Alan Hamel, célèbre animateur canadien, affirme avoir mis au point un double numérique de sa femme disparue, l’actrice Suzanne Somers, morte d’un cancer du sein en 2023 à 76 ans. Son objectif déclaré: offrir aux fans une présence continue et un accès à ses conseils, comme si elle était toujours là.
Un projet pour prolonger la voix de Suzanne Somers
Selon Hamel, ce clone d’IA a été nourri de centaines d’entretiens et des 27 livres de Somers. Le résultat, dit-il, serait bluffant: la version numérique reproduirait sa manière de parler, ses intonations, son humour et ses opinions avec une précision telle qu’il la juge presque indiscernable de la véritable Suzanne. Pour quelqu’un qui a partagé 55 ans de vie avec elle, cette sensation de proximité n’est pas anodine: Hamel dit reconnaître chaque détail du visage et des expressions de sa compagne — et pourtant, face à l’écran, il hésiterait à dire où s’arrête le réel et où commence l’artificiel.
Comment a-t-il été conçu ?
- Le modèle s’appuie sur des contenus publics: interviews, conférences, passages TV, écrits publiés.
- La construction vise un style et des réponses conformes aux positions tenues par Somers de son vivant.
- L’ambition n’est pas seulement visuelle: la voix, le rythme et les tics de langage sont travaillés pour renforcer l’illusion.
Une “Suzanne” qui répond et conseille
Le projet ne se limite pas à la conversation nostalgique. Hamel indique que l’avatar doit aussi délivrer des conseils en santé — un volet sensible, présenté comme validé par des médecins. En théorie, l’IA reprendrait les lignes directrices que Somers défendait dans ses ouvrages: hygiène de vie, bien-être, routines et choix de produits.
Les limites et risques évidents
- Les modèles de langage peuvent produire des erreurs ou des hallucinations. Même avec des garde-fous, la fiabilité n’est jamais absolue.
- La frontière entre information et promotion peut devenir floue, surtout si l’avatar est hébergé sur le site où Somers vendait — et où l’on vend encore — des cosmétiques et produits de bien-être.
- Un clone peut donner l’illusion de certitudes: il faut rappeler qu’il s’agit d’une reconstruction algorithmique, pas d’une consultation médicale.
Ressusciter les disparus par la technologie: une tendance bien installée
Le cas Somers s’inscrit dans un mouvement plus large: depuis plusieurs années, des entreprises proposent de faire revivre la voix et l’image de personnes disparues. On a vu émerger des séances pilotées par IA, des commémorations interactives, voire des interventions numériques lors d’obsèques. Le public alterne entre fascination — pour le souvenir vivant — et malaise face aux questions éthiques: consentement, dérives commerciales, exploitation de l’image, impact psychologique sur les proches.
Pourquoi Hamel s’y engage-t-il ?
Les motivations évoquées sont multiples. Il y a d’abord l’idée d’un hommage vivant, d’un lien que l’on refuse de rompre. Il y a aussi la volonté de continuer à servir une communauté de fans demandeuse de conseils pratiques. Hamel affirme que le concept venait aussi de Suzanne elle-même. Le couple suivait depuis des décennies les travaux du futurologue Ray Kurzweil, convaincu qu’un tel futur finirait par devenir réalité. Pour Hamel, le moment est venu d’essayer.
Une présence 24h/24 pour les fans
Le double numérique est conçu pour être disponible en continu. Les admirateurs pourront “passer du temps” avec cette Suzanne virtuelle, poser des questions, évoquer des thèmes chers à l’actrice et repartir avec des réponses contextualisées. Le but affiché: recréer une proximité que ni les archives vidéo ni les livres ne procurent.
Et la piste robotique ?
Au-delà de l’écran, Hamel aurait collaboré avec une société de robotique humanoïde, Realbotix, pour un jumeau digital éventuellement incarné dans un robot. Les éléments rendus publics à ce jour ne montrent pas un androïde parfaitement ressemblant; il est donc plausible que la partie robotique suive un calendrier différent du double logiciel, ou qu’un autre prototype soit en préparation. L’idée d’une présence à la fois physique et conversationnelle reste, en tout cas, au cœur du projet.
Ce que cela change vraiment
- Pour les fans: une nouvelle façon d’interagir avec un héritage culturel.
- Pour l’industrie: un exemple de plus d’avatars posthumes mêlant IA, image de marque et commerce.
- Pour la société: un débat permanent sur la mémoire, le deuil et les limites à poser à la simulation.
FAQ
Quelle différence entre un clone d’IA, un deepfake et un avatar vocal ?
- Un clone d’IA vise la cohérence globale d’une personne (style, réponses, voix, mimiques).
- Un deepfake se concentre surtout sur l’illusion visuelle ou audio dans une scène précise.
- Un avatar vocal recrée principalement la voix sans nécessairement refléter la pensée ou la personnalité.
Peut-on encadrer légalement l’usage de l’image d’une personne décédée ?
Oui, mais cela dépend du pays. Les droits à l’image et les droits de personnalité post-mortem varient. Certains territoires protègent la publicité et la revente de l’image, d’autres beaucoup moins. Les ayants droit jouent souvent un rôle clé.
Comment réduire les risques d’erreurs quand l’IA parle de santé ?
- Limiter l’IA à des réponses référencées et validées par un comité médical.
- Afficher des avertissements clairs et renvoyer vers des professionnels pour tout cas personnel.
- Suivre des protocoles d’audit réguliers et bloquer certaines recommandations sensibles.
Comment reconnaître qu’on discute avec une IA et non une personne ?
Exiger un disclaimer visible, observer la constance du style, demander des sources et vérifier la latence ou les formulations parfois génériques. Les plateformes responsables imposent des marqueurs explicites.
Est-il possible pour un particulier de créer un clone IA d’un proche ?
Techniquement oui, avec des données suffisantes (audio, vidéo, textes). Mais cela soulève des enjeux de consentement, de confidentialité et de sécurité. Les coûts dépendent du niveau de réalisme recherché: de quelques centaines à plusieurs milliers d’euros selon l’ampleur du projet.
