Énergie

Nouvelle méthode: les installations solaires alpines empêchent l’accumulation de neige

Nouvelle méthode: les installations solaires alpines empêchent l’accumulation de neige

Pourquoi la neige est à la fois un atout et un risque pour le solaire alpin

En montagne, la neige joue sur deux tableaux. D’un côté, elle renvoie la lumière du soleil comme un miroir — un effet d’albédo qui booste la production en hiver. De l’autre, lorsqu’elle s’accumule, elle peut masquer ou même enterrer les modules, dégrader le rendement, et provoquer des contraintes mécaniques. Le défi consiste donc à capter les gains de l’albédo tout en limitant les amas de neige autour et sous les panneaux, surtout quand celle-ci atteint le bas des modules et empêche tout déneigement naturel.

Un cadre vertical pensé pour la neige: Helioplant

Pour répondre à ce défi, des ingénieurs ont mis au point Helioplant, une structure photovoltaïque verticale en forme de croix avec quatre “ailes” solaires. Cette géométrie crée des écoulements d’air qui favorisent l’évacuation de la neige et limitent son dépôt dans la zone active des panneaux. L’idée n’est pas seulement d’empêcher la neige de coller aux modules, mais aussi d’éviter que des congères se forment en pied d’installation et bloquent la chute naturelle des plaques de neige.

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Une modélisation fine du transport de neige

Des chercheurs suisses (EPFL et WSL/Institut pour l’étude de la neige et des avalanches) ont bâti un modèle numérique pour comprendre comment la neige se déplace, tourbillonne et se dépose autour de ces structures. Ils ont utilisé un outil de dynamique des fluides numérique (CFD), baptisé Snowbedfoam, dérivé d’OpenFOAM et capable de simuler la trajectoire des particules de neige dans l’air puis leur dépôt au sol et sur les équipements.

  • Ce travail s’appuie sur une approche de type Eulerien–Lagrangien pour représenter à la fois l’écoulement du vent et le comportement des particules.
  • C’est la première fois qu’un modèle de transport de neige aussi détaillé est appliqué directement à des structures photovoltaïques.
  • Les chercheurs ont mené une analyse de sensibilité pour tester l’effet de paramètres de conception comme la hauteur des modules, leur azimut, l’espacement, la taille des groupes d’unités et leur alignement.

Ce que l’étude change pour la conception

Les simulations, croisées avec des observations de terrain, débouchent sur des règles pratiques simples pour limiter les pertes hivernales liées à la neige:

  • Hauteur minimale par rapport au sol: viser un jeu supérieur à 0,6 m sous les modules réduit nettement le bourrage de neige en pied de panneau.
  • Alignement au vent: orienter les rangées au plus près des vents dominants évite la création de zones abritées où la neige s’accumule. Les sites où le vent arrive de manière perpendiculaire ou opposée à la structure se comportent particulièrement bien.
  • Effet de groupe: regrouper trop d’unités diminue la capacité d’érosion du vent générée par la forme en croix. Autrement dit, la ventilation se casse à l’échelle du groupe et la neige a tendance à stagner davantage.
  • Géométrie verticale: la configuration verticale type Helioplant montre un potentiel réel pour réduire la salissure neigeuse, deuxième facteur clé après le rayonnement solaire dans la performance des systèmes PV.
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Au-delà du cas Helioplant, la méthode s’applique à d’autres systèmes de montage PV. L’association modélisation CFD + essais terrain ressort comme un outil robuste pour passer du prototype au parc alpin de grande taille.

Et après ?

Les prochaines étapes visent à:

  • coupler la modélisation des dépôts de neige avec des simulateurs de production PV afin d’estimer plus finement les pertes énergétiques au fil de l’hiver;
  • étendre l’analyse à des reliefs complexes et des sites irréguliers, plus représentatifs des vrais terrains alpins.

Les résultats détaillés ont été publiés dans la revue scientifique Cold Regions Science and Technology.

Points clés à retenir

  • La neige peut à la fois augmenter la production (albédo) et la bloquer (accumulation).
  • Les paramètres de conception comptent autant que le climat local pour la performance hivernale.
  • Un dégagement d’au moins 0,6 m et un bon alignement au vent sont des leviers simples et efficaces.
  • Les groupements d’unités doivent être pensés pour conserver l’effet d’érosion du vent autour de chaque structure.

FAQ

Les structures verticales produisent-elles moins en été que les systèmes inclinés classiques ?

Oui, souvent un peu moins en été, mais elles se rattrapent en hiver grâce à l’albédo de la neige et à la réduction des masques neigeux. Sur l’année, l’équilibre peut être favorable en milieu alpin où l’hiver est ensoleillé et venteux.

Faut-il prévoir un déneigement manuel régulier ?

Dans l’idéal, non. Les configurations verticales et une bonne aéraulique réduisent le besoin d’intervention. Toutefois, un suivi à distance et des visites ciblées après de gros épisodes neigeux restent recommandés pour la sécurité et la disponibilité.

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Qu’en est-il des coûts par rapport à des installations en plaine ?

L’installation en terrain alpin implique souvent des coûts logistiques plus élevés (accès, fondations, génie civil). Une conception limitant la maintenance hivernale et maximisant le rendement peut compenser une partie de ces surcoûts sur la durée.

Les trackers (suivi solaire) sont-ils adaptés à la neige ?

En zone très enneigée, les systèmes à suivi sont moins courants. La simplicité mécanique, la robustesse et la capacité à laisser la neige tomber naturellement priment souvent sur l’optimisation angulaire fine.

Y a-t-il des enjeux environnementaux spécifiques en montagne ?

Oui. Il faut considérer l’impact paysager, la faune, la stabilité des sols et parfois des restrictions liées aux risques d’avalanches. Une étude de vent et de neige en amont aide à choisir des sites et des géométries plus respectueux et durables.