L’investisseur devenu célèbre pour avoir anticipé la crise des subprimes, Michael Burry, vient de miser très gros contre deux emblèmes de l’IA: Nvidia et Palantir. Son pari? Que leurs cours chutent. Au-delà de deux entreprises spécifiques, c’est un signal fort adressé à un secteur que beaucoup jugent désormais en ébullition spéculative.
Un pari massif et très ciblé
D’après des documents déposés auprès de la SEC, le fonds de Burry, Scion Asset Management, a acheté pour environ 187,6 millions de dollars d’options de vente sur Nvidia et près de 912 millions de dollars sur Palantir. Les options de vente (puts) gagnent en valeur si l’action baisse: Burry joue donc explicitement la déflation des valorisations de ces deux vedettes.
Ce n’est pas sa première prise de position contrarienne de grande ampleur. Au milieu des années 2000, il avait construit un pari d’environ 1 milliard de dollars contre le marché hypothécaire américain. Quand la bulle a éclaté en 2008, son fonds a bondi de manière spectaculaire, avec une performance proche de +489 %. Cette histoire nourrit aujourd’hui l’écho de son nouveau geste.
Des valorisations qui donnent le vertige
Le contexte nourrit son scepticisme. La capitalisation de Nvidia a récemment franchi le cap historique d’environ 5 040 milliards de dollars, une première mondiale. Palantir, de son côté, a vu son titre progresser de plus de 150 % depuis le début de l’année, et s’échanger autour de 200 fois ses bénéfices attendus, un multiple qui alimente les craintes d’exubérance.
Dans le même temps, le marché a montré des signes de fatigue: lors d’une récente séance, Nvidia a cédé un peu moins de 4 %, Palantir près de 9 %. Au-delà de la volatilité quotidienne, une question s’impose: la croissance des revenus suivra-t-elle le rythme effréné des attentes? S’ajoute à cela une financiarisation circulaire entre acteurs de l’IA — des deals et investissements croisés — qui renforcent l’idée d’une bulle alimentée par elle-même.
Un signal contre l’IA qui dépasse deux actions
Pour beaucoup d’observateurs, ce pari équivaut à un vote de défiance envers l’ensemble de l’écosystème IA. L’argument: si les leaders les plus visibles peinent à justifier leurs prix, l’onde de choc pourrait gagner le Nasdaq et, par ricochet, des pans entiers du marché américain. Certains analystes parlent d’un retour à la réalité inévitable pour des actifs technologiques devenus trop chers, trop vite.
Burry n’est pas infaillible, mais il compte
Les prises de position de Michael Burry sont scrutées, mais il ne vise pas toujours juste. Début 2023, il recommandait de vendre le marché; quelques semaines plus tard, il reconnaissait s’être trompé alors que le Nasdaq 100 repartait en marché haussier avec plus de 21 % de hausse entre décembre 2022 et fin mars 2023. Malgré ces faux pas, son “grand coup” de 2008 lui confère une crédibilité qui pèse sur le sentiment des investisseurs: quand Burry dit “attention”, beaucoup lèvent le pied.
Réactions des dirigeants et des analystes
Côté entreprises, la réponse ne s’est pas fait attendre. Le patron de Palantir, Alex Karp, a jugé ce pari contre les “puces” et le cœur logiciel de l’IA totalement insensé. Au-delà du ton, son message vise surtout à rassurer les actionnaires: l’entreprise martèle qu’elle gagne de l’argent et qu’elle continue d’améliorer ses métriques, quitte à se servir de l’attaque comme d’un levier de motivation en interne.
Des analystes soulignent que, même avec des résultats supérieurs aux attentes, un cocktail d’inquiétudes — bulle potentielle, croissance en décélération, multiples élevés — suffit à provoquer un repli des valeurs technologiques, avec un impact qui peut s’étendre au marché élargi. Pour l’instant, la tonalité dominante reste à la prudence vigilante plutôt qu’à la panique.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
- La trajectoire des revenus et des marges des leaders de l’IA: l’exécution opérationnelle devra suivre les promesses.
- Les multiples de valorisation: un reflux ordonné serait sain; une contraction brutale signalerait un risque systémique.
- Les flux de capitaux entre acteurs de l’IA: trop d’autofinancement croisé peut masquer la véritable demande client.
- La dynamique des indices: si les géants de l’IA corrigent, l’effet de contagion peut peser sur l’ensemble des actifs risqués.
En bref
Le pari de Michael Burry est à la fois simple et radical: la réalité financière finira, selon lui, par rattraper des valorisations devenues extravagantes. Qu’il ait raison ou tort, il impose un stress test salutaire à un secteur où l’enthousiasme a parfois pris le pas sur la mesure.
FAQ
Qu’est-ce qu’une option de vente (put) et pourquoi l’utiliser ?
Une option de vente donne le droit de vendre un actif à un prix fixé à l’avance. Elle prend de la valeur si l’action baisse. Les investisseurs l’emploient pour se couvrir contre une chute ou pour spéculer sur un repli.
Les particuliers peuvent-ils répliquer ce type de pari ?
Techniquement oui, via des options ou des ETF inverses, mais ces produits comportent des risques élevés (levier implicite, décote temps, volatilité). Pour la plupart, une diversification et une gestion du risque basique restent préférables.
Quels signaux concrets indiqueraient qu’une bulle de l’IA se dégonfle ?
- Révisions massives à la baisse des guidances.
- Contraction rapide des multiples (prix/bénéfice, EV/CA).
- Baisse des commandes de puces et ralentissement des déploiements chez les grands clients.
- Hausse des défaillances parmi les nouveaux entrants de l’écosystème.
Les valorisations actuelles rappellent-elles l’éclatement de la bulle internet de 2000 ?
Il y a des similitudes (multiples élevés, récits technologiques ambitieux) mais aussi des différences: des revenus plus tangibles pour certains leaders, une adoption plus rapide en entreprise, et des bilans souvent plus solides. Cela n’exclut pas des corrections, mais réduit le risque d’un choc strictement identique à 2000.
