Énergie

Greta Thunberg fustige la fermeture des centrales nucléaires en Allemagne

Greta Thunberg fustige la fermeture des centrales nucléaires en Allemagne

Une position moins tranchée sur le nucléaire

La militante pour le climat Greta Thunberg adopte désormais un ton plus nuancé sur le nucléaire. Dans une récente interview à la télévision publique allemande (Das Erste), elle a estimé qu’à court terme, fermer des centrales déjà en service pour relancer massivement le charbon n’était « pas une bonne idée ». Son message central: en période de crise énergétique, l’ordre des priorités compte.

Un débat chargé d’émotions

Thunberg reconnaît que le sujet est « très conflictuel » en Europe. Elle ne fait pas du nucléaire une solution miracle, mais souligne un principe pragmatique: tant que des réacteurs fonctionnent déjà et respectent les normes de sûreté, les remplacer par du charbon accroît les émissions et complique la trajectoire climatique. Elle insiste toutefois sur la prudence et la nécessité d’évaluer chaque pays selon sa situation.

La crise énergétique bouscule les choix

La guerre entre la Russie et l’Ukraine a déclenché une forte tension sur les marchés du gaz et de l’électricité. L’Allemagne, très dépendante des importations, a dû redémarrer des centrales au charbon pour sécuriser l’approvisionnement. Dans ce contexte, conserver temporairement une partie du parc nucléaire existant s’inscrit, pour certains, comme un moyen d’éviter des émissions supplémentaires tout en stabilisant le réseau.

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Garder ouvert ce qui fonctionne déjà

Interrogée sur le « moindre mal » du moment, Thunberg a répondu que « cela dépend ». Elle précise toutefois que si des réacteurs sont opérationnels, les fermer pour compenser avec du charbon revient à reculer sur le climat. Elle ne trace pas de ligne définitive: l’avenir dépendra de l’évolution de la demande, des prix, et de la capacité à déployer rapidement les renouvelables et le stockage.

Un changement de ton, pas un retournement total

Il y a peu, Thunberg critiquait le gaz naturel et le nucléaire comme des « fausses solutions » et dénonçait une forme de greenwashing autour de leur labellisation. Sa nouvelle posture ne sanctifie pas le nucléaire: elle refuse d’en faire une réponse universelle. Elle introduit plutôt une gradation: en période d’urgence, mieux vaut éviter les choix qui aggravent les émissions, tout en accélérant le déploiement des énergies propres.

Nuancer sans renoncer aux objectifs climatiques

Son discours conserve deux piliers:

  • réduire au plus vite les émissions;
  • sortir des énergies fossiles.
    La place du nucléaire y est envisagée comme un outil de transition dans certains cas, et non comme une destination finale. Elle rappelle que la sécurité, la gestion des déchets et les coûts à long terme doivent rester au cœur de toute décision.

L’Allemagne face à son héritage énergétique

L’Allemagne entretient une relation complexe avec le nucléaire. Après 2011, le pays s’est engagé à fermer l’ensemble de ses centrales. La crise a toutefois forcé un report partiel de ce calendrier pour éviter des coupures et limiter la flambée des prix. Cette trajectoire illustre un dilemme: maintenir brièvement des réacteurs existants peut aider à réduire le recours au charbon, mais ne remplace pas l’effort massif nécessaire sur l’efficacité énergétique, les renouvelables, les réseaux et le stockage.

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Un équilibre difficile

  • Avantage de court terme: le nucléaire déjà en service peut fournir une électricité bas-carbone de manière pilotable.
  • Limites: délais de construction des nouveaux réacteurs, coûts, acceptabilité sociale, déchets radioactifs.
  • Cap indispensable: accélérer le solaire, l’éolien, la géothermie, la flexibilité (effacement, batteries) et les interconnexions européennes.

En bref

La prise de position de Thunberg est plus pragmatique: dans l’immédiat, éviter de substituer du charbon au nucléaire existant aide le climat. Mais le cap reste clair: sortir des fossiles, développer massivement les renouvelables et bâtir un système électrique résilient et sobre.

FAQ

Le nucléaire est-il nécessaire pour atteindre la neutralité carbone en Europe ?

Cela dépend des pays. Certains peuvent viser la neutralité avec un mix 100% renouvelable et du stockage massif; d’autres préfèrent conserver une part de nucléaire pour la stabilité du réseau. Les trajectoires optimales varient selon la météo, l’industrie, l’hydroélectricité disponible et les interconnexions.

Combien de temps faut-il pour construire une nouvelle centrale nucléaire ?

Généralement 10 à 15 ans entre la planification, les autorisations, le financement et la construction. C’est pourquoi la discussion actuelle concerne surtout le maintien temporaire de réacteurs existants, et non un basculement rapide vers de nouvelles unités.

Quelles alternatives rapides au charbon pendant une crise énergétique ?

  • Prolongation ciblée de réacteurs nucléaires sûrs déjà en service
  • Sobriété et efficacité (chauffage, isolation, pilotage de la demande)
  • Accélération du solaire et de l’éolien avec procédures simplifiées
  • Déploiement de batteries et d’outils d’effacement
  • Renforcement des interconnexions pour mutualiser la production en Europe

Le nucléaire règle-t-il la question climatique à lui seul ?

Non. Même bas-carbone, il ne remplace pas la nécessité de réduire la consommation, d’électrifier les usages, d’améliorer les réseaux, et d’investir dans un portefeuille complet de solutions propres. Le climat exige un ensemble cohérent d’actions, pas une unique technologie.

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Que faire des déchets radioactifs ?

Ils nécessitent une gestion à long terme: conditionnement, entreposage sécurisé, puis stockage géologique profond. Plusieurs pays avancent sur des sites dédiés, avec une gouvernance transparente et un suivi scientifique strict. L’acceptabilité passe par l’information, le contrôle indépendant et la traçabilité.