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SpaceX peine à rendre Starship opérationnel

SpaceX peine à rendre Starship opérationnel

La semaine dernière, le neuvième essai de la fusée Starship de SpaceX s’est terminé par la destruction des deux étages lors du retour. Le propulseur Super Heavy s’est disloqué au moment d’allumer ses moteurs d’atterrissage et, environ quarante minutes plus tard, l’étage supérieur s’est fragmenté au-dessus de l’océan Indien. Les images étaient spectaculaires, mais les enseignements le sont encore plus.

Où en est vraiment Starship ?

Le pari central de Starship, c’est la réutilisation. Pouvoir relancer plusieurs fois le même propulseur et le même vaisseau doit, en théorie, faire baisser les coûts, accélérer le rythme des missions et ouvrir la voie à des projets ambitieux, comme l’envoi de charges massives ou d’équipages vers Mars. L’autre argument phare est la capacité de charge utile très élevée: transporter beaucoup, en une seule fois.

Deux ans après le tout premier vol d’essai, ces objectifs restent loin d’être atteints. Lors du dernier test, SpaceX a tenté, pour la première fois, de réutiliser un booster en remplaçant 4 de ses 33 moteurs. Le vaisseau a emporté une maquette de charge d’environ 16 tonnes, bien loin des 150 tonnes souvent annoncées comme cible. Autrement dit, l’architecture progresse, mais les promesses initiales sont encore hors de portée.

Le scénario du dernier vol

Lors de précédents essais, le booster avait impressionné en revenant vers la tour de lancement pour être saisi en plein vol par les bras “Chopsticks”. Cette fois, SpaceX a délaissé cette manœuvre pour viser un amerrissage contrôlé dans le Pacifique. L’équipe testait surtout une entrée atmosphérique en “belly-flop” (chute ventrale) afin d’augmenter la traînée, ralentir la descente et réduire la quantité de carburant nécessaire au freinage final des moteurs. Moins de carburant emporté signifie moins de masse et, donc, potentiellement plus de charge utile.

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Le plan a échoué au moment critique: juste après l’allumage des moteurs de rétropropulsion, le booster a explosé. Tout indique un problème côté moteur au pire instant, possiblement aggravé par les contraintes mécaniques énormes imposées par la séquence de manœuvres et la nouvelle enveloppe de vol.

Un dilemme de conception: trop lourd, trop fragile

Plusieurs observateurs, dont l’ingénieur et journaliste Will Lockett, y voient une impasse temporaire ou structurelle. Selon lui, le booster apparaît à la fois trop lourd et pas assez robuste. Le renforcer pour survivre à ces profils d’atterrissage — et surtout pour être réutilisé — ajoute inévitablement de la masse. Or cette masse supplémentaire réduit la charge utile et invalide l’intérêt du choix d’architecture. C’est le cœur du dilemme: si l’on renforce, on perd; si l’on allège, on casse.

Le cas de l’étage supérieur

L’étage supérieur a, lui, atteint l’espace et volé à des vitesses orbitales, un progrès réel. Mais, comme lors des deux essais précédents, un problème de fuite de carburant est survenu. Cette fois, pas d’explosion immédiate: le vaisseau est parti en vrille avant de se fragmenter en haute atmosphère, au-dessus de l’océan Indien. Pour Lockett, la répétition des fuites suggère un effet en cascade: en renforçant certaines lignes et supports après les vols précédents, les charges et vibrations se sont reportées vers des éléments plus faibles ailleurs dans le système, qui finissent par lâcher.

Deux façons de développer une fusée

La stratégie Starship tranche avec l’approche progressive qui a fait la renommée du Falcon 9. Sur Falcon 9, la récupération n’a été tentée qu’après plusieurs années d’exploitation, et seule la première étape est finalement réutilisée. Avec Starship, SpaceX tente tout à la fois: un lanceur entièrement nouveau, la réutilisation des deux étages, et une capacité de charge sans précédent.

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Pour la spécialiste de politiques spatiales Wendy Whitman Cobb, l’ambition est compréhensible mais l’addition des défis en même temps crée une difficulté d’ingénierie extrême. Elle demeure toutefois prudemment optimiste: les équipes finiront probablement par trouver des solutions. Lockett, au contraire, se montre très sceptique: selon lui, après neuf essais et près de 10 milliards de dollars dépensés, Starship n’a toujours pas atteint l’orbite avec une charge utile significative, n’a jamais réussi à poser l’étage supérieur, et n’a pas encore démontré une réutilisation effective et complète de la première étape.

Ce que cela implique pour la suite

Si l’on suit le diagnostic pessimiste, SpaceX devrait rendre Starship à la fois beaucoup plus robuste et considérablement plus léger — de l’ordre de centaines de tonnes cumulées sur l’ensemble du système — pour accomplir des missions répétées en gardant une charge utile utile. C’est un objectif redoutable. À l’inverse, l’optimisme mesuré parie sur la méthode itérative de SpaceX: essais rapides, analyses post-vol, corrections ciblées, et montée progressive de la performance.

La vérité se situe sans doute entre les deux: la route vers un lanceur géant entièrement réutilisable est truffée de compromis, et le moindre gain dans un sous-système peut créer des pertes ailleurs. Les prochaines campagnes d’essais — profils de rentrée ajustés, moteurs durcis, gestion des vibrations et des températures, nouvelles marges structurelles — diront si la promesse peut survivre à la réalité de la physique et des matériaux.

Points clés à retenir

  • Objectif central: réutilisation et charges utiles massives.
  • Dernier vol: premier booster réutilisé (4 moteurs remplacés), mais perte au moment de l’allumage d’atterrissage.
  • Étape supérieure: progrès en vitesse et altitude, mais fuite de carburant et désintégration en vol.
  • Dilemme: renforcer alourdit; alléger fragilise — un casse-tête d’ingénierie.
  • Débat ouvert: optimisme prudent de certains experts contre scepticisme marqué de Lockett.
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FAQ

Qu’est-ce que la manœuvre de “belly-flop” et à quoi sert-elle ?

C’est une entrée atmosphérique “sur le ventre” qui maximise la traînée pour freiner sans brûler trop de carburant. En ralentissant naturellement, le véhicule peut réduire la poussée de ses moteurs d’atterrissage, économiser de la masse propulsive et, à terme, augmenter la charge utile.

Pourquoi la réutilisation complète des deux étages est-elle si difficile ?

Chaque vol impose des cycles thermiques et des charges vibratoires extrêmes. Les structures, tuyauteries, réservoirs et moteurs doivent survivre à ces sollicitations, être inspectés rapidement et repartir quasi sans rénovation lourde. Plus on vise une remise en vol rapide, plus les exigences sur les matériaux, l’assemblage et le contrôle qualité explosent.

Quelle différence entre Super Heavy et Starship ?

Super Heavy est le premier étage: il fournit la poussée initiale au décollage. Starship est l’étage supérieur (le vaisseau): il atteint l’orbite et emporte la charge utile ou l’équipage. Dans la vision de SpaceX, les deux doivent être entièrement réutilisables.

Ces explosions sont-elles “normales” en phase d’essais ?

Les phases de test tolèrent des échecs spectaculaires pour apprendre vite. Cela dit, la répétition des mêmes familles d’anomalies (fuites, ruptures, moteurs) pointe des problèmes systémiques qu’il faut résoudre avant toute montée en cadence.

Quel impact sur les projets lunaires ou martiens ?

Tant que la fiabilité et la réutilisation ne sont pas démontrées avec des charges utiles élevées, les agendas ambitieux restent glissants. Des progrès significatifs sont nécessaires — sur la robustesse, la gestion des contraintes et la maintenance — avant d’envisager des missions régulières au-delà de l’orbite basse.