Un regard en arrière
Des responsables gouvernementaux en Iran cherchent à évoluer vers la modernité en intégrant **l’intelligence artificielle** pour aider les **clercs** à rédiger des **fatwas**, ces décrets religieux, de manière beaucoup plus rapide.
D’après un article du Financial Times, des fonctionnaires liés à l’État dans la ville sainte de Qom encouragent les clercs à expérimenter l’IA afin de montrer un visage plus progressiste, alors que le pays commémore le premier anniversaire des **protests** violentes qui ont suivi la mort de Mahsa Amini, une jeune femme décédée sous la garde de la police pour avoir prétendument mal porté son voile.
Mohammad Ghotbi, patron d’un incubateur technologique soutenu par l’État à Qom, a déclaré : « Les robots ne peuvent pas remplacer les clercs seniors, mais ils peuvent devenir des assistants fiables, permettant de rédiger une fatwa en cinq heures au lieu de cinquante jours. »
Alors que la plupart des clercs chiites consacrent des semaines, voire des mois, à l’étude des textes islamiques, Ghotbi et ses alliés estiment que l’IA pourrait non seulement accélérer la recherche mais aussi la publication des fatwas, qui abordent des sujets allant de le patriotisme à l’hygiène personnelle — bien qu’elles aient souvent été émises en réaction à des éléments de la culture occidentale, comme la célèbre fatwa contre l’écrivain Salman Rushdie.
Ayatollah Alireza Arafi, membre influent du Conseil des Gardiens d’Iran et de l’Assemblée des Experts, a exprimé en juillet que « le séminaire doit s’engager à utiliser des technologies modernes et progressistes, y compris **l’IA**. Nous devons entrer dans ce domaine pour promouvoir la **civilisation islamique**. »
Figures de proue de l’IA
Il est intéressant de noter, comme le souligne le FT, que le principal centre de recherche en IA de Qom, le Centre Noor pour la Recherche en Sciences Islamiques, est lié à ce séminaire séculaire, permettant ainsi d’accéder à d’anciens textes religieux qui pourraient alimenter les algorithmes.
Le **guide suprême** Ali Khamenei semble soutenir cette initiative d’IA à caractère religieux. Il a été cité par le FT en juin en disant qu’il souhaite voir l’Iran dans le top 10 mondial en matière d’IA, tout en précisant que cela doit se faire dans le respect de l’interprétation stricte de l’Islam prévalente dans le pays.
« Les outils évoluent », a déclaré le guide suprême. « Ce qui ne change pas, ce sont les objectifs. »
Ghotbi a exprimé une idée similaire, affirmant que ceux qui soutiennent ce projet travaillent à « localiser l’utilisation de la technologie car nos valeurs culturelles diffèrent » de celles adoptées dans les sociétés occidentales.
Sur les réseaux sociaux, et plus particulièrement sur l’ancienne plateforme Twitter, les réactions à cette proposition de fatwa générée par l’IA sont empreintes d’humour. Un utilisateur a par exemple plaisanté en disant que cette IA pourrait agir comme des « robots mollahs », tandis qu’un académique en IA a ajouté que cela pourrait représenter la prochaine grande nouveauté depuis la « veste générée par l’IA du pape [Balenciaga] ».
Au-delà de l’humour, l’idée d’un assistant IA parcourant les textes religieux au bénéfice des clercs est indéniablement captivante, bien que le contexte politique qui l’entoure soit aussi rétrograde que le **leadership** du pays.
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FAQ
Qu’est-ce qu’une fatwa ?
Une fatwa est un avis juridique religieux émis par un clerc en Islam. Elle peut couvrir une vaste gamme de sujets, de questions de morale à des questions pratiques de la vie quotidienne.
Quelle est la position des clercs sur l’IA ?
Bien que certains clercs voient l’utilité de l’IA pour moderniser leur pratique, d’autres peuvent être plus sceptiques quant à son utilisation dans le cadre religieux.
Quelle est l’importance de Qom dans le monde islamique ?
Qom est une ville sainte pour les musulmans chiites, réputée pour ses séminaires religieux et sa passion pour l’érudition islamique.
L’IA pourrait-elle un jour remplacer les clercs ?
Il ne fait aucun doute que l’IA peut assister les clercs en matière de recherche, mais la majorité des experts s’accordent à dire qu’elle ne peut pas remplacer le jugement humain et l’expérience spirituelle.
Comment la société iranienne réagit-elle à ces initiatives d’IA ?
Il y a un mélange d’enthousiasme et de résistance, avec certains qualifiant ces efforts de modernes et d’autres les voyant comme une tentative de maintenir le pouvoir religieux face aux influences occidentales.
