Un virage stratégique chez Renault
Renault rebat ses cartes: le constructeur met fin à sa collaboration avec Valeo et choisit de développer en interne son moteur électrique E7A de 200 kW, tout en s’ouvrant davantage à la Chine pour certains composants clés. L’objectif est clair: entrer dans une ère de moteurs électriques plus performants et surtout plus abordables, afin de rester compétitif face aux acteurs à bas coûts.
D’un partenariat à une intégration en interne
En 2023, Renault et Valeo affichaient l’ambition de cocréer une chaîne de traction de « troisième génération » dans l’esprit du « Made in France ». Deux ans plus tard, la stratégie évolue: le développement passe désormais chez Ampere, la filiale dédiée de Renault aux véhicules électriques et au logiciel. Cette intégration vise à accélérer la conception, maîtriser les coûts, et rapprocher les équipes produit, électronique de puissance et industrialisation. De son côté, Valeo ne commente pas la fin de l’accord initial.
Le casse-tête du stator
Renault explique vouloir sourcer le stator en France, mais le différentiel de coût reste aujourd’hui défavorable par rapport à la Chine. Or, le stator — élément essentiel du moteur — pèse lourd dans l’équation économique. Le constructeur cherche donc un compromis entre fierté industrielle et réalité des prix: poursuivre les discussions locales tout en sécurisant une solution chinoise pour tenir le cap de la compétitivité.
Industrialisation du moteur E7A
Le moteur E7A (200 kW) sera assemblé à l’usine de Cléon (Nord de la France), un site historique de moteurs et de groupes motopropulseurs. Renault s’appuie sur STMicroelectronics pour doter l’onduleur de modules en carbure de silicium (SiC), un choix qui améliore l’efficience énergétique du système. Annoncé autour de 268 ch, le E7A viserait environ 25 % de puissance supplémentaire face aux moteurs électriques grand public de même segment, tout en gardant un cap de sobriété et de fiabilité. L’ensemble s’inscrit dans une logique de réduction des coûts, sans renoncer aux performances ni à la qualité perçue.
Valeo rebondit avec Mahle
Privé de la trajectoire commune avec Renault, Valeo se repositionne. L’équipementier s’allie à l’Allemand Mahle pour développer un système d’entraînement 350 kW, sans aimants, avec une cible industrielle autour de 2028. Ce choix technologique vise des performances élevées sans recours aux aimants permanents, et met Valeo sur une trajectoire concurrente face à Tesla et aux champions chinois.
Un marché EV en recomposition
Le mouvement de Renault illustre une tendance de fond: certains constructeurs misent sur l’intégration et la spécialisation internes, d’autres fragmentent la chaîne de valeur et multiplient les partenaires. Renault, coutumier des virages rapides, cherche surtout à rester dans la course face à des acteurs capables d’aligner prix agressifs et volumes massifs.
Où veut aller Renault?
Le plan consiste à combiner ingénierie française et approvisionnements chinois pour tenir l’équation coûts/qualité. En s’appuyant sur Ampere et sur l’industrialisation à Cléon, Renault veut livrer un moteur efficace, compétitif et prêt pour la montée en cadence. L’idée n’est pas seulement de suivre Tesla ou BYD, mais de trouver une voie propre, durable et rentable sur les marchés européens et internationaux.
Ce que cela change pour les conducteurs
- Des modèles potentiellement plus accessibles grâce à une structure de coûts allégée.
- Des performances et une efficience accrues avec l’onduleur SiC.
- Une production ancrée en France pour l’assemblage du moteur, avec une chaîne d’approvisionnement mixte afin d’assurer volume et stabilité.
FAQ
Qu’est-ce qu’Ampere chez Renault ?
Ampere est la filiale dédiée aux véhicules 100 % électriques et aux logiciels du groupe Renault. Elle regroupe ingénierie, électronique de puissance, software et industrialisation pour accélérer le développement et réduire les coûts des plateformes EV.
À quoi sert le carbure de silicium (SiC) dans un moteur électrique ?
Les modules SiC de l’onduleur réduisent les pertes électriques, surtout à forte charge. Résultat: meilleure efficience, moins de chaleur, plus d’autonomie et des performances plus stables.
C’est quoi un stator et pourquoi est-il si critique ?
Le stator est la partie fixe du moteur qui crée le champ magnétique. Il conditionne puissance, rendement et fiabilité. Sa fabrication exige des procédés précis (tôles magnétiques, enroulements, isolants), ce qui pèse fortement sur le coût final.
Quand le moteur E7A arrivera-t-il sur la route ?
L’assemblage est prévu à Cléon. Le calendrier commercial n’est pas officiellement détaillé: il dépendra des validations industrielles et de l’intégration dans les futurs modèles électriques de Renault.
La dépendance à des composants chinois est-elle risquée ?
Elle expose à des aléas géopolitiques, logistiques et tarifaires. Pour y répondre, les constructeurs multiplient les fournisseurs, sécurisent des volumes et cherchent, quand c’est viable, des alternatives européennes.
Note: Ce contenu est informatif et descriptif. Il n’exprime aucune recommandation d’investissement ni conseil de quelque nature que ce soit.
