Énergie

Sizewell C : le Royaume-Uni réemploie 16 000 tonnes de béton de démolition pour le chantier

Sizewell C : le Royaume-Uni réemploie 16 000 tonnes de béton de démolition pour le chantier

Un chantier nucléaire qui mise sur le recyclage

Au Royaume-Uni, le futur site de Sizewell C (Suffolk) intègre une quantité inédite de béton recyclé dans ses travaux préparatoires. Plus de 16 500 tonnes américaines de matériaux issus de démolitions ont été traitées, contrôlées puis acheminées sur place pour former la couche de sous-fondation des principales plateformes. Cette approche évite l’extraction de granulats neufs, diminue l’empreinte carbone du projet et illustre une économie circulaire appliquée à la construction nucléaire.

Les équipes sur site soulignent un bénéfice immédiat pour le territoire : moins de camions sur les routes de l’East Suffolk, des nuisances réduites et une organisation logistique plus efficace. L’initiative contribue aussi à maîtriser les coûts, un enjeu clé pour un chantier de cette ampleur.

D’où vient le matériau réutilisé ?

De Sizewell A à Sizewell C : transformer un démantèlement en ressource

La ressource principale provient du démantèlement de Sizewell A, ancien réacteur voisin. Nuclear Restoration Services (NRS), filiale de l’Autorité britannique de démantèlement nucléaire, a entièrement déposé la salle des turbines et des bâtiments attenants (dont une caserne de pompiers et une annexe électrique). L’opération a mobilisé des méthodes de démolition avancées, plus rapides que les techniques classiques, avec notamment un usage calibré d’explosifs pour fragiliser des plinthes en béton fortement armées qui supportaient autrefois deux turbomachines de grande masse.

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Au total, plus de 18 700 tonnes américaines de béton et déblais ont été extraites, puis concassées et triées pour être réemployées. Dans le même mouvement, les équipes ont retiré des dizaines de kilomètres de câblages devenus obsolètes et valorisé plus de 12 000 tonnes américaines de métaux récupérés, générant des recettes qui allègent le coût global du démantèlement. Une partie significative — plus de 18 240 tonnes américaines — de béton concassé provenant notamment des plinthes d’alternateurs est maintenant redirigée vers Sizewell C pour soutenir les travaux de fondation.

Cette coopération scelle une boucle locale de réemploi : l’ancien site alimente le nouveau, réduisant les déchets, les transports et les besoins en carrières.

Des gains concrets pour l’environnement et le budget

  • Moins de granulats vierges à extraire et transporter.
  • Des émissions de CO₂ limitées par l’évitement de mise en décharge et la réduction des trajets poids lourds.
  • Une logistique plus courte, plus sûre et plus lisible pour les riverains.
  • Une baisse des coûts d’approvisionnement liée à l’utilisation de matériaux disponibles à proximité.

Les responsables de projet mettent en avant un bilan environnemental positif et une première importante pour NRS, qui démontre qu’un démantèlement peut alimenter un nouveau chantier de manière sûre et structurée.

Gouvernance et financement de Sizewell C

Le projet Sizewell C a franchi une étape décisive avec la décision finale d’investissement en juillet 2025. L’État britannique détient désormais 44,9 % du capital, le solde revenant à EDF, Centrica, La Caisse et Amber Infrastructure. La valeur du projet est estimée à environ 38 milliards de livres, dont 14,2 milliards d’investissement public direct actés en juin 2025. Cette structure permet d’attirer des partenaires tout en assurant une gouvernance stable.

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Historiquement porté par EDF et China General Nuclear (CGN), le projet a été réorganisé à partir de 2022, le gouvernement britannique ayant entrepris de retirer CGN de l’actionnariat.

Calendrier, capacité et technologie

  • Deux réacteurs de type EPR pour une puissance totale d’environ 3 200 MWe.
  • Un apport visé d’environ 7 % de l’électricité du Royaume-Uni une fois en service.
  • Un démarrage de chantier enclenché en 2024 et une construction estimée entre 9 et 12 ans, selon l’avancement et les enseignements tirés d’Hinkley Point C.
  • Une durée de vie prévue d’environ 60 ans pour chaque réacteur.

L’objectif est de contribuer à la relance nucléaire au Royaume-Uni, après des décennies sans mise en service de nouvelles centrales, et de renforcer la sécurité d’approvisionnement bas-carbone aux côtés d’Hinkley Point C et des futurs SMR.

Une filière qui s’organise autour de l’économie circulaire

Le partenariat entre NRS et Sizewell C s’impose comme un exemple pratique de réutilisation à grande échelle dans un cadre exigeant comme le nucléaire. Il prouve qu’en combinant ingénierie, contrôles de sûreté et planification logistique, il est possible de valoriser des matériaux issus du démantèlement pour bâtir des infrastructures de nouvelle génération.

FAQ

Le béton recyclé présente-t-il un risque radiologique ?

Non. Les matériaux réutilisés proviennent d’ouvrages conventionnels (bâtiments auxiliaires, structures non contaminées) et font l’objet de contrôles radiologiques et de qualité avant tout transfert. Seuls les lots répondant aux spécifications techniques et de sûreté sont acceptés sur le chantier.

Pourquoi utiliser le béton recyclé en sous-fondation plutôt qu’en éléments porteurs ?

Les couches de sous-fondation et de forme tolèrent davantage de variabilité que le béton structurel. On maximise ainsi le réemploi sans compromettre la performance mécanique des ouvrages porteurs, qui, eux, exigent des formulations précises et des granulats calibrés.

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Qu’est-ce qu’un réacteur EPR ?

L’EPR est un réacteur à eau pressurisée de génération avancée, conçu pour offrir des standards de sûreté renforcés, un rendement amélioré et une durée de vie longue. Il intègre des systèmes de redondance et de confinement plus robustes que les générations précédentes.

Quels avantages logistiques pour la région ?

Le recours à une source de matériaux proche du site réduit les trajets de camions, fluidifie les approvisionnements et diminue les nuisances (bruit, émissions, congestion) pour les communautés locales.

Quels autres matériaux d’un démantèlement peuvent être valorisés ?

Outre le béton et les métaux, de nombreux flux peuvent être triés et réemployés ou recyclés : câbles cuivre, aciers inoxydables, plastiques techniques, bois, voire certains équipements reconditionnés, selon les contrôles et normes en vigueur. Cela limite les déchets et améliore l’efficience économique du démantèlement.