Un accord pour des systèmes de refroidissement sobres en eau
Fermi America a conclu début décembre un protocole d’accord non contraignant avec le spécialiste hongrois du refroidissement industriel MVM EGI Zrt. Objectif: concevoir des solutions de refroidissement avancées pour un vaste campus de data centers et d’énergie à Amarillo (Texas), dont la capacité pourrait atteindre 11 GW. L’accord lance une phase d’études d’ingénierie et de faisabilité afin de dimensionner précisément les besoins et d’orienter les choix technologiques.
Au-delà de la technologie, le partenariat veut sécuriser la performance à grande échelle et la maîtrise de la ressource en eau, un sujet central dans l’Ouest du Texas. MVM EGI, héritier d’une longue tradition d’innovation en refroidissement à faible consommation d’eau, apporte son expertise en conception de tours et en modélisation des économies potentielles.
Ce que prévoit la solution de refroidissement
Des tours hybrides indirectes comme base technique
La première étape consiste à étudier des tours de refroidissement hybrides indirectes. Ce type d’installation combine un circuit d’eau fermé et un refroidissement par air pour limiter l’évaporation. Ces tours sont dimensionnées pour accompagner jusqu’à 6 GW de production au gaz naturel et le déploiement de quatre réacteurs nucléaires AP1000, qui seraient intégrés au même campus.
Optimiser l’eau et le site
Les équipes définiront les exigences thermiques, compareront différentes configurations de tours, et analyseront les contraintes de site et de hauteur. Elles modéliseront les économies d’eau réalisables à l’échelle du campus. Des options complémentaires seront également explorées: utilisation d’eaux recyclées, réservoirs souterrains, et bassins de rétention couverts de panneaux solaires pour limiter l’évaporation et maximiser l’usage de chaque litre.
Un calendrier étalé
Le chantier de la première tour est prévu pour janvier 2026, avec une montée en puissance progressive jusqu’à l’achèvement complet du dispositif autour de 2034. Ce phasage doit permettre d’aligner la construction des tours sur le rythme de mise en service des unités de production d’énergie et des salles informatiques.
Ancrage local et responsabilité régionale
Fermi America insiste sur son ancrage en West Texas et affirme penser le projet avec une logique de gestion durable des ressources. L’entreprise met en avant une direction issue de la région et présente le campus comme un investissement de long terme, conçu pour coexister avec les besoins en eau des communautés et des activités locales.
Un campus de données et d’énergie de très grande échelle
Une emprise et un mix énergétique ambitieux
Baptisé Project Matador, le site doit être développé sur des terrains de la Texas Tech University. Il couvrirait environ 18 millions de pieds carrés (près de 1,67 million de m²). Le campus s’appuiera sur un mix énergétique associant gaz naturel, solaire, éolien et nucléaire AP1000 pour alimenter ses opérations numériques.
Des accords industriels déjà en place
Plusieurs jalons ont été franchis:
- un accord avec Energy Transfer pour un raccordement à des pipelines voisins d’ici le T1 2026;
- un protocole non contraignant avec Siemens portant jusqu’à 1,1 GW de turbines à gaz;
- l’achat de plus de 600 MW de capacité au gaz via diverses transactions.
La composante nucléaire
La partie nucléaire s’appuie sur quatre réacteurs Westinghouse AP1000 d’environ 1 100–1 117 MWe chacun. Fermi America travaille avec Westinghouse sur une demande de licence combinée d’exploitation (COLA) afin d’accélérer les démarches réglementaires.
Financement et valorisation
Le projet a attiré d’importants capitaux. Une IPO réussie en octobre a valorisé l’entreprise à environ 14,8 milliards de dollars. Auparavant, Fermi avait levé 100 millions de dollars en Série C (emmenée par Macquarie Group) et contracté un prêt senior de 250 millions de dollars.
Défis à surmonter
Malgré ces soutiens, plusieurs défis subsistent. Les deux premières phases devraient coûter plus de 2 milliards de dollars. Les délais de déploiement des réacteurs AP1000 – par nature longs et fortement régulés – pourraient compliquer la trajectoire vers l’objectif total de 11 GW. L’alignement entre calendrier industriel, autorisations et construction des infrastructures de refroidissement sera déterminant.
Pourquoi le refroidissement hybride est central
Le refroidissement hybride indirect privilégie l’air et un circuit fermé d’eau pour évacuer la chaleur, ce qui réduit fortement les pertes par évaporation par rapport aux systèmes « tout humide ». À l’échelle d’un campus mêlant data center et unités de production d’énergie, cette approche vise à:
- limiter la consommation d’eau sur toute l’année;
- stabiliser les performances lors des pics de chaleur;
- s’adapter à des qualités d’eau variables, notamment via l’usage d’eaux usées traitées;
- réduire l’empreinte environnementale liée au stress hydrique régional.
FAQ
Qu’est-ce qu’une tour de refroidissement hybride indirecte et quels gains d’eau peut-on attendre ?
Une tour hybride indirecte utilise un échangeur pour séparer l’air de l’eau du processus et privilégie le refroidissement par air, avec une part d’évaporation limitée lorsque nécessaire. Selon le climat et le dimensionnement, ce type de système peut réduire la consommation d’eau de manière significative par rapport à un refroidissement entièrement évaporatif, tout en maintenant de bonnes performances thermiques lors des fortes chaleurs.
À quoi serviront principalement les capacités informatiques du campus ?
Fermi n’a pas détaillé publiquement les usages finaux. Sur des sites de cette taille, on retrouve généralement des charges de calcul intensif, de l’IA, du cloud et des services de colocation. Le mix énergétique prévu vise à fournir une alimentation stable pour ces applications exigeantes.
Comment les bassins de rétention couverts de panneaux solaires aident-ils à économiser l’eau ?
Les panneaux limitent l’ensoleillement direct et donc l’évaporation, tout en produisant de l’électricité solaire. Cela permet à la fois de conserver l’eau stockée et de contribuer à l’alimentation électrique du site.
Quelles autorisations sont nécessaires pour les réacteurs AP1000 ?
Aux États‑Unis, les nouveaux réacteurs nécessitent notamment une licence combinée d’exploitation (COL) délivrée par la NRC. Le processus inclut des examens de sûreté, d’environnement et des consultations publiques. Les délais peuvent s’étaler sur plusieurs années.
Le projet créera-t-il des emplois locaux ?
Fermi n’a pas publié d’estimations chiffrées. En règle générale, un campus de cette ampleur mobilise de nombreux emplois pendant la construction (ingénierie, travaux publics, équipement) et des postes qualifiés à long terme pour l’exploitation des data centers et des installations énergétiques. L’ancrage régional annoncé laisse penser à un recrutement prioritaire dans la zone.
