Le Pentagone s’est félicité de voir deux officiers américains d’active participer au prochain vol Crew-10 de SpaceX, mission chargée de ramener sur Terre les astronautes de la NASA Butch Wilmore et Suni Williams. L’équipage, résolument international, reflète autant la coopération spatiale que les tensions politiques du moment.
Une annonce qui met l’accent sur les militaires
Le Department of Defense a officialisé la présence de la major de l’US Air Force Nichole Ayers et de la colonel de l’US Army Anne McClain, toutes deux astronautes de la NASA. Elles voleront aux côtés de Takuya Onishi (Agence spatiale japonaise, JAXA) et du cosmonaute Kirill Peskov (Roscosmos).
Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a salué une mission où plusieurs armes sont représentées, insistant sur la fierté institutionnelle d’envoyer des militaires en activité dans l’espace.
Un contexte politique plus rugueux
Cette mise en avant intervient alors que la question d’une militarisation de l’espace revient au premier plan sous le second mandat de Donald Trump. La US Space Force, créée fin 2019, nourrit depuis des années débats et craintes autour d’une possible course aux armements orbitale.
À noter: la présence de militaires parmi les astronautes n’a rien d’exceptionnel à la NASA. Sur l’ensemble de ses sélections depuis 66 ans, une majorité significative vient des rangs de l’armée, notamment des pilotes d’essai. Ce qui change aujourd’hui, c’est le ton politique de l’annonce, perçu différemment avec le retour de Trump à la Maison-Blanche.
Un décret présidentiel a d’ailleurs été signé pour étudier de nouvelles défenses spatiales, sans calendrier ni feuille de route publique détaillés à ce stade.
Wilmore et Williams, au cœur de l’attention
Les astronautes Butch Wilmore et Suni Williams sont restés bloqués sur l’ISS depuis juin, conséquence de graves problèmes techniques rencontrés par le vaisseau Starliner de Boeing. Leur retour, planifié de longue date et antérieur à l’élection, a été récupéré politiquement ces derniers mois, devenant un thème récurrent dans les prises de parole de Donald Trump et d’Elon Musk.
Polémiques publiques et échanges houleux
Sur les réseaux, Elon Musk s’est vivement emporté face à d’anciens astronautes au sujet d’un éventuel “sauvetage” accéléré du duo, allant jusqu’aux invectives. Il a aussi accusé l’administration Biden d’être responsable de la situation — des affirmations démenties par l’ex-administrateur de la NASA Bill Nelson.
De son côté, Trump a tenu une conférence de presse déconcertante à l’Oval Office, multipliant les remarques déplacées sur Suni Williams et suggérant, de manière étonnante, une idylle avec Wilmore.
Des aléas techniques qui bousculent le calendrier
La mission de retour a été repoussée en raison d’un souci au sol touchant le système hydraulique qui commande les pinces soutenant la partie supérieure du Falcon 9 de SpaceX.
Le tir est désormais visé pour pas avant vendredi soir, sous réserve de résolution complète des anomalies et de conditions météo favorables.
La Space Force dans l’incertitude budgétaire
L’avenir de la US Space Force reste flou. Des responsables réclament une hausse substantielle de budget pour la plus jeune arme américaine. En parallèle, les coupes envisagées ailleurs dans l’administration — notamment à la NOAA et au National Weather Service — pourraient contrecarrer l’ambition de doter l’espace d’une posture plus militarisée.
Un rapport récent du Mitchell Institute for Aerospace Studies estime qu’il faudrait au moins 45 milliards de dollars supplémentaires par an, pour l’US Air Force et la Space Force réunies, afin d’enrayer le déclin capacitaire et d’éviter de perdre le prochain grand conflit.
À retenir
- Deux officiers d’active américains voleront sur Crew-10 pour ramener Wilmore et Williams.
- Le contexte politique relance les débats sur la militarisation de l’orbite.
- Des polémiques impliquant Musk et Trump ont amplifié l’attention médiatique.
- Un problème hydraulique au sol a retardé le décollage du Falcon 9.
- La Space Force réclame davantage de moyens, mais les contraintes budgétaires pèsent.
FAQ — Questions fréquentes
Que recouvre précisément une mission “Crew” de SpaceX ?
Les missions Crew utilisent la capsule Crew Dragon pour transporter des astronautes vers et depuis l’ISS. Elles assurent la rotation d’équipage, le retour de passagers déjà en orbite et, si nécessaire, des missions dédiées comme celle qui vise à réacheminer Wilmore et Williams.
Comment se passe un retour standard depuis l’ISS avec Crew Dragon ?
Après le désamarrage, la capsule effectue une désorbitation contrôlée, rentre dans l’atmosphère protégée par son bouclier thermique puis amerrit sous quatre parachutes. Des navires de récupération récupèrent rapidement l’équipage pour un retour à terre.
Pourquoi voit-on autant de profils militaires parmi les astronautes ?
Historiquement, la NASA recrute des pilotes d’essai et des profils opérationnels issus de l’armée pour leur expérience en vol, leur gestion du risque et leur discipline. Aujourd’hui, les équipages mélangent militaires et civils (ingénieurs, médecins, scientifiques) selon les besoins de mission.
À quoi servent les “pinces” et l’hydraulique sur un pas de tir ?
Les pinces (ou systèmes de hold-down) maintiennent et stabilisent le lanceur sur la rampe jusqu’à l’instant du décollage. Des circuits hydrauliques commandent ces mécanismes. Un défaut peut imposer un report pour garantir la sécurité du lancement.
Pourquoi des astronautes russes et japonais volent-ils ensemble sur un véhicule américain ?
C’est le fruit des accords internationaux autour de l’ISS, avec des échanges de sièges entre NASA, Roscosmos et JAXA. Cette coopération assure une redondance des accès à la station et maintient une présence multinationale continue en orbite.
