Un petit acteur du climat, la startup américaine Make Sunsets, a voulu tester une forme de géoingénierie en libérant des particules de dioxyde de soufre dans la stratosphère à l’aide de ballons. L’initiative a été stoppée net par le Mexique, qui vient d’interdire ces essais et, plus largement, tout projet de géoingénierie sur son territoire. L’épisode relance un débat très vif: entre promesse technologique pour freiner le réchauffement et risques mal connus, la prudence scientifique s’impose.
Ce qu’essayait de faire Make Sunsets
L’idée centrale de Make Sunsets est simple à expliquer: renvoyer vers l’espace une petite partie de la lumière solaire en disséminant des aérosols dans la haute atmosphère, ce qui pourrait abaisser temporairement la température à la surface. Cette stratégie, souvent appelée géoingénierie solaire, s’inspire de l’effet refroidissant observé après de grandes éruptions volcaniques.
Concrètement, l’entreprise a procédé à quelques lâchers très modestes: deux ballons auraient été envoyés, chacun avec environ dix grammes de dioxyde de soufre. À cette échelle, l’impact climatique est négligeable; l’objectif affiché était plutôt d’amorcer une démarche expérimentale.
Une approche artisanale et contestée
Plusieurs points ont immédiatement suscité des critiques. L’équipe a reconnu ne pas avoir suivi précisément le trajet des ballons, rendant quasiment impossible l’évaluation rigoureuse de la dispersion des particules et de leurs effets. Malgré cette incertitude, la société proposait déjà des crédits de refroidissement à des entreprises, facturés 10 dollars par gramme de SO2 libéré, permettant aux acheteurs d’afficher une forme de compensation de leur empreinte carbone. Pour beaucoup d’observateurs, vendre des crédits à ce stade expérimental, sans protocole de mesure robuste, met la charrue avant les bœufs.
Le coup d’arrêt venu du Mexique
Le ministère mexicain de l’Environnement et des Ressources naturelles, la Semarnat, a annoncé l’interdiction des essais de Make Sunsets et, plus largement, le gel de tout projet de géoingénierie dans le pays. L’argument principal: l’absence de règles internationales claires pour encadrer des interventions susceptibles d’avoir des effets au-delà des frontières.
Le Mexique avait adhéré en 2010 à un moratoire onusien sur la géoingénierie. Ce texte, non contraignant, tolère certaines études à petite échelle mais n’offre pas de cadre robuste; il n’est d’ailleurs pas universellement soutenu, les États-Unis ne l’ayant pas adopté. Dans ce contexte, la position mexicaine vise à éviter des initiatives unilatérales sur un sujet aux répercussions potentiellement globales.
Réaction de l’entreprise
Du côté de Make Sunsets, la décision est perçue comme brutale. La direction espérait ouvrir un dialogue avec les autorités et la communauté scientifique, mais se heurte à une ligne rouge: pas d’essais sans cadre commun, ni transparence méthodologique.
Une idée qui divise la communauté scientifique
La géoingénierie solaire attire de plus en plus l’attention: certains chercheurs y voient un possible outil d’appoint pour freiner la hausse des températures, surtout si les réductions d’émissions tardent. Mais il n’existe pas de consensus sur ses conséquences à long terme, ni sur ses risques régionaux (pluies, vents, ozone, acidification, “effet falaise” en cas d’arrêt soudain des injections).
Aux États-Unis, la Maison Blanche a annoncé un plan de recherche sur cinq ans pour évaluer la faisabilité, l’efficacité et la sécurité de ces techniques. De nombreux scientifiques réclament des étapes strictes, des protocoles transparents et une gouvernance partagée avant toute mise à l’échelle. Des lâchers improvisés de ballons vont à l’encontre de cette démarche graduelle et expliquent en partie la réaction ferme du Mexique.
Gouvernance, éthique et responsabilité
Intervenir sur la stratosphère n’est pas une action locale: l’atmosphère ne connaît pas les frontières. Sans gouvernance internationale, difficile de définir qui décide, qui surveille, qui assume les risques, et comment prévenir les effets collatéraux. La promesse de crédits adossés à des effets incalculés pose aussi un problème éthique: elle peut détourner l’attention de la priorité absolue, la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Ce qu’il faut retenir
- Make Sunsets voulait tester la géoingénierie solaire via des ballons libérant du dioxyde de soufre.
- Le Mexique (Semarnat) a interdit ces essais et gelé tout projet de géoingénierie sur son sol.
- L’absence de règles internationales et les incertitudes scientifiques motivent cette position.
- L’entreprise vendait des crédits de refroidissement malgré un protocole de mesure insuffisant.
- Les autorités et les chercheurs appellent à une recherche encadrée, transparente et progressive.
Et maintenant ?
L’épisode illustre un point clé: avant toute application, la science doit établir des bases solides, avec des mesures, des modèles et une supervision indépendants. En attendant, la priorité demeure la décarbonation rapide, l’adaptation et l’innovation dans les énergies propres et la capture durable du carbone.
FAQ
Comment le dioxyde de soufre refroidit-il la planète ?
Le SO2 injecté en stratosphère se transforme en particules sulfatées qui réfléchissent une partie du rayonnement solaire. C’est un effet similaire à celui observé après de grandes éruptions volcaniques, qui peuvent faire baisser les températures pendant un à trois ans.
Quels sont les principaux risques potentiels ?
Parmi les risques discutés: perturbations des précipitations régionales, atteintes possibles à la couche d’ozone, pluies acides à plus basse altitude si des réactions se produisent, et un “choc de fin” si l’on arrêtait brusquement l’injection après s’y être habitué.
Est-ce une alternative à la réduction des émissions de CO2 ?
Non. La géoingénierie solaire n’élimine pas le CO2 et n’agit pas sur l’acidification des océans. Elle pourrait au mieux compléter temporairement des réductions d’émissions ambitieuses et la capture de carbone, jamais s’y substituer.
Qui devrait encadrer ce type d’expériences ?
Idéalement, une gouvernance internationale avec des protocoles de transparence, des seuils d’innocuité, des dispositifs d’assurance en cas de dommages et une surveillance indépendante, afin d’éviter les démarches unilatérales.
Comment mesure-t-on l’impact d’un lâcher de ballons ?
Il faut combiner traçage des ballons, capteurs in situ, lidar, observations satellitaires, et modélisation atmosphérique. Sans ces outils, il est quasiment impossible d’attribuer un effet mesurable aux particules relâchées.
