L’entreprise chinoise Pony.ai appuie sur l’accélérateur. Elle veut faire passer sa flotte de robotaxis de 961 véhicules à plus de 3 000 d’ici fin 2026, tout en s’ouvrant à l’international via des partenaires comme Uber et Bolt. Sa croissance s’accélère, la concurrence avec Tesla et Waymo se tend, et la bataille pour le leadership de la conduite autonome change de dimension.
Une accélération spectaculaire
- Au troisième trimestre, le chiffre d’affaires a grimpé de 72 %, pour atteindre 25,4 millions de dollars. Le marché a réagi positivement, avec une hausse de plus de 6 % de l’action à la suite des résultats, signe d’un pari clair des investisseurs sur l’expansion mondiale de la société.
- Côté opérations, 961 robotaxis roulent déjà aujourd’hui et l’objectif immédiat est d’atteindre 1 000 véhicules d’ici la fin de l’année. La marche suivante: dépasser 3 000 unités avant fin 2026, un calendrier parmi les plus ambitieux du secteur.
Où la société opère déjà
Pony.ai exploite des services commerciaux dans plusieurs mégapoles chinoises: Pékin, Shanghai, Guangzhou et Shenzhen. Cet ancrage lui donne un avantage clé: une masse de données réelles obtenues dans des environnements urbains complexes, précieuse pour faire mûrir les algorithmes.
La stratégie internationale
Plutôt que d’affronter frontalement les acteurs américains sur leur terrain, l’entreprise déploie ses services dans huit pays, dont Singapour et le Qatar, en s’alliant à des plateformes de mobilité comme Uber et Bolt ainsi qu’à des opérateurs locaux. Cette approche par partenariats lui permet d’accélérer sans réinventer tout l’écosystème (réseau de chauffeurs de secours, support client, canaux de réservation) et de cibler des marchés où le cadre réglementaire est jugé plus favorable.
Un modèle hybride: flotte propre et licences technologiques
La société suit une voie hybride:
- exploitation de sa propre flotte de robotaxis pour apprendre vite et démontrer la viabilité commerciale;
- licences de son logiciel de conduite autonome à des partenaires industriels.
La prochaine génération de véhicules (Gen‑7) est portée par une coentreprise dédiée à la production, signe d’un passage à l’échelle plus industriel et d’une validation de la technologie par l’écosystème.
Des revenus diversifiés, mais encore des pertes
Le trimestre met en lumière un mix d’activités:
- services robotaxi: environ 6,7 M$;
- camions autonomes (“robotrucks”): environ 10,2 M$;
- licences et applications: environ 8,6 M$.
Cette montée en puissance se paie toutefois: une perte nette de 61,6 M$ au T3. La trésorerie recule de 747,7 M$ à 587,7 M$ entre T2 et T3, dont près de la moitié liée à un investissement ponctuel dans la coentreprise de production Gen‑7. Grâce à sa présence boursière aux États‑Unis (Nasdaq) et à Hong Kong, la société conserve néanmoins un accès étendu aux capitaux.
Concurrence et rapport de forces
- Waymo progresse, mais reste limitée à quelques villes américaines; Tesla continue de pousser son Full Self‑Driving et ses promesses d’autonomie complète.
- En Chine, la compétition s’intensifie avec WeRide et AutoX qui accélèrent eux aussi.
- Les acteurs américains affrontent des obstacles réglementaires et des défis techniques qui freinent la mise à l’échelle. Dans ce contexte, la capacité de Pony.ai à opérer commercialement dans plusieurs mégalopoles et à étendre sa présence via des alliances internationales remet en question l’idée que le leadership mondial serait exclusivement américain.
Ce qu’il faut surveiller d’ici 2026
- Le rythme de production et de déploiement des véhicules Gen‑7.
- Les autorisations dans les nouveaux pays et l’ampleur des zones desservies.
- Les indicateurs de sécurité (désengagements, incidents, audits) publiés par les autorités locales.
- L’économie unitaire des trajets: coûts par kilomètre, taux d’utilisation, temps de disponibilité.
- La capacité à réduire les pertes tout en maintenant une croissance rapide.
Enjeu global
Si le plan se déroule comme prévu, l’augmentation de flotte et l’ouverture de nouveaux marchés pourraient redistribuer les cartes de la mobilité autonome. Entre volumes, données, partenariats et capitaux, Pony.ai se positionne pour jouer un rôle central dans la prochaine phase de la conduite sans chauffeur.
FAQ
Qu’est-ce qu’un robotaxi, concrètement ?
Un robotaxi est un véhicule équipé d’un système de conduite autonome qui transporte des passagers sans chauffeur au volant. Il intègre capteurs, cartes HD et IA de perception et de décision. Selon les villes, un opérateur de sécurité peut rester à bord au début.
Les courses coûtent-elles moins cher qu’un VTC classique ?
Les tarifs tendent à se rapprocher de ceux d’un VTC, avec des baisses possibles à mesure que la flotte grandit et que les coûts d’exploitation diminuent (moins de main‑d’œuvre par trajet). Les prix dépendent des réglementations locales, des taxes et des partenariats.
Comment la sécurité est-elle évaluée ?
Les autorités examinent des métriques comme les désengagements (prises de contrôle humaines), le respect du code, les rapports d’incidents et les résultats d’audits indépendants. Les opérateurs publient aussi des données de performance et mettent en place des plans d’amélioration continue.
Quel est l’intérêt pour les villes ?
Améliorer la couverture des transports dans les zones mal desservies, réduire les accidents liés aux erreurs humaines, lisser la congestion grâce à une gestion plus fine de la demande, et créer des données utiles pour l’aménagement urbain.
Quand pourrait-on voir ces services en Europe ?
Le calendrier dépend des régulateurs et des pilotes locaux. Les villes qui disposent déjà de cadres d’essai pour la conduite autonome et d’opérateurs partenaires pourraient ouvrir la voie plus rapidement, avant un déploiement plus large quand les normes seront harmonisées.
