Des émissions cachées ?
L’impact environnemental de l’IA générative est bien plus préoccupant qu’il n’y paraît, principalement parce que les entreprises ne communiquent pas clairement sur les émissions de leurs vastes centres de données consacrés à l’IA.
Considérons Amazon Web Services (AWS), une filiale d’Amazon et l’une des plus grandes plateformes de cloud computing au monde. Ce géant ne fournit pas d’informations spécifiques sur les émissions par localité ou par centre de données dans ses rapports. En d’autres termes, il est impossible de savoir combien de gaz à effet de serre sont émis par ces installations, notamment celles qui entraînent des modèles d’IA. Cela représente un véritable manque de transparence pour le public et les décideurs qui ont besoin de ces informations pour agir.
Selon Benn Caddy, analyste chez Canalys, il est difficile d’obtenir des données précises sur l’impact environnemental d’AWS, car ses rapports ne détaillent pas les émissions spécifiquement liées à ses services cloud. D’autres entreprises comme Google et Microsoft sont également dans la même situation, publiant des bilans de durabilité globaux plutôt que des chiffres spécifiques à leurs activités cloud.
Évaluations déformées
Une étude récente menée par The Guardian a révélé que les émissions réelles des centres de données exploités par des leaders de l’IA comme Microsoft, Google et Amazon dépasseraient de 662 % les chiffres officiellement disponibles. Cette analyse a examiné les données de 2020 à 2022, avant que l’engouement pour l’IA ne prenne réellement son envol, suggérant que les chiffres sont probablement encore plus préoccupants aujourd’hui.
Dans le cas d’Amazon, son approche semblerait particulièrement trompeuse. Selon le Register, leurs méthodes de “comptabilité créative” leurs feraient prétendre que les émissions ont diminué, ce qui paraît peu plausible compte tenu de l’expansion continue de leurs infrastructures pour le cloud et l’IA. De plus, Amazon ne fait pas la distinction entre les différents types d’émissions, ce qui complique encore la compréhension de son bilan carbone.
D’autres acteurs majeurs comme Microsoft et Google adoptent également cette absence de transparence, ne rapportant pas les émissions fonction des centres de données. Chacune de ces entreprises dispose de ses propres méthodes de reporting.
Malgré tout, elles recourent souvent à un même mécanisme : les certificats d’énergie renouvelable. Ces certificats permettraient de compenser une certaine quantité d’émissions en achetant une équivalence d’énergie renouvelable. Toutefois, il manque de vérifications réelles sur ces certificats, permettant aux entreprises technologiques de présenter des chiffres d’émissions plus faibles qu’en réalité.
Vers une meilleure transparence
La firme de Caddy mentionne qu’avec la mise en œuvre récente de la Directive sur le Reporting de Durabilité des Entreprises (CSRD) dans l’Union européenne, les clients potentiels d’Amazon pourraient exiger davantage de transparence sur les émissions s’ils souhaitent collaborer avec le géant du commerce en ligne. En refusant d’adopter de telles pratiques, Amazon pourrait risquer de perdre des clients intéressés par ses services cloud.
Caddy souligne également que ce manque de détails sur les émissions pèse sur les partenariats et peut créer des complications pour les entreprises basées dans l’UE qui utilisent AWS.
En revanche, aux États-Unis, des tentatives pour instaurer des mesures similaires ont rencontré des obstacles. Les règles de divulgation sur le climat adoptées par la Securities and Exchange Commission en mars 2024, visant à uniformiser le rapport des émissions pour toutes les sociétés cotées en bourse, ont rapidement été contestées en justice et mises en pause.
FAQ
Pourquoi les entreprises ne rapportent-elles pas leurs émissions de manière transparente ?
Les entreprises évitent souvent de dévoiler des données spécifiques sur leurs émissions par crainte des répercussions sur leur image et leur réputation, ainsi que pour préserver leur avantage concurrentiel.
Existe-t-il des normes internationales régissant la divulgation des émissions ?
Bien qu’il existe des initiatives comme le Carbon Disclosure Project (CDP), les normes varient considérablement d’une région à l’autre, rendant difficile l’établissement d’un standard uniforme mondial.
Comment les certificats d’énergie renouvelable fonctionnent-ils ?
Ces certificats attestent qu’une entreprise a investi dans une quantité d’énergie renouvelable équivalente à ses émissions, mais leur efficacité et vérification sont souvent remises en question.
Les gouvernements interviennent-ils dans la transparence des rapports d’émissions ?
Dans certains pays, comme les membres de l’UE, des Régulations telles que la CSRD renforcent la transparence, tandis qu’aux États-Unis, les tentatives législatives pour des contrôles similaires ont été freinées.
Que peuvent faire les consommateurs pour inciter les entreprises à être plus transparentes ?
Les consommateurs peuvent faire entendre leur voix en choisissant de soutenir des entreprises qui affichent des pratiques durables claires et qui offrent une transparence sur leurs émissions.
