Une découverte qui remet en question la conservation de l’ADN
Un dent de biche âgée de 50 000 ans, trouvée en Afrique du Sud, remet en cause les idées reçues sur la préservation de l’ADN dans les climats chauds. Cette découverte indique que dans certaines parties de l’Afrique subsaharienne, les échantillons génétiques pourraient perdurer beaucoup plus longtemps que les hypothèses précédemment établies.
Que s’est-il passé ?
Des chercheurs ont réussi à dater l’ADN provenant d’une dent de red buck des montagnes (une espèce d’antilope) à environ 50 000 ans, ce qui en fait l’ADN le plus ancien jamais trouvé en Afrique subsaharienne. Cela est d’autant plus surprenant car, habituellement, la chaleur détruit l’ADN ancien assez rapidement. Avant cette découverte, les plus anciens échantillons humains retrouvés dans cette région dataient de 18 000 ans et ceux d’animaux environ de 9 300 ans.
Dans une étude publiée le 27 mai dans la revue Quaternary Science Reviews, les scientifiques ont analysé plus de 300 dents d’animaux sur une période de 110 000 ans. Ils ont extrait des échantillons d’ADN provenant de plusieurs restes bovins récents et de quatre spécimens beaucoup plus anciens, y compris la dent d’antilope et des buffles à longues cornes aujourd’hui éteints.
Deon de Jager, auteur principal de l’étude et expert en paléogénomique à l’Université de Copenhague, s’est montré enthousiaste face à ces résultats, tout en soulignant la nécessité de les interpréter avec prudence. Il a précisé qu’il était sceptique pour deux raisons : d’abord, l’âge de l’échantillon est particulièrement ancien par rapport aux autres, et ensuite, il a été contaminé par de l’ADN humain, ce qui a nécessité un nettoyage.
Pourquoi cette découverte est-elle significative ?
Le climat de l’Afrique subsaharienne est souvent perçu comme un obstacle majeur à la recherche sur l’ADN ancien. Ce phénomène a restreint la compréhension que les scientifiques peuvent avoir de l’évolution, des migrations et des adaptations des animaux, ainsi que des humains, dans cette région au cours des millénaires. Si davantage d’ADN ancien pouvait être extrait, il serait possible de retracer avec précision les lignées évolutionnaires, les mélanges génétiques et le flux des gènes entre des populations disparues.
De plus, une meilleure connaissance de la façon dont les espèces ont réagi aux changements environnementaux pendant et après la dernière période glaciaire pourrait enrichir notre compréhension des impacts actuels sur la biodiversité. Cette découverte a également des implications pour la conservation moderne. En étudiant la manière dont les animaux ont survécu aux variations climatiques passées, les chercheurs peuvent mieux appréhender la résilience, les risques d’extinction et les pressions sur leurs habitats. Une plus longue histoire génétique permettrait de mieux photographier l’évolution de la biodiversité dans le temps.
Il est toutefois important de garder à l’esprit que cette découverte ne signifie pas que chaque fossile ancien découvert en Afrique pourra produire de l’ADN. De Jager a souligné que ce plus ancien échantillon reste une exception, et que des ancêtres humains très anciens, tels que Homo naledi, continuent d’être considérés comme des candidats peu probables pour la récupération de l’ADN.
Quelle est la suite ?
Les chercheurs cherchent à élargir leurs investigations. Cette étude démontre que le test d’un grand nombre de fossiles, même si beaucoup ne donnent aucun résultat, peut tout de même permettre de récupérer du matériel génétique précieux à partir d’échantillons inattendus. L’équipe a également identifié des zones où la préservation pourrait être optimale. De Jager a mentionné des « grottes profondes avec des températures stables et basses » et des « zones en haute altitude » où les températures sont restées très basses pendant longtemps comme des sites prometteurs pour de futures explorations.
Suite à cette étude, les chercheurs ont aussi réussi à séquencer le génome d’un gnou âgé de 42 000 ans en Éthiopie, renforçant ainsi l’idée que l’ADN en Afrique peut survivre plus longtemps que ce que l’on pensait auparavant. Ces découvertes dépendent autant d’une préservation soigneuse que de la technologie de séquençage avancée. Bien qu’il existe un seuil à la préservation de l’ADN en Afrique, son étendue exacte reste à déterminer.
FAQ
Quelle est l’importance des archives ADN anciennes pour la science ?
Les archives d’ADN anciennes permettent de comprendre l’évolution des espèces, leurs adaptations et les changements environnementaux majeurs qui ont eu lieu sur une très longue période. Cela ouvre la porte à une meilleure appréhension des enjeux de biodiversité actuels.
Quels sont les défis de la récupération de l’ADN ancien en Afrique ?
Le climat chaud et humide de certaines régions d’Afrique pose un défi majeur pour la conservation de l’ADN ancien. De plus, la contamination par de l’ADN moderne complique souvent les analyses.
Peut-on espérer trouver de l’ADN dans d’autres fossiles anciens en Afrique ?
Il est possible de trouver d’autres ADN anciens, mais cela dépendra de nombreux facteurs, notamment des conditions de préservation des fossiles. La recherche se poursuivra dans des zones géographiques stratégiques.
Comment les animaux ont-ils réussi à survivre aux changements climatiques passés ?
L’étude de l’ADN ancien permet de découvrir les mécanismes de survie des espèces face aux changements environnementaux, offrant des insights cruciaux pour la conservation des espèces contemporaines face à des crises climatiques similaires.
Y a-t-il des implications pour la conservation actuelle suite à ces découvertes ?
Oui, en apprenant comment les animaux ont fait face aux changements climatiques passés, les scientifiques peuvent mieux prévoir comment les espèces actuelles pourraient réagir aux défis environnementaux contemporains, ce qui pourrait guider les efforts de conservation.
