La situation autour de la centrale nucléaire de Zaporijjia (Zaporizhzhia), en Ukraine, est jugée très préoccupante. Les combats ont gravement endommagé l’infrastructure électrique de la région, mettant à dure épreuve la sécurité du site et la vie quotidienne des habitants de Enerhodar, la ville qui abrite une grande partie du personnel de la centrale.
Une centrale sous pression
La centrale fonctionne dans un contexte de guerre active, ce qui complique tout : réparations, acheminement de matériel, déplacements du personnel. Les lignes à haute tension qui acheminent l’électricité externe ont été frappées à plusieurs reprises. Or, cette alimentation est indispensable aux systèmes de refroidissement et aux dispositifs de sécurité du réacteur. Sans elle, l’installation doit basculer sur des générateurs diesel de secours, une solution conçue pour tenir temporairement, pas pour durer.
Coupures massives et ville paralysée
Les bombardements ont plongé Enerhodar dans l’obscurité : pannes généralisées, absence d’eau courante, réseau d’égouts hors service. Pour les équipes sur place, cela signifie des conditions de travail dégradées et une immense pression. Chaque réparation effectuée sur le réseau est régulièrement endommagée de nouveau, prolongeant l’instabilité.
Sans alimentation externe, la sûreté se fragilise
Dans le nucléaire, la redondance est reine : plusieurs sources d’énergie, plusieurs niveaux de sécurité. Ici, la redondance est mise à nu. Les générateurs diesel peuvent remplacer l’électricité du réseau, mais ils dépendent de carburant, de maintenance, d’un accès sécurisé aux pièces de rechange — autant d’éléments difficiles à garantir en zone de combat. Ce mode dégradé ne doit durer que quelques heures en temps ordinaire, pas plusieurs jours d’affilée.
Des câbles réparés, puis à nouveau détruits
Fin août, pour la première fois de son histoire, la centrale a été totalement coupée de l’alimentation externe après la destruction de câbles reliant le site à une centrale thermique voisine. Les ingénieurs ont réussi à rétablir la liaison en environ quatorze heures, mais la centrale a dû, entre-temps, s’appuyer sur ses groupes électrogènes. Depuis, la situation s’est aggravée : d’autres lignes ont été à leur tour endommagées et l’installation doit de nouveau fonctionner grâce au diesel de réserve.
Un recours risqué aux générateurs
Miser sur le diesel en continu est particulièrement dangereux en zone de guerre. Les stocks peuvent s’épuiser, les livraisons être retardées ou interrompues, et l’entretien des machines devenir aléatoire. Faute de garantie que les câbles puissent être réparés et maintenus en service, l’exploitant étudie l’idée d’un basculement plus durable sur le diesel — une perspective qui inquiète fortement les autorités internationales.
Appel urgent à une zone de protection
Le directeur général de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), Rafael Mariano Grossi, juge la situation insoutenable et de plus en plus précaire. Il appelle à la création immédiate d’une zone de sûreté et de sécurité autour de la centrale. Selon lui, c’est la seule voie pour éviter un accident nucléaire : réduire les risques d’attaques, sécuriser l’accès au site, stabiliser l’alimentation électrique, et permettre aux équipes de travailler sans pression militarisée.
Ce que révèle cette crise
L’épisode met en lumière une réalité simple : un pays en guerre doté de installations nucléaires actives s’expose à des risques multiples et simultanés. Le moindre dommage au réseau électrique peut avoir des conséquences en cascade. Les règles de sûreté sont conçues pour absorber les aléas techniques, pas l’imprévisibilité des combats. D’où l’insistance des autorités internationales pour instaurer un dispositif de protection dédié autour de la centrale.
FAQ
Pourquoi l’alimentation externe est-elle si importante pour une centrale nucléaire ?
Même quand un réacteur est ralenti ou à l’arrêt, il faut alimenter en continu les pompes de refroidissement, la surveillance et d’autres systèmes critiques. Sans courant externe, la centrale doit s’appuyer sur des solutions de secours moins robustes et plus risquées.
Combien de temps les générateurs diesel peuvent-ils tenir ?
En général, ces générateurs sont conçus pour assurer la continuité temporaire. Leur autonomie dépend des stocks de carburant, de la qualité de l’entretien et de la sécurité des approvisionnements. En contexte de conflit, ces facteurs deviennent très incertains.
Qu’est-ce qu’une zone de sûreté autour d’une centrale en période de guerre ?
Il s’agit d’un périmètre où les activités militaires sont interdites ou strictement limitées, permettant de protéger les infrastructures, le personnel et les voies d’accès (énergie, eau, carburant) afin de maintenir un niveau de sûreté acceptable.
Quels sont les risques immédiats pour la population locale ?
Les plus probables à court terme sont les pannes d’électricité, le manque d’eau, des services essentiels perturbés et des difficultés d’évacuation en cas d’incident. Le risque radiologique majeur reste évitable si la refroidissement est assuré et si l’accès au site est sécurisé.
Qui peut imposer une telle zone de protection ?
La mise en place requiert un accord entre les parties au conflit, avec l’appui d’organisations internationales comme l’AIEA et, selon les cas, du Conseil de sécurité de l’ONU ou d’autres médiateurs capables de garantir et de surveiller le respect des engagements.
