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Déchets nucléaires: des experts somment le Royaume-Uni de renoncer à l’enfouissement sous le plancher océanique

Déchets nucléaires: des experts somment le Royaume-Uni de renoncer à l’enfouissement sous le plancher océanique

Le Royaume-Uni envisage d’enfouir une grande quantité de déchets radioactifs sous le fond marin. De nombreux spécialistes demandent d’abandonner cette idée, estimant qu’elle pourrait nuire à la faune marine à court terme et laisser aux générations futures une pollution durable très difficile à gérer.

Le projet en deux mots

Le gouvernement britannique veut trouver une solution « définitive » pour ses déchets hautement radioactifs. L’option privilégiée s’appelle stockage géologique: l’idée consiste à placer ces matières en profondeur, sous le socle rocheux du fond de la mer, dans des formations stables censées les confiner pendant des centaines de milliers d’années. L’enjeu est énorme: le pays détiendrait le plus vaste stock mondial de déchets non traités, soit près de 750 000 m³, dont environ 110 tonnes (US) de plutonium.

Pourquoi ce choix séduit les autorités

  • Réduire les risques de vol, dispersion ou accident en surface.
  • Miser sur des barrières naturelles et artificielles pour contenir la radioactivité dans la durée.
  • Mettre un terme à des décennies d’entreposage provisoire en sites temporaires.

Ce que craignent les scientifiques

Des chercheurs et responsables locaux redoutent un pari trop hasardeux:

  • Une fois la structure scellée, il sera difficile de revenir en arrière si un problème apparaît.
  • Les milieux géologiques et marins évoluent. À ces échelles de temps, la prédictibilité du comportement des déchets reste limitée.
  • L’installation pourrait, à terme, relâcher des radionucléides dans l’environnement, avec des impacts qui s’étendraient sur de très longues périodes.
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En résumé, selon ces voix critiques, on risque de transférer un problème au lieu de le résoudre, tout en verrouillant les options futures.

Les tests sismiques: première étape controversée

Avant toute implantation, des tests sismiques sont prévus au large du Nord-Ouest de l’Angleterre pour cartographier les couches rocheuses. La méthode: envoyer des ondes puissantes (via des canons à air) et mesurer leur retour. Problème: ces détonations sont extrêmement bruyantes et peuvent perturber des espèces très sensibles au son, notamment les dauphins et les baleines.

Pourquoi le bruit pose problème

  • Les cétacés dépendent du son pour se repérer, communiquer et se nourrir.
  • Les tests peuvent provoquer stress, désorientation, modifications des comportements de reproduction et, dans certains cas, blessures.
  • Des précédents ont montré des échouages massifs après des campagnes de prospection intense. Même si chaque contexte est différent, le risque est jugé réel par de nombreux biologistes marins.

À plus long terme: des incertitudes difficiles à effacer

Même si le concept de stockage géologique est soutenu par des décennies de recherche, plusieurs inconnues subsistent:

  • Les barrières techniques (conteneurs, bouchons, matrices) vieilliront-elles comme prévu?
  • Les circulations d’eau souterraine et les contraintes géologiques resteront-elles stables?
  • Comment surveiller et intervenir si le site est enfoui sous le fond marin?

Pour des élus locaux et des militants antinucléaires, le risque est de laisser un héritage irréversible, qui limiterait la capacité des générations futures à choisir d’autres solutions si de nouvelles technologies apparaissent.

Et maintenant?

  • Le gouvernement avance vers la caractérisation des sites potentiels via ces tests.
  • Les experts et associations demandent un moratoire, plus de transparence et une évaluation des alternatives (entreposage renforcé à long terme, options de traitement ou de réduction des volumes, sites terrestres plus accessibles).
  • Le débat public s’intensifie autour d’un arbitrage: sécuriser vite et définitivement, ou prendre plus de temps pour limiter les risques écologiques et garder des marges de manœuvre.
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FAQ

Qu’est-ce que le stockage géologique profond (SGP) ?

C’est une méthode qui consiste à isoler des déchets radioactifs dans des couches géologiques stables, à grande profondeur. On s’appuie sur des barrières multiples (ingénierie + roche) pour empêcher la migration des radionucléides vers l’environnement pendant des très longues durées.

Pourquoi choisir la mer plutôt que la terre ferme ?

Certains estiment que le socle marin offre des formations rocheuses homogènes et éloignées des populations. Mais l’accès est plus complexe, la surveillance plus difficile et les impacts potentiels sur le milieu marin suscitent plus d’inquiétudes.

Existe-t-il des alternatives crédibles ?

Oui: entreposage à long terme en surface/souterrain (avec surveillance et maintenance), conditionnement amélioré pour réduire la mobilité des radionucléides, recherche sur la réduction des volumes et la transmutation. Chacune a des avantages et des contraintes.

Comment limiter l’impact des tests sismiques sur la faune ?

Des mesures existent: périodes d’interdiction pendant les saisons sensibles, zones d’exclusion, démarrages progressifs (soft start), observateurs marins et capteurs acoustiques. Leur efficacité dépend de la rigueur de mise en œuvre et des conditions locales.

Le public peut-il participer aux décisions ?

Oui. Les projets de ce type passent par des consultations, des enquêtes publiques et des évaluations d’impact environnemental. Les citoyens peuvent soumettre des avis, poser des questions et demander des garanties sur la surveillance et la réversibilité des choix.