Énergie

Les profondeurs de la Terre engloutissent d’énormes quantités de carbone, révèle une nouvelle étude

Les profondeurs de la Terre engloutissent d’énormes quantités de carbone, révèle une nouvelle étude

De nouvelles recherches suggèrent que l’intérieur de la Terre capte bien plus de carbone issu de l’atmosphère qu’on ne l’imaginait. Ce mécanisme naturel ne suffit pas à inverser le réchauffement climatique, mais il affine nos projections et inspire des pistes pour piéger durablement le CO2.

Un puits de carbone caché sous nos pieds

Sous les océans, des plaques tectoniques s’enfoncent les unes sous les autres. Avec elles, des sédiments, des carbonates et de la matière organique chargés en carbone sont entraînés en profondeur. On pensait que ce carbone revenait presque entièrement vers la surface par les volcans. Or, les nouvelles estimations montrent que la Terre en conserve une part bien plus importante qu’attendu. Autrement dit, le système profond agit comme un puits qui retire du CO2 de la surface et l’enferme dans la roche.

Ce que l’on croyait et ce qui change

Le schéma classique du cycle du carbone affirmait que les zones de subduction absorbaient du carbone que les arcs volcaniques relibéraient ensuite. L’étude récente publiée dans la revue Nature Communications renverse la proportion: seule une fraction (environ un tiers) du carbone englouti remonte par l’activité volcanique. Le reste poursuit sa route vers l’intérieur de la Terre, où il se fige dans des minéraux stables. Résultat: le cycle profond n’est pas neutre; il retire vraiment du carbone de la surface à long terme.

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Comment la Terre piège ce carbone

En simulant les réactions chimiques dans les roches soumises à pression et température croissantes, les chercheurs montrent que les roches deviennent plus riches en magnésium quand elles s’enfoncent. Cette évolution rend les carbonates moins solubles et favorise leur transformation en phases minérales très stables (par exemple, la magnésite). Ces transformations «minéralisent» le carbone et réduisent la part pouvant rejoindre les magmas qui alimentent les volcans. Une fois converti en minéraux, ce carbone peut être entraîné encore plus profond, hors d’atteinte de la surface pour des temps géologiques.

Des diamants au bout du voyage

Poussées à des pressions extrêmes pendant des millions d’années, certaines formes de carbone se réorganisent jusqu’à former des diamants. Ce n’est pas la destination de tout le carbone subducté, mais cela illustre un point clé: dans les conditions du manteau, le carbone peut devenir un solide extraordinairement durable, verrouillé très loin sous la surface.

Pourquoi cela compte pour le climat d’aujourd’hui

Cette découverte n’efface pas notre problème d’émissions. Les flux naturels profonds agissent sur des échelles de temps immenses et ne compensent pas la quantité de CO2 libérée par l’activité humaine. En revanche, comprendre comment la minéralisation piège le carbone éclaire des stratégies pour le captage et stockage: si l’on reproduit et accélère ces réactions dans des roches appropriées, on peut transformer du CO2 en minéraux stables, hors d’atmosphère, en décennies plutôt qu’en millions d’années.

Ce que disent les chercheurs

Les auteurs soulignent que nous connaissons assez bien les réservoirs de surface (air, océans, biosphère), mais beaucoup moins les réserves profondes qui redistribuent le carbone à l’échelle des âges. Leurs résultats indiquent que le sous-sol retient davantage de carbone que prévu et, par ricochet, que stimuler la minéralisation artificielle — par exemple dans des basaltes ou des roches ultramafiques — pourrait devenir une voie crédible pour verrouiller le CO2 de manière sûre et durable.

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Limites et incertitudes

  • Les flux varient d’une zone de subduction à l’autre: toutes ne piègent pas le carbone avec la même efficacité.
  • Mesurer précisément le bilan entre carbone englouti et carbone relâché par les volcans demeure complexe.
  • Même si le puits profond est important, il reste trop lent pour compenser à lui seul les émissions actuelles; la réduction des émissions demeure la priorité.

Et maintenant ?

Ces travaux affinent notre comptabilité carbone globale et orientent la recherche vers des solutions fondées sur la géochimie: accélérer la minéralisation du CO2 dans les roches, déployer des projets pilotes, et intégrer ces options à côté de la sobriété, de l’électrification et de la décarbonation industrielle.

FAQ

Combien de temps met le carbone pour être définitivement piégé en profondeur ?

Du point d’entrée en subduction jusqu’au piégeage profond, il faut des centaines de milliers à des millions d’années. C’est un processus sûr, mais intrinsèquement lent à l’échelle humaine.

Les émissions humaines dépassent-elles ce puits naturel ?

Oui, et de très loin. L’humanité émet chaque année des dizaines de gigatonnes de CO2, tandis que les flux de carbone dirigés vers l’intérieur de la Terre via la subduction sont estimés à moins d’une gigatonne de CO2 par an. Cela explique pourquoi la réduction des émissions reste indispensable.

Comment mesure-t-on le carbone libéré par les volcans ?

Les scientifiques combinent des mesures de gaz (CO2, SO2) sur le terrain, la télédétection par satellites et des traceurs géochimiques dans les laves. Ces données, intégrées à des modèles, permettent d’estimer les flux régionaux et globaux.

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Peut-on imiter la minéralisation naturelle pour stocker du CO2 ?

Oui. L’injection de CO2 dans des basaltes ou des roches riches en magnésium accélère la formation de carbonates solides. Des pilotes industriels montrent que l’on peut minéraliser une grande partie du CO2 en quelques mois à quelques années, avec un risque de fuite très faible une fois la réaction achevée.

Où ces solutions sont-elles les plus prometteuses ?

Dans les régions riches en basaltes (par exemple d’anciens coulées volcaniques) ou en ultramafites (péridotites). Les résidus miniers riches en magnésium offrent aussi un gisement intéressant pour une carbonatation accélérée couplée à la remise en état des sites.