Légende: torchères de méthane et chevalets de pompage sur un puits du bassin de Bakken, dans le Dakota du Nord (source: Getty)
Un nouveau débouché pour un gaz perdu
Sur plusieurs sites pétroliers, le gaz naturel associé au pétrole est souvent brûlé sur place, faute de mieux. Plutôt que de laisser ce gaz partir en fumée, ExxonMobil a commencé à l’acheminer vers des unités de minage de Bitcoin. D’après des informations relayées par Bloomberg, le groupe a signé avec Crusoe Energy Systems pour alimenter des installations mobiles près des puits. Environ 18 millions de pieds cubes par mois de gaz “en trop” seraient ainsi convertis en électricité pour faire tourner des serveurs.
L’idée est simple: installer des modules dans des conteneurs à proximité immédiate des torchères, transformer le gaz en courant, et alimenter des machines de calcul au lieu de brûler ce gaz sans produire quoi que ce soit d’utile.
Pourquoi ce gaz reste sur place
ExxonMobil extrait plus de gaz qu’il ne peut en transporter. Les pipelines disponibles ne suffisent pas toujours, et construire de nouvelles conduites prend des années. Résultat: une partie du gaz est coincée sur site. Dans ce contexte, le diriger vers des équipements mobiles de minage s’avère plus rapide que d’attendre de nouvelles infrastructures. Combien ExxonMobil est payé pour cette fourniture? Cela n’est pas public pour l’instant.
Un moindre mal écologique ?
Brûlé à la torche ou dans un générateur, le gaz finit de toute façon en CO2. La différence, ici, c’est qu’on en tire au passage un service: de l’électricité pour calculer des blocs de Bitcoin. On pourrait donc parler d’un impact “moins négatif” que le torchage pur et simple, notamment parce que la combustion contrôlée évite aussi les fuites de méthane, un gaz à effet de serre très puissant.
Mais attention à ne pas enjoliver. Le minage reste une activité énergivore qui, dans l’ensemble, repose encore très souvent sur des combustibles fossiles et génère des émissions importantes. À l’échelle globale, le secteur crypto traîne une empreinte environnementale lourde, même si certains projets tentent d’utiliser des surplus d’énergie ou des renouvelables.
Les angles morts d’un choix pragmatique
Au-delà de l’écologie, il existe des inquiétudes récurrentes autour de la fraude, du blanchiment et d’autres usages illicites dans l’univers crypto. Alimenter cet écosystème, même avec du gaz qui aurait été brûlé, revient malgré tout à soutenir une industrie controversée. Par ailleurs, les répercussions économiques et politiques du Bitcoin restent débattues: certains pays, comme le Salvador, ont fait des choix radicaux qui ont bousculé leur économie et leur système de paiement.
Verdict: mieux que rien, mais pas la solution
Sur une échelle de satisfaction, on pourrait qualifier cette initiative de “mieux que rien”. Oui, c’est préférable au gaspillage brut. Non, ce n’est pas une vraie stratégie de décarbonation. La voie durable consiste à réduire le torchage à la source: capter le gaz, le réinjecter dans le réservoir, développer des pipelines, l’orienter vers le réseau électrique local ou le convertir via des procédés industriels plus utiles à long terme. Tant que ces alternatives ne sont pas généralisées, ce détournement vers le minage n’est qu’un pis-aller.
En résumé
- Le gaz en excès est utilisé pour alimenter des serveurs de Bitcoin plutôt que d’être brûlé pour rien.
- Le partenariat avec Crusoe Energy mise sur des unités mobiles installées près des torchères.
- Impact écologique: possiblement moins pire que le torchage, mais toujours émetteur et loin d’être “vert”.
- Enjeu de fond: réduire le gaspillage à la source et déployer des solutions structurelles.
FAQ
Qu’est-ce que le torchage et pourquoi les opérateurs y ont recours ?
Le torchage consiste à brûler sur place le gaz associé au pétrole quand il n’existe pas de solution rapide pour le stocker, le transporter ou l’utiliser. C’est une mesure de sécurité et une soupape logistique lorsque les infrastructures manquent ou sont saturées.
Comment fonctionne un site de minage alimenté au gaz de puits ?
Des générateurs transforment le gaz en électricité, qui alimente des serveurs dans des conteneurs. Ces unités sont mobiles, se branchent près du puits et peuvent être déplacées dès que la production change ou que l’accès au réseau s’améliore.
Y a-t-il des usages plus vertueux pour ce gaz que le minage ?
Oui. Les options souvent citées: l’installer sur le réseau local (micro-réseaux), la réinjection dans le réservoir pour améliorer la récupération d’hydrocarbures, la liquéfaction à petite échelle (micro-GNL), ou la pétrochimie sur site (par exemple, produire des liquides plus faciles à transporter).
La réglementation peut-elle réduire fortement le torchage ?
De plus en plus de juridictions imposent des limites et exigent des plans de capture du gaz. Les autorités exigent aussi des rapports plus stricts sur les volumes torchés et renforcent les pénalités lorsque des solutions techniques existent mais ne sont pas mises en place.
Le minage de Bitcoin peut-il être 100 % renouvelable ?
Techniquement, oui: les mineurs peuvent se placer là où l’électricité renouvelable excédentaire est bon marché. En pratique, la disponibilité, l’intermittence et la concurrence avec d’autres usages limitent encore une adoption totale. Des projets pilotes existent, mais la généralisation reste un défi.
