Cartographie Proactive
Les filovirus, identifiés pour la première fois en 1967, infectent principalement les chauves-souris, mais peuvent être transmis aux êtres humains. Bien que ces virus ne montrent généralement pas de symptômes chez les chauves-souris infectées, ils représentent un risque considérable pour la santé humaine, pouvant entraîner des conséquences fatales.
Parmi ces virus, le plus célèbre est l’Ebola, qui a provoqué une épidémie massive en Afrique de l’Ouest en 2014. L’autre filovirus, le Marburg, est très similaire à Ebola et est également extrêmement dangereux.
Une menace mortelle
D’après le Centre National d’Information Biotechnologique, la fièvre hémorragique filovirale se manifeste par plusieurs symptômes tels que des hémorragies, des atteintes hépatiques sévères et un choc. Les patients guéris présentent une fièvre durant environ cinq à neuf jours, tandis que ceux qui succombent montrent des signes cliniques précoces, avec un décès généralement constaté entre le sixième et le seizième jour. Le taux de mortalité varie de 30 à 90 %, selon le type de virus.
Avec les dangers associés à ces virus, il est crucial d’en apprendre davantage sur leur mode de transmission et les espèces animales impliquées, un aspect qui a souvent freiné les efforts de containment.
Une avancée technologique
Récemment, une équipe de chercheurs des universités de Georgie, Massey et de Californie a développé un modèle d’intelligence artificielle (IA) capable d’identifier les régions à haut risque d’infection en prédisant les espèces de chauves-souris susceptibles de transmettre ces virus.
Barbara Han, écologiste des maladies et principale auteure de l’étude, souligne que grâce à des méthodes d’apprentissage automatique, ils ont pu combiner des données écologiques, biogéographiques et de santé publique pour repérer les chauves-souris ayant une forte probabilité d’être porteuses d’Ebola et d’autres filovirus. Identifier ces espèces et leur localisation est vital pour prévenir d’éventuelles transmissions à l’avenir.
Cette recherche adopte une approche proactive pour anticiper les épidémies en se basant sur les habitats naturels des chauves-souris porteuses, plutôt qu’en utilisant uniquement les données des anciennes épidémies.
David Hayman, de l’Université de Massey, ajoute que ce modèle permet d’aller au-delà des préjugés humains et de déceler des modèles dans les données que seule une machine peut identifier. Plutôt que de prédire les épidémies en se basant sur des événements passés, il évalue les risques selon les caractéristiques intrinsèques des espèces de chauves-souris porteuses de filovirus.
Les porteurs de virus au-delà de l’Afrique
Les résultats de cette étude, publiés dans la revue PLoS Neglected Tropical Diseases, ont analysé les 21 espèces de chauves-souris connues pour leur lien avec les filovirus, en s’appuyant sur des caractéristiques de leur histoire de vie, physiologiques et écologiques. L’algorithme a atteint une précision de 87 % dans l’identification des espèces porteuses de ces virus.
De plus, l’étude a élargi le champ d’analyse géographique au-delà de l’Afrique subsaharienne, incluant des régions d’Asie du Sud-Est ainsi que d’Amérique Centrale et du Sud.
Han précise que leurs résultats confirment des études africaines, mais révèlent aussi plusieurs zones à risque en Asie du Sud-Est, avec jusqu’à 26 espèces potentielles de réservoirs, notamment en Thaïlande, Birmanie, Malaisie, Vietnam, et au nord-est de l’Inde.
John Drake, de l’Université de Georgie, indique que l’étape suivante de cette recherche vise à comprendre comment l’infection semble mieux contrôlée dans certaines régions, en dehors de l’Afrique. Il souligne que les cartes générées par cet algorithme peuvent orienter les projets de surveillance ciblée et de découverte de virus. Une question restante est de déterminer pourquoi si peu d’événements de spillover de filovirus sont rapportés chez les humains et la faune en Asie du Sud-Est par rapport à l’Afrique équatoriale.
FAQ
Qu’est-ce que les filovirus ?
Les filovirus, tels que l’Ebola et Marburg, sont des virus hautement pathogènes qui infectent principalement des animaux, notamment des chauves-souris, avec des implications graves pour la santé publique.
Comment les filovirus se propagent-ils ?
Ces virus se propagent principalement par contact direct avec des fluides corporels d’animaux infectés ou d’humains, ce qui rend essentielle la compréhension de leur hôte animal.
Quelles mesures peuvent être prises pour prévenir des épidémies ?
Le suivi et la surveillance des populations de chauves-souris, les recherches sur les virus en milieu naturel, et les campagnes d’éducation sur les risques peuvent aider à réduire les chances d’épidémies.
Pourquoi le sud-est asiatique est-il un point chaud potentiel pour les filovirus ?
La diversité biologique et les conditions environnementales favorables en Asie du Sud-Est permettent à plusieurs espèces de chauves-souris d’y coexister, augmentant ainsi le risque de transmission des filovirus.
Quelle est l’importance des données écologiques dans ce contexte ?
Les données écologiques aident à comprendre les habitats des espèces porteuses de filovirus et à prédire les risques d’épidémies, facilitant ainsi une réponse proactive.
