peut créer une illusion de consensus scientifique alors que la littérature globale ne va pas dans le même sens.

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